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jeudi 17 septembre 2020

Jean Giono (1895-1970) bibliographie sélective (3)




      

Le cinquantenaire de la disparition de Jean Giono (1895-1970) est l'occasion de revenir sur la bibliographie de cet écrivain majeur de la littérature française dont voici le dernier volet consacré aux chroniques.


Après 1945, l'écriture de Jean Giono devient plus incisive, allègre et ironique, tandis que son œuvre prend une tonalité sombre et pessimiste.
Elle se développe dans deux directions : le « cycle du Hussard » avec Angelo, Le Hussard sur le toit, Le Bonheur fou, Mort d’un personnage et la série des « Chroniques romanesques », avec Un roi sans divertissement, Les Âmes fortes, Le Moulin de Pologne.



L’objectif initial de Jean Giono était de composer une série de dix ouvrages mettant en scène la vie d’Angelo Pardi, puis de sa descendance. Cette décalogie commençant à la lumière du XIXème siècle avec Angelo, publié en 1945, consiste à retravailler l’histoire d’un personnage vivant dans le siècle antérieur à celui de l’auteur, pour mieux montrer l’opposition avec son propre XXème siècle. En effet, si le cycle avait été complet, nous aurions pu assister à l’évolution de la lignée d’Angelo au travers de années, jusqu’à l’ultime épisode où son petit-fils, Angelo III, aurait incarné un héros de la résistance durant la seconde guerre mondiale.


L’ampleur de la tâche n’à pas permis à Giono d’accomplir son projet initial : seuls trois tomes sur les dix prévus ont vu le jour : Mort d’un personnage en 1949, Le Hussard sur le toit en 1951, et Le Bonheur Fou en 1957. Le fil conducteur est cependant conservé, car le troisième opus nous présente encore la suite des aventures d’Angelo, tandis que la mort de la personne mentionnée dans le premier n’est autre que Pauline de Théus, qu’on ne découvre que pleinement dans le second tome.

 Conception: printemps 1945.
Publication: Gallimard, 1958.

 Angelo Pardi part de Turin après avoir fort joliment tué d'un coup de sabre M. le baron Schwartz, espion autrichien. Il passe la frontière en grand uniforme de colonel des hussards de Sardaigne, sur un cheval admirable. Les conspirations, les dangers, les amours ne vont point manquer à Angelo qui se trouvera aux prises avec le subtil vicaire général d'Aix-en-Provence, le marquis de Théus, avec la charmante Anna Clèves qui l'aimera sans espoir, avec Pauline enfin, cette femme si belle qu'il sauvera un jour.




     Vieille et grande dame de Provence, Pauline de Théus attire et intrigue tous ceux qui l'approchent. Mais c'est son petit-fils Angélo qui, plus que quiconque, subit le charme de cette femme au passé généreux qui vit désormais à Marseille, dans une maison d'aveugles. Les années passent, lointaines, et c'est une Pauline de Théus aux confins de la mort que retrouve Angélo : mais elle n'a rien perdu de son prestige ni de sa grandeur. Pudique et bouleversante histoire d'amour entre un enfant et une vieille dame, Mort d'un personnage est peut-être le plus classique, le plus dépouillé, le plus rare des romans de Jean Giono.



     Hiver 1843. De mystérieuses disparitions inquiètent les habitants d'un village perdu au cœur des Alpes. C'est alors que le capitaine de gendarmerie Langlois arrive pour mener l'enquête... Au fil des pages, le lecteur suit avec passion l'enchaînement des faits que reconstitue le narrateur. Il découvre peu à peu qu'il ne s'agit pas tant de résoudre une énigme que d'explorer les tréfonds de l'âme humaine.
Jean Giono signe un roman fascinant, qui emprunte les codes du récit policier pour mieux s'en émanciper, et renouvelle le genre de la chronique littéraire. 





     "Il y a de petites places désertes où, dès que j'arrive, en plein été, au gros du soleil, Œdipe, les yeux crevés, apparaît sur un seuil et se met à beugler. Il y a des ruelles, si je m'y promène tard, un soir de mai, dans l'odeur des lilas, j'y vois Vérone où la nourrice de Juliette traîne sa pantoufle. Et dans le faubourg de l'abattoir, à l'endroit où il n'y a rien qu'une palissade en planches, j'ai installé tous les paysages de Dostoïevski..."

 


     "Elle était à ce moment-là, de beaucoup et de loin, la plus belle femme de Châtillon, et même d'ailleurs certainement. Quelqu'un qui l'a bien connue à ce moment-là me disait :"Elle était belle comme ce marteau, vois-tu !". Et il me montrait le marteau dont il faisait usage depuis vingt ans (c'était un cordonnier), un marteau dont le manche était d'un bois doux comme du satin depuis le temps qu'il le maniait, dont le fer si souvent frappé étincelait comme de l'or blanc.
Et avec ça elle était tout le temps affable et gentille". 



