mercredi 11 mars 2009

les sans papiers sont dans la boite afghan !

Depuis au moins trois ans, le square Villemin, dans le Xe arrondissement de Paris, à deux pas de la gare de l’Est et du Nord, est devenu la plaque tournante des Afghans qui errent dans la capitale, sans papiers, sans logement, avec l’espoir pour certains de rejoindre l’Angleterre, pour d’autres d’obtenir le droit d’asile en France. Une présence suffisamment nombreuse pour modifier la physionomie et la fréquentation du square, et bien au-delà, de ce quartier. Alors que de nombreuses associations humanitaires se mobilisent, Eric Besson s’est rendu jeudi 5 mars dans les rues de cet Est parisien. Le ministre de l’Immigration n’est pas passé par le square Villemin. Car il ne se préoccupait pas ce soir-là des Afghans en général mais des jeunes Afghans en particulier.
Depuis 2003, les mineurs étrangers isolés (MEI) bénéficient, toutes nationalités confondues, d’un régime spécifique. Un dispositif de repérage et de prise en charge a été mis en place, confié à France terre d’asile. En 2008, 686 mineurs étrangers ont été ainsi accueillis. 475 ont bénéficié d’une simple «mise à l’abri» avant de reprendre leur errance, 53 (contre 19 en 2007) ont été confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Ce dispositif bénéficie d’une subvention de l’Etat de 2,3 millions d’euros. Mais la pérennité de cette subvention n’était pas garantie au-delà de 2009. Selon les chiffres officiels, il y aurait entre 4000 et 6 000 mineurs isolés en France. A l’issue de sa virée parisienne, Eric Besson a promis que l’aide de l’Etat serait maintenue au-delà de 2009, et annoncé la constitution d’un groupe de travail sur les mineurs isolés. L’Unicef et le Haut-commissariat aux réfugiés devraient y participer. Ses conclusions sont attendues au plus tard en juillet 2009.
Les Afghans adultes ne bénéficient, en revanche, d’aucun traitement de faveur. En 2007, sur les 178 majeurs ayant fait une demande d’asile auprès de l’Office français pour la protection des réfugiés et apatrides, 31,1 % ont reçu une réponse positive. En novembre, la France avait envisagé de participer à un charter franco-britannique pour expulser des Afghans en situation irrégulière. Il se serait agi du premier vol groupé de France vers l’Afghanistan depuis 2005. Devant le tollé, elle y a renoncé.
Square Villemin : le campement
Agréablement situé le long du canal Saint-Martin, le square Villemin est le plus grand espace vert du Xe arrondissement de Paris. Depuis quelques années, c’est surtout «le» rendez-vous des quelque 200 à 300 migrants afghans qui errent dans les rues de la capitale. C’est là que les passeurs viennent chercher ceux qui veulent rentrer en Angleterre. C’est là que beaucoup installent leur sac de couchage pour la nuit, escaladant les grilles après que le jardin a fermé ses portes. Le terrain de basket fait office de dortoir, le kiosque à musique et les balcons des immeubles qui ceinturent le jardin, d’abris contre la pluie. Entre les Afghans et les riverains, les relations sont parfois tendues. D’après des témoignages recueillis par Jacky Roptin, psychologue à l’antenne de MSF du passage Dubail, la police serait intervenue «presque toutes les nuits et plusieurs fois par nuit en décembre-janvier, aspergeant l es Afghans de gaz pour qu’ils partent. Les mecs sortaient du parc et y retournaient quand la police partait, et ça recommençait».
Place du Colonel Fabien : le bus
ils sont une grosse centaine rassemblés place du Colonel Fabien. Il est 20 h 30, la nuit est tombée depuis longtemps et il ne fait pas très chaud. La quasi-totalité de ces hommes - on ne voit aucune femme - sont afghans. Un bus est stationné le long du trottoir. C’est l’un des points de départ des véhicules de la mission Atlas de la RATP chargés de convoyer les sans-domicile fixe vers des centres d’hébergement d’urgence. Sur le trottoir, une petite foule s’est mise en ligne. Des animateurs de l’association France terre d’asile parlant le dari et le pachtou, les principales langues afghanes, remontent la file, scrutant les visages pour tenter de repérer les mineurs. A ces jeunes, France terre d’asile propose une prise en charge spécifique.