      Alors, il se met à tripoter son paquet de cartes comme s'il tirait sur un accordéon. Il le frappe, il le pince, il le soufflette, il le caresse, il l'étire et le referme. Il annonce : roi de pique, sept de carreau, trois de cour, roi de trèfle, dame de cour, neuf de pique, deux de carreau ; et chaque fois la carte annoncée tombe. Il jette le jeu de cartes dans le bassin de la fontaine et, quand il va y tomber, le jeu de cartes se regroupe dans sa main.
Il me l'étale sous le nez en éventail, en fer à cheval, en roue, en flèche. Il fait couler les cartes de sa main droite à sa main gauche, en pluie, en gouttes, en cascades. Il leur parle, il les appelle par leurs noms ; elles se dressent toutes seules hors du jeu, s'avancent, viennent, sautent. Il raconte de petites saloperies à la dame de cour et la dame de cour bondit jusqu'à sa bouche...

 



      Le hussard sur le toit : avec son allure de comptine, ce titre intrigue. Pourquoi sur le toit ? Qu'a-t-il fallu pour l'amener là ? Rien moins qu'une épidémie de choléra, qui ravage la Provence vers 1830, et les menées révolutionnaires des carbonari piémontais. Le Hussard est d'abord un roman d'aventures : Angelo Pardi, jeune colonel de hussards exilé en France, est chargé d'une mission mystérieuse.
Il veut retrouver Giuseppe, carbonaro comme lui, qui vit à Manosque. Mais le choléra sévit : les routes sont barrées, les villes barricadées, on met les voyageurs en quarantaine, on soupçonne Angelo d'avoir empoisonné les fontaines ! Seul refuge découvert par hasard, les toits de Manosque ! Entre ciel et terre, il observe les agitations funèbres des humains, contemple la splendeur des paysages et devient ami avec un chat.
Une nuit, au cours d'une expédition, il rencontre une étonnante et merveilleuse jeune femme. Tous deux feront route ensemble, connaîtront l'amour et le renoncement. 



     Ils se jetèrent l'un contre l'autre. En échappant aux bras, Mon Cadet frotta sa tête contre la poitrine de Marceau. Il entendit de nouveau les furieux coups sourds. Il comprit que c'était le cœur de son frère ; il se sentait, lui, propre, net, sec et dur comme un fuseau de quenouille. Il lui glissait des mains, il prit audace et appuya carrément son épaule contre le ventre de Marceau. Il essaya de le ceinturer.
Marceau le saisit aux hanches et le souleva.




     "Moulin de Pologne, pourquoi ce nom ? Personne n'en sait rien. Les uns prétendent qu'un pèlerin polonais allant à Rome s'établit jadis à cet endroit-là dans une cabane. Un peut après la chute de l'Empire, un nommé Coste acheta le terrain, fit construire la maison de maître et les dépendances qu'on voit encore. Coste était un enfant du pays, mais il y revenait après un long séjour au Mexique. C'était, paraît-il, un homme maigre et silencieux. On se souvient surtout de ce qui le caractérisa : des sautes d'humeur violentes qui le faisaient passer sans transition d'une bonté de pain à une cruauté famélique ". 



    Le Bonheur fou, c'est celui qu'éprouve Angelo Pardi, le héros du Hussard sur le toit, à faire la révolution italienne en 1848. Angelo se promène à travers la révolution comme il se promenait naguère à travers le choléra de Provence. La guerre - cette guerre-là, qui est à la fois guerre civile et guerre à l'Autriche - lui communique les sentiments les plus délicieux. L'amitié y prend quelque chose d'exalté et d'admirable, bien propre à transporter l'âme la plus noble du Piémont.
Les combats de rues ou batailles confuses quoique «rangées», n'ont rien de honteux, car c'est l'amour de la patrie qui les anime, ainsi qu'un prodigieux goût de vivre.Des amours très brèves, de longues marches à pied ou à cheval, d'innombrables rencontres avec une foule de personnages d'une extraordinaire vérité, sont les événements de ce roman aux dimensions tolstoïennes, écrit dans la langue la plus rapide du monde.




      Le héros d'Un roi sans divertissement, l'inoubliable et désenchanté capitaine de gendarmerie Martial Langlois, reparaît dans ces six nouvelles. Pendant la Restauration, Martial, ancien soldat de Napoléon, sert le pouvoir en y mettant une nuance de distance et de dédain. Sur son cheval, des Alpes de Provence aux Cévennes, il débrouille les mystères policiers et déjoue les complots politiques, tout en poursuivant son rêve. La nature, les chevaux, le mystère, le danger, l'intelligence et les personnages aux cours fiers, tout concourt à faire de ces nouvelles autant de chefs-d’œuvres qui se lisent avec le plus vif plaisir.





lundi 3 août 2020

Jean Giono (1895-1970) bibliographie sélective (2)


                                                                  photo Denise Bellon


Le cinquantenaire de la disparition de Jean Giono  (1895-1970) est l'occasion de revenir sur la bibliographie de  cet écrivain majeur de la littérature française dont voici le deuxième volet.



Conception: 24 février 1936-7 mai 1937.
Publication: Gallimard, août 1937.

     "- Toute la côte de Verneresse s'effondre. Tout le dessus de Sourdie s'effondre. Tout le flanc de Chènerilles. La terre est comme du lard. Les forêts se replient dans la terre. L'eau fume le long des rochers. Les pierres coulent comme des fontaines. Il a essayé de détourner la boue. Elle a renversé la grange. Il a essayé de sauver quelque chose. La maison était comme une barrique sur un bassin ; elle dansait et il semblait qu'elle tournait, elle s'enfonçait, elle remontait, je lui disais : "Non, n'y allez plus." Mais il sauvait le sien.
Il était devenu quelque chose, Antoine. Il peut être fier !"  





Conception: 10 juillet 1937-16 avril 1938.
Publication: Gallimard, octobre 1938.


     "Chaque forme de la technique aura exactement sa forme formée avec de la chair sans souvenir, sans membres en trop, sans souffrance possible. La beauté est un mot poétique. Ce sera désormais un mot technique. Cette chair sera belle. Sa beauté est son exacte utilité. Non, ce n'est pas ici que vous avez reculé d'horreur. Le gouffre de la raison technique ne peut pas vous donner le vertige. Il vous est familier ; il vous est plus familier que votre propre beauté.
Vous avez déjà perdu le commandement de vous-même. Ce que vous haïssez, ce qui mot à mot a meurtri votre chair déjà mystérieusement désespérée, c'est tout le reste du livre. Il parlait à de vieux souvenirs qui depuis longtemps sont en trop. Je vais vous dire le vrai motif de votre haine : vous n'avez trouvé personne à adorer dans ces pages ; et vous avez un terrible besoin d'adorer. La grande vérité est précisément qu'il n'y a rien ni personne à adorer nulle part.
Et voilà l'endroit où je vais vous laisser pour qu'à partir de là vous fassiez vous-même votre espérance. Je ne fais effort ni pour qu'on m'aime ni pour qu'on me suive. Je déteste suivre, et je n'ai pas d'estime pour ceux qui suivent. J'écris pour que chacun fasse son compte." Jean Giono.  




     La Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix est écrite durant l'été 1938, entre le début juillet et la mi-août. Jean Giono la rédige dans une atmosphère de bouleversement. En pacifiste convaincu il sait que depuis l'Anschluss les Français se préparent de plus en plus à la guerre et sont prêts à la faire. Son intention n'en est que renforcée ? : "? Continuer à combattre, écrit-il le 16 mars dans son journal, contre le militarisme et forcément commencer par lutter contre celui de ma patrie. " Or abattre la guerre, c'est abattre l'Etat, quel qu'il soit. Le Giono des premiers écrits, le romancier décrivant un monde paysan accordé aux grands rythmes élémentaires, somme toute assez inoffensif, laisse place au penseur engagé, politiquement incorrect. La lutte que le "? pacifiste-anarchiste ? " engage ici, aux côtés des paysans du monde entier, contre la guerre et contre l'Etat est une lutte perdue d'avance.
La guerre et l'Etat, tant totalitaire que démocratique, passeront par là. Et pourtant en parlant aux paysans, Giono sait qu'il parle de choses humaines valables pour tous. Il sait que son message portera loin, et ce faisant qu'il saura à sa manière rendre compte de l'évidence ? : "? tous les peuples du monde sont prisonniers ? " . Paysans et non-paysans partagent, malgré eux, la même communauté de destin.
Celui d'un monde aux prises avec le culte de la vitesse, de la technique et du progrès, dont le propre est, petit à petit, d'éliminer le naturel au profit de l'artificiel. Un monde qui aujourd'hui voit plusieurs centaines de millions de paysans souffrir de la faim. Cet éloge de la pauvreté et de la paix nous force à nous retourner sur la figure du paysan, mais aussi à questionner une société occidentale se donnant en modèle et refusant de fait toute contestation.
Recevoir cette lettre et la lire c'est un peu devenir paysan soi-même, c'est regagner le droit d'être libre et autonome. Extrait de la préface rédigée par Alexandre Chollier  




      "Ce qui me dégoûte dans la guerre, c'est son imbécillité. J'aime la vie. Je n'aime même que la vie. C'est beaucoup, mais je comprends qu'on la sacrifie à une cause juste et belle. J'ai soigné des maladies contagieuses et mortelles sans jamais ménager mon don total. A la guerre j'ai peur, j'ai toujours peur, je tremble, je fais dans ma culotte. Parce que c'est bête, parce que c'est inutile. Inutile pour moi.
Inutile pour le camarade qui est avec moi sur la ligne de tirailleurs. Inutile pour le camarade en face. Inutile pour le camarade qui est à côté du camarade en face dans la ligne de tirailleurs qui s'avance vers moi." Ce volume réunit "Refus d'obéissance", "Précisions" et "Recherche de la pureté", trois textes pacifistes d'un homme qui n'oublia jamais l'horreur de la Première Guerre mondiale.  