Passage Dubail : les soins
Ce soir-là, 21 mineurs seront invités à sortir du rang pour rejoindre à pied la rue Bouret. Les déboutés de ce tri prendront le bus, direction la Boulangerie, centre d’hébergement d’urgence du 115. Mais comme ce centre accueille surtout des SDF et des toxicomanes, beaucoup préféreront aller dormir square Villemin. Etape incontournable pour les migrants afghans errant dans les rues de Paris, le passage Dubail. Au numéro 11, le Centre d’accueil médicalisé et de réinsertion économique et sociale (Camrès) où ils peuvent prendre un petit-déjeuner complet les mardis et jeudis, et une boisson chaude le reste du temps. Quelques portes plus loin, un autocollant sur une porte: c’est un centre médico-social de Médecins sans frontières. Jacky Roptin, psychologue, voit passer des migrants de tous pays, dont des Afghans. Parmi eux, des mineurs.
Ainsi ce jeune garçon né en 1992. «Assassinat du père par les Talibans quand il avait sept ans», a noté le psy dans son dossier. «Part avec mère et frères au Pakistan à 4 ans. A vu plusieurs corps décapités lors d’un attentat dans une mosquée.» A l’âge de 14 ou 15 ans, le jeune garçon quitte le Pakistan. «Quinze mois de parcours» en passant par l’Iran, la Turquie, la Grèce, l’Italie, la France. «Rêve de la guerre, de l’exil, note encore le psy. Il est "fatigué de vivre". "La vie est une maladie qui ne s’arrête jamais". Il n’a aucune envie. Il ne recherche pas le contact. Troubles de concentration, de sommeil. Pourtant n’a aucune plainte somatique, dit ne ressentir aucune tristesse.»
Rue Bouret : un sandwich et un lit pour les mineurs
De la place du colonel Fabien, les jeunes Afghans remontent à pied vers la rue Bouret. Direction: la Maison du partage, gérée par l’armée du Salut. Réservé, en théorie, à l’accueil de jour, ce centre est ouvert la nuit pendant la période hivernale. Les mineurs afghans sélectionnés par France terre d’asile s’y verront offrir un sandwich et une douche. Ils pourront aussi laver leurs vêtements. A leur arrivée, ils sont accueillis par les animateurs de France terre d’asile (FTDA) qui leur demandent leur nom, leur âge. Ce jeudi 26 février, la plupart ont entre 15 et 18 ans mais FTDA en a vu passer de beaucoup plus jeunes, âgés de 9 à10 ans. Les gamins passeront la nuit là sur des matelas disposés à même le sol. Et dès le lendemain, à l’aube, ils retrouveront la rue. Ceux qui veulent à tout prix aller en Angleterre retourneront vers le square Villemin, rendez-vous des passeurs, ceux qui sont prêts à rester en France se rendront à la plate-forme d’accueil de FTDA dans le XVIIIe
Rue Louis Blanc : L’hôtel
Ils sont habillés comme tous les jeunes, jean et t-shirt, les cheveux fixés avec du gel. Comme tous les jeunes, ils vont à l’école. Et, comme tous les jeunes, ils tripotent les touches de leur téléphone portable. Tous sont mineurs - le plus jeune a 14 ans, les autres entre 15 et 18 - et ont eu la chance d’être repérés par l’association France terre d’asile. Désormais confiés à l’Aide sociale à l’enfance, ils ont commencé à instruire, pour certains, une demande d’asile. Pour l’heure, ils sont hébergés à l’hôtel Aviator, rue Louis Blanc, à Paris, en attendant que leur soit trouvée une famille d’accueil pour les plus jeunes, un foyer pour les plus âgés. Tous baragouinent désormais le français. Certains sont orphelins, beaucoup ont perdu tout contact avec leur famille. Ils ont des projets d’avenir en France. L’un veut être peintre en bâtiment, l’autre électricien.
Sources : Libération.

3 commentaires:

yann a dit…

A l'autre bout du square Villemin il y a Calais et parfois le royaume unis tant espéré

C'est le sujet de Welcome le dernier film de Philippe lioret
La bande annonce:
http://www.youtube.com/watch?v=NoRqzMGBU4U

le site du collectif de soutien d'urgence aux réfugiés:
http://www.csur62.com/

walkingthedog a dit…

Bonjour, c'est la première fois que je visite votre blog, il est vraiment splendide, félicitations.
Et merci pour votre commentaire.

sophie a dit…

Je sors de WELCOME ....et je lis votre article...il y a de quoi être triste....
sophie(des grigris)