Conception: 16 novembre 1939-1er mars 1940.
Publication: La Nouvelle Revue française, avril-mai 1940.
Gallimard, 1941.

      Moby Dick (qu'il devait traduire, en collaboration avec Joan Smith et Lucien Jacques) fut, "pendant cinq ou six ans au moins", le compagnon de Giono. "Il me suffisait de m'asseoir, le dos contre le tronc d'un pin, de sortir de ma poche ce livre qui déjà clapotait pour sentir se gonfler sous moi et autour la vie multiple des mers. Combien de fois au-dessus de ma tête n'ai-je pas entendu siffler les cordages, la terre s'émouvoir sous mes pieds comme la planche d'une baleinière ; le tronc du pin gémir et se balancer contre mon dos comme un mât.
Mais... quand le soir me laissait seul, je comprenais mieux l'âme de ce héros pourpre qui commande tout le livre." De cette communion avec un livre et son auteur est né cet essai, où la biographie a l'allégresse et la spontanéité de la vie : "un homme d'un mètre quatre-vingt-trois, avec soixante-sept centimètres de largeur d'épaule" s'anime soudain sous nos yeux, tel un héros de roman, plus vrai que nature.

Conception: janvier-juillet 1941.
Publication: Neuchâtel, Ides et Calendes, novembre 1941.
Bernard Grasset, 1942.

     Complément "aux vraies richesses". "Dernièrement j'étais à Marseille pour quelques jours. Dès la première après-midi, la pluie; la boue et le froid me forcèrent à me réfugier au café. La foule aussi rendait la rue impraticable aux vivants. C'était une agglomération déambulante d'êtres éteints; une pâleur de chandelle coiffée, des vêtements de goudron, pas la moindre couleur même aux yeux; tout ça tellement loin dans la profondeur de l'enfer qu'on ne pouvait même plus l'appeler. Je me disais : « Pour courir derrière il faudrait un saint... » Je ne suis pas un saint.
Je vais dans un petit café, qui n'a pas du tout l'aspect marseillais. A un moment ou à un autre je suis allé dans presque tous les grands cafés de Marseille, soit qu'on m'y ait donné rendez-vous, soit que... je ne sais jamais quoi faire dans ces villes." Jean Giono.

      "Les jours commencent et finissent dans une heure trouble de la nuit. Ils n'ont pas la forme longue, cette forme des choses qui vont vers des buts : la flèche, la route, la course de l'homme. Ils ont la forme ronde, cette forme des choses éternelles et statiques : le soleil, le monde, Dieu. La civilisation a voulu nous persuader que nous allons vers quelque chose, un but lointain. Nous avons oublié que notre seul but, c'est vivre et que vivre nous le faisons chaque jour et tous les jours et qu'à toutes les heures de la journée nous atteignons notre but véritable si nous vivons.
Tous les gens civilisés se représentent le jour comme commençant à l'aube ou un peu après, ou longtemps après, enfin à une heure fixée par le début de leur travail ; qu'il s'allonge à travers leur travail, pendant ce qu'ils appellent "toute la journée" ; puis qu'il finit quand ils ferment les paupières. Ce sont ceux-là qui disent : les jours sont longs. Non, les jours sont ronds".  

Conception: février-mai 1944.
Publication: Paris, G. Dechalotte, 1948, édition limitée.
Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1974.


      Fragments d'un Paradis éclaire enfin sur l'art poétique de Giono et sa véritable religion de l'imaginaire verbal. Peu lui importe de n'avoir pas navigué ; pour Giono le réalisme n'existe pas et ne saurait exister. Dans la mesure où il procède de forces supérieures à l'imagination humaine, le réel doit être, selon lui, plus fabuleux et incroyable que toutes nos chimères. Ainsi faut-il admettre l'irruption de sensations purement terriennes dans l'univers marin, dont c'est une des caractéristiques de les exclure. Les raies géantes ont des odeurs de " champ de narcisses ". Comme au-dessus de Manosque, le ciel des antipodes a des " grésillements de braise " et les étoiles ont "des cris de cristal ". On voit les images surgir, se polir, et garder mystérieusement leur palpitation première. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'oiseau y tient une grande place. Son frémissement évoque physiquement ce que Giono attend des mots eux-mêmes. Ainsi tombe le soir " rouge et terne comme un coq malade ", ou telle " une aile de feu déployant ses plumes ". Cela ne remplace pas Melville, ni Conrad, ni nos auteurs de grand large comme Henri Queffélec, Michel Mohrt ou Jacques Perret. Mais qu'est-ce que la " vraie mer" sinon celle qu'on porte en soi jusqu'à se faire porter par elle, et que lève la houle des mots ! Giono le dit bien: "La vérité objective n'existe pas, ce qui importe c'est d'être enchanté ! " Bertrand Poirot-Delpech 


mardi 14 juillet 2020

Jean Giono (1895-1970) bibliographie sélective (1)



    Le cinquantenaire de la disparition de Jean Giono  (1895-1970) est l'occasion de revenir sur la bibliographie de  cet écrivain majeur de la littérature française




     En fait d'Odyssée, il semble que le retour d'Ulysse à Ithaque tienne davantage de l'école buissonnière et qu'il soit plutôt hâté par l'annonce de l'infidélité de Pénélope. Mais que dire lorsque l'on vous somme de justifier une absence de dix ans ? Peu de choses, suggère Giono, un mensonge... Ainsi naît l'Odyssée. Dans ces pages merveilleuses de poésie, Giono célèbre un monde où, à travers les dieux, l'homme et la nature entrent en communion profonde.

Conception: juillet-décembre 1927.
Publication: Revue Commerce, été 1928.
Bernard Grasset, coll. Cahiers Verts, février 1929.
     Un débris de hameau où quatre maisons fleuries d'orchis émergent de blés drus et hauts. Ce sont les Bastides Blanches, à mi-chemin entre la plaine et le grand désert lavandier, à l'ombre des monts de Lure. C'est là que vivent douze personnes, deux ménages, plus Gagou l'innocent. Janet est le plus vieux des Bastides. Ayant longtemps regardé et écouté la nature, il a appris beaucoup de choses et connaît sans doute des secrets.
Maintenant, paralysé et couché près de l'âtre, il parle sans arrêt, " ca coule comme un ruisseau ", et ce qu'il dit finit par faire peur aux gens de Bastides. Puis la fontaine tarit, une petite fille tombe malade, un incendie éclate. C'en est trop ! Le responsable doit être ce vieux sorcier de Janet. Il faut le tuer... Dans Colline, premier roman de la trilogie de Pan (Un de Baumugnes-Regain), Jean Giono, un de nos plus grands conteurs, exalte dans un langage riche et puissant les liens profonds qui lient les paysans à la nature.

Conception: août-décembre 1928.
Publication: La Nouvelle Revue française, août-novembre 1929.
Bernard Grasset, octobre 1929.

      À la Buvette du Piémont, un vieux journalier est attiré par un grand gars qui paraît affreusement triste ; il provoque ses confidences : Albin vient de la montagne, de Baumugnes. Trois ans auparavant, il était tombé amoureux fou d'une fille qui s'est laissé séduire par le Louis, " un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis ". Le Louis ne lui avait pas caché que son intention était de mettre la fille sur le trottoir.
Depuis, Albin est inconsolable, traînant de ferme en ferme, sans se résoudre à remonter à Baumugnes. Alors le vieux, qui n'est que bonté, décide d'aider Albin... Rempli d'amour, de tendresse et de fraîcheur, Un de Baumugnes est le deuxième roman de la trilogie de Pan, les deux autres étant Colline et Regain. 


 Conception: mars-décembre 1929.
Publication: Revue de Paris, octobre-novembre 1930.
Bernard Grasset, octobre 1930.

     Tous sont partis. Panturle se retrouve seul dans ce village de Haute-Provence battu par les vents au milieu d'une nature âpre et sauvage. Par la grâce d'une simple femme, la vie renaîtra. Jean Giono, un de nos plus grands conteurs, exalte dans Regain avec un lyrisme sensuel les liens profonds qui lient les paysans à la nature. 


      Conception: 26 avril-16 mai 1930.
Publication: Paris, Éditions Émile-Paul, décembre 1930.
Gallimard, 1986 (suivi de Poème de l'olive).


     "Ce pays-là va tout en vagues, puis se creuse en un beau val. Un ruisseau est au fond, sous les saules. C'est le Largue. Un Largue large de trois pas. Il ne va pas comme tous les ruisseaux, d'un flot égal, mais il dort dans des trous profonds, puis l'eau glisse d'un trou à l'autre, en emportant des poissons, puis tout s'arrête et l'on attend une pluie là-bas sur les plateaux. Quand on se penche sur ces trous d'eau, on voit d'abord le monde renversé des arbres et du ciel.
Là, j'ai compris pourquoi les jeunes filles se noyaient : c'est la porte d'un pays, c'est un départ ; sous l'eau sont des nuages, et des arbres, et des envols d'oiseaux, et des fleurs. Un peu de courage, même pas du courage, laisse faire le poids de cette chair..." 

 Publication: Paris, Éditions des Cahiers Libres, 1930.
Gallimard, 1932, 1947.

    

   Conception: juillet-10 août 1930
Publication: Les Nouvelles littéraires, décembre 1930-février 1931.
Bernard Grasset, avril 1933.

     Une nuit d'été, sur le plateau de Malefougasse, parmi "deux cents hommes et cent mille bêtes", Giono, l'imagination exaltée par des contes flottant au vent des collines, assiste stupéfait à un singulier spectacvle, une véritable cérémonie secrète. A la lueur des feux, au son des harpes éoliennes et des flûtes à eau, une dizaine de bergers jouent un drame épique dans une langue tissée de visions, mêlant le provençal, le génois, le corse, le piémontais...Opéra en plein air dont l'étrangeté est multipliée par l'écriture tout en images de l'auteur, ce Serpent d'étoiles se situe entre le récit d'initiation et l'enquête hallucinatoire. 



Conception: décembre 1929-mars 1931.
Publication: Revue Europe, mai-septembre 1931.
Éditions de la N.R.F., novembre 1931.
Gallimard, 1944.
     Un curé traverse la route en portant une pendule. Un canon anglais passe au grand galop, les chevaux fouettés par les artilleurs français. Un colonel sans capote et nu-tête fait ses grands pas dans l'herbe. De sa main gauche il tient une boîte de sardines ouverte. Il trempe le pain dans l'huile et il pompe à pleine bouche. Un officier anglais, penché derrière un arbre, allume sa pipe à l'abri. Tout ça s'en va vers le mont Cassel. Un réquisitoire contre la guerre.

 Conception: printemps-été 1932.
Publication: Bernard Grasset, novembre 1932.

     Dans ce récit autobiographique, Jean Giono évoque son enfance passée à Manosque, dans une maison haute avec un escalier étroit qui relie la blanchisserie du rez-de-chaussée, où s'active sa mère Pauline, au troisième où se trouve l'atelier de cordonnier de son père. C'est là que Jean Giono a appris à sentir, à voir et à penser sous la garde vigilante de sa mère, modelé par la sagesse et la grande bonté de son père. Jean Giono nous raconte aussi les aventures et les drames qui l'ont marqué et sa découverte de la sensualité au cours d'un séjour chez les bergers. C'est sur le départ pour la guerre de 1914 que s'achève ce merveilleux recueil de souvenirs d'enfance, empli de fraîcheur et de tendresse.

Conception: janvier-septembre 1933.
Publication: Revue de Paris, mars-avril 1934.
Bernard Grasset, novembre 1934.


    Le matin fleurissait comme un sureau. Antonio était frais et plus grand que nature, une nouvelle jeunesse le gonflait de feuillages. -Voilà qu'il a passé l'époque de verdure, se dit-il. Il entendait dans sa main la truite en train de mourir ; Sans bien savoir au juste, il sa voyait dans son île, debout,, dressant les bras, les poings illuminés de joies arrachées au monde, claquantes et dorées comme des truites prisonnières. Clara, assise à ses pieds, lui serrait les jambes dans ses bras tendres. 

      Conception: février 1934-janvier 1935.
Publication: Bernard Grasset, avril 1935.

     Sur le rude plateau provençal de Grémone, quelques hommes peinent tristement sur leurs terres, chacun de leur côté. Ils comprendront le message de joie et d'espérance que leur apporte le sage Bobi, vagabond au coeur généreux, et, malgré les difficultés de l'existence, la joie renaîtra sur le plateau. Que ma joie demeure est un hymne à la vie, un chant merveilleux en l'honneur de la nature, des hommes et des animaux.

       Conception: juillet-décembre 1935.
Publication: Bernard Grasset, avril 1936.

      Les Vraies Richesses... Titre explicite pour une manière de récit et d'essai dénonçant la vanité de la vie citadine, de l'argent, célébrant la gloire du soleil, de la terre, des collines, des ruisseaux, des fleuves " qui m'irriguent plus violemment que mes artères et mes veines ". L'ouvrage débute par une promenade parisienne à Belleville, prétexte pour l'auteur à une réflexion sur les "racines". Giono, visionnaire et virtuose du sacré, rejoint vite, d'un bel élan amoureux, ses chemins de traverse provençaux, ses paysans mythologiques, la loi du pain, le vent des rêves. 
 Publication: Nouvelle Revue française, janvier 1937.

     "Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. Ce soir est la fin d'un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L'air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre.
L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marque". Un texte bouleversant dans lequel Jean Giono livre, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, un véritable plaidoyer pour la paix.

jeudi 21 mai 2020

Giono et le cinéma


     Jean Giono considérait le cinéma comme «un art mineur» mais il aimait s’y distraire. D’où un goût très vif pour le burlesque, les films d’action et d’aventures. Mais Giono fut cinéaste sans cesser d’opposer son plaisir d’écrivain à un certain dédain pour un moyen d’expression où trop de barrières entravaient son imagination : l’argent, la technique, voire les comédiens. Mais pour ce conteur-né, le cinéma n’est-il pas aussi un moyen de raconter ? Alors pourquoi ne pas s’en servir ? Et le cinéma occupera beaucoup Giono au cours de deux périodes de sa vie.
     Entre 1938 et 1943, son refus des films que Pagnol tire de ses romans le pousse à mettre la main à la pâte. Il rêve à de grands films lyriques qui ne se feront pas. Après 1956 ; à l’apogée de son œuvre romanesque, il se sent libre de répondre aux nombreuses sollicitations des metteurs en scène et des producteurs. Pendant dix ans, il écrit des scénarios originaux, des adaptations, dialogues, commentaires : une production abondante, variée. Des projets restent dans ses tiroirs, des rendez-vous sont manqués avec Abel Gance ou Buñuel, mais des films se font et Giono lui-même passe derrière la caméra en 1960 avec Crésus, en pleine « nouvelle vague ». Il a soixante-cinq ans.
Au départ toujours enthousiaste, il se décourage et s’irrite ensuite d’un instrument qu’il maîtrise mal. Mais en marge de sa création littéraire et sans rien ajouter à sa gloire artistique, le cinéma de Giono tient une place non négligeable et aujourd’hui reconnue dans son œuvre. Jean Giono fut écrivain et cinéaste.

[Texte de Jacques Mény - Plaquette d’exposition « Giono et l’art, un regard »] (AGF, 1991).





3 novembre 1934  Drame de Marcel Pagnol  Avec Orane Demazis, Fernandel, Delaurme


    Séduite, puis abandonnée, Angèle se retrouve vite dans une maison close de Marseille. Fille-mère d'un petit garcon, elle retourne au village où son père l'enferme dans la cave de la ferme avec sa progéniture illégitime. 



janvier 1934 / 0h 52min / De Marcel Pagnol  Avec Vincent Scotto, Annie Toinon, Henri Poupon


 Jofroi, fermier vieillissant, a vendu son verger de la Maussan à Fonse. Quand celui-ci vient en abattre les vieux arbres, Jofroi veut le tuer. Bientôt tout le village est bouleversé... 








octobre 1937 / 2h 01min / Drame de Marcel Pagnol Avec Robert Le Vigan, Marguerite Moreno, Fernandel.
    Dans un village abandonné, seul habite encore Panturle. Tout autour, morte, la terre ne produit plus rien. Un rémouleur, Gédémus, arrive accompagné d'une jeune femme, Arsule,
qu'il emploie pour tirer sa charrette. L'amour qui va naître entre Panturle et Arsule transformera la destinée même du vieux village.








7 septembre 1938 / 2h 05min / Comédie dramatique de Marcel Pagnol avec Raimu, Ginette Leclerc, Fernand Charpin.
      Le boulanger n'aime que faire son pain et regarder sa jolie femme. Le jour ou celle-ci s'enfuit avec un berger des environs, il n'a plus la force de faire son pain. Alors tout le village se mobilise pour retrouver la femme du boulanger.




1958 de François Villiers avec Henri Arius, Pascale Audret, Charles Blavette.

Un film centré autour de la construction du barrage de Serre-Ponçon sur la Durance. Le film oppose la jeune héroïne et son oncle le berger, deux êtres de liberté, à des paysans égoïstes et rapaces.







Film de 1962 de Christian Marquand avec Robert Hossein, Renato Salvatori, Anouk Aimée.
      Sur une route de Provence, Francis conduit une Jeep qu'il doit livrer à Grenoble. En chemin, il fait la connaissance de Samuel, un routard habile joueur de cartes. Poursuivant sa route, Francis fait étape à Draguignan pour faire réparer la Jeep, prend pension dans un hôtel d'un village voisin et noue une idylle avec Anna, la jeune veuve hôtelière. Francis rencontre de nouveau Samuel qui devient également l'hôte d’Anna. Samuel est surpris en train de tricher lors d'une partie de cartes dans un bistrot et ses partenaires le laissent évanoui avec les doigts brisés devant la porte d'Anna. Après que celle-ci eut repoussé ses avances, Samuel s'en va errant dans la campagne et étrangle une vieille femme qui se moquait de ses mains à présent incapables de manier les cartes. Il s'enfuit, poursuivi par les villageois qui veulent faire justice eux-mêmes. Francis se lance également à sa poursuite.




1949 film de Emile Couzinet avec José Luccioni, Mona Dol, France Descaut.


    Apparemment sans but et triste, Jean marche jusqu'à la montagne. Est-il arrivé au bout de la route ? Il demande son embauche dans une ferme mais il reste sombre et semble ne pas remarquer les avances des femmes qui le croisent et tombent sous son charme car il a une certaine prestance qui, alliée à son caractère ténébreux et mélancolique, le rend irrésistible. La fille du fermier, Mina, en oublie son fiancé, le berger Albert, et succombe à son tour. Mais Jean veut rester fidèle au souvenir de sa femme séparée de lui par un accident qu'il a provoqué involontairement. II reprend alors son errance. 




1963. Film de  François Leterrier avec Charles Vanel, Albert Rémy, Rene Blancard.
   En 1840, sur le plateau enneigé du Trièves, le capitaine de gendarmerie Langlois vient en plein hiver enquêter sur la disparition d'une jeune fille du village. Il tente de s'identifier à l'assassin afin de comprendre son comportement.
L'assassin est « monsieur V*** », ce qui signifie « monsieur Voisin » : le tueur est quelqu'un de très quelconque, ce peut être votre voisin tout à fait banal qui vous dit bonjour tous les jours. 








1965. Film de Marcel Camus avec Charles Vanel, Hardy Krüger, André Lawrence.
       Matelot, accompagné par son ami Antonio, part à la recherche de son fils Le Besson, dans les montagnes des Alpes de Haute-Provence. Ils découvrent que Le Besson a enlevé la femme dont il était épris.



1984. Film de Gérard Vergez avec Marlène Jobert, Gérard Klein, Vittorio Mezzogiono.

     Un médecin polonais, Marie Castaing, est l’épouse du commandant Castaing, officier de cavalerie tenant garnison en Haute provence. Jason, un maquignon contrebandier et son jeune frère Ange, lui fournissent annuellement des chevaux. En 1914, Jason part pour la guerre après avoir échangé un baiser avec Marie… En 1915, il combat sur le front oriental des Dardanelles et fait la connaissance du lieutenant Gorian. Marie devenue veuve s’est engagée comme médecin militaire. Ange lui apporte une lettre de son frère. Tous deux cherchent Jason.








1995.  de Jean-Paul Rappeneau avec Juliette Binoche, Olivier Martinez, François Cluzet.
      1832. Le choléra décime la Provence, laissant sur son passage des cadavres au visage bleu, grimaçant de souffrance. Angelo, hussard italien poursuivi par les Autrichiens pour menées révolutionnaires, prend toutefois le temps de soigner les innocentes victimes. Il prend aussi le temps d’aimer en silence la jeune Pauline, lancée sur les routes à la recherche d’un mari mystérieux. Invulnérable et pur, il affronte tous les dangers…










2001 de Raoul Ruiz avec Laetitia Casta, Frédéric Diefenthal, Arielle Dombasle.
 Au XIXème siècle, une jeune fille de la Drôme, Thérèse, s'enfuit de sa campagne avec son fiancé Firmin. En ville, elle découvre qu'elle a du pouvoir sur les autres et qu'elle est une âme forte.
Thérèse rencontre la mystérieuse et élégante Mme Numance, bienfaitrice de la ville qui aurait tant désiré avoir un enfant. Elle abuse de sa générosité sans limite. Un lien de fascination mutuelle extrêmement fort unit ces deux femmes hors du commun. Mais Firmin va s'interposer et troubler le jeu...





1960 film de Jean Giono
Avec Fernandel, Rellys, Marcelle Ranson-Hervé
      Jules est berger en Provence, qui vit en solitaire sur les hauts plateaux. Pour le sentiment, il s'est arrangé avec une jeune veuve qui habite dans la vallée, Fine, qui vient quelquefois passer la nuit avec lui quand il le désire. Il trouve, un jour au détour d'un sentier, un conteneur d'aviation qu'il prend pour une bombe, lequel, après avoir été percé par les chevrotines de son fusil, laisse apparaître près de deux mètres cubes de billets de banque. Angoissé, ne sachant que faire de tout cet argent, Jules offre aux habitants du village un grand banquet qui attire aussitôt les convoitises et les jalousies de chacun des convives. Après avoir semé le doute puis la terreur avec cet argent, Jules reçoit la visite de deux policiers qui lui expliquent, en raflant les dernières liasses, que ces faux billets étaient en réalité un piège de l'occupant voulant ruiner à la libération l'économie nationale. Le village va pouvoir recommencer une vie sans argent, peut-être plus près de l'amour.