lundi 3 août 2020

Jean Giono (1895-1970) bibliographie sélective (2)


                                                                  photo Denise Bellon


Le cinquantenaire de la disparition de Jean Giono  (1895-1970) est l'occasion de revenir sur la bibliographie de  cet écrivain majeur de la littérature française dont voici le deuxième volet.



Conception: 24 février 1936-7 mai 1937.
Publication: Gallimard, août 1937.

     "- Toute la côte de Verneresse s'effondre. Tout le dessus de Sourdie s'effondre. Tout le flanc de Chènerilles. La terre est comme du lard. Les forêts se replient dans la terre. L'eau fume le long des rochers. Les pierres coulent comme des fontaines. Il a essayé de détourner la boue. Elle a renversé la grange. Il a essayé de sauver quelque chose. La maison était comme une barrique sur un bassin ; elle dansait et il semblait qu'elle tournait, elle s'enfonçait, elle remontait, je lui disais : "Non, n'y allez plus." Mais il sauvait le sien.
Il était devenu quelque chose, Antoine. Il peut être fier !"  





Conception: 10 juillet 1937-16 avril 1938.
Publication: Gallimard, octobre 1938.


     "Chaque forme de la technique aura exactement sa forme formée avec de la chair sans souvenir, sans membres en trop, sans souffrance possible. La beauté est un mot poétique. Ce sera désormais un mot technique. Cette chair sera belle. Sa beauté est son exacte utilité. Non, ce n'est pas ici que vous avez reculé d'horreur. Le gouffre de la raison technique ne peut pas vous donner le vertige. Il vous est familier ; il vous est plus familier que votre propre beauté.
Vous avez déjà perdu le commandement de vous-même. Ce que vous haïssez, ce qui mot à mot a meurtri votre chair déjà mystérieusement désespérée, c'est tout le reste du livre. Il parlait à de vieux souvenirs qui depuis longtemps sont en trop. Je vais vous dire le vrai motif de votre haine : vous n'avez trouvé personne à adorer dans ces pages ; et vous avez un terrible besoin d'adorer. La grande vérité est précisément qu'il n'y a rien ni personne à adorer nulle part.
Et voilà l'endroit où je vais vous laisser pour qu'à partir de là vous fassiez vous-même votre espérance. Je ne fais effort ni pour qu'on m'aime ni pour qu'on me suive. Je déteste suivre, et je n'ai pas d'estime pour ceux qui suivent. J'écris pour que chacun fasse son compte." Jean Giono.  




     La Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix est écrite durant l'été 1938, entre le début juillet et la mi-août. Jean Giono la rédige dans une atmosphère de bouleversement. En pacifiste convaincu il sait que depuis l'Anschluss les Français se préparent de plus en plus à la guerre et sont prêts à la faire. Son intention n'en est que renforcée ? : "? Continuer à combattre, écrit-il le 16 mars dans son journal, contre le militarisme et forcément commencer par lutter contre celui de ma patrie. " Or abattre la guerre, c'est abattre l'Etat, quel qu'il soit. Le Giono des premiers écrits, le romancier décrivant un monde paysan accordé aux grands rythmes élémentaires, somme toute assez inoffensif, laisse place au penseur engagé, politiquement incorrect. La lutte que le "? pacifiste-anarchiste ? " engage ici, aux côtés des paysans du monde entier, contre la guerre et contre l'Etat est une lutte perdue d'avance.
La guerre et l'Etat, tant totalitaire que démocratique, passeront par là. Et pourtant en parlant aux paysans, Giono sait qu'il parle de choses humaines valables pour tous. Il sait que son message portera loin, et ce faisant qu'il saura à sa manière rendre compte de l'évidence ? : "? tous les peuples du monde sont prisonniers ? " . Paysans et non-paysans partagent, malgré eux, la même communauté de destin.
Celui d'un monde aux prises avec le culte de la vitesse, de la technique et du progrès, dont le propre est, petit à petit, d'éliminer le naturel au profit de l'artificiel. Un monde qui aujourd'hui voit plusieurs centaines de millions de paysans souffrir de la faim. Cet éloge de la pauvreté et de la paix nous force à nous retourner sur la figure du paysan, mais aussi à questionner une société occidentale se donnant en modèle et refusant de fait toute contestation.
Recevoir cette lettre et la lire c'est un peu devenir paysan soi-même, c'est regagner le droit d'être libre et autonome. Extrait de la préface rédigée par Alexandre Chollier  




      "Ce qui me dégoûte dans la guerre, c'est son imbécillité. J'aime la vie. Je n'aime même que la vie. C'est beaucoup, mais je comprends qu'on la sacrifie à une cause juste et belle. J'ai soigné des maladies contagieuses et mortelles sans jamais ménager mon don total. A la guerre j'ai peur, j'ai toujours peur, je tremble, je fais dans ma culotte. Parce que c'est bête, parce que c'est inutile. Inutile pour moi.
Inutile pour le camarade qui est avec moi sur la ligne de tirailleurs. Inutile pour le camarade en face. Inutile pour le camarade qui est à côté du camarade en face dans la ligne de tirailleurs qui s'avance vers moi." Ce volume réunit "Refus d'obéissance", "Précisions" et "Recherche de la pureté", trois textes pacifistes d'un homme qui n'oublia jamais l'horreur de la Première Guerre mondiale.  



Conception: 16 novembre 1939-1er mars 1940.
Publication: La Nouvelle Revue française, avril-mai 1940.
Gallimard, 1941.

      Moby Dick (qu'il devait traduire, en collaboration avec Joan Smith et Lucien Jacques) fut, "pendant cinq ou six ans au moins", le compagnon de Giono. "Il me suffisait de m'asseoir, le dos contre le tronc d'un pin, de sortir de ma poche ce livre qui déjà clapotait pour sentir se gonfler sous moi et autour la vie multiple des mers. Combien de fois au-dessus de ma tête n'ai-je pas entendu siffler les cordages, la terre s'émouvoir sous mes pieds comme la planche d'une baleinière ; le tronc du pin gémir et se balancer contre mon dos comme un mât.
Mais... quand le soir me laissait seul, je comprenais mieux l'âme de ce héros pourpre qui commande tout le livre." De cette communion avec un livre et son auteur est né cet essai, où la biographie a l'allégresse et la spontanéité de la vie : "un homme d'un mètre quatre-vingt-trois, avec soixante-sept centimètres de largeur d'épaule" s'anime soudain sous nos yeux, tel un héros de roman, plus vrai que nature.

Conception: janvier-juillet 1941.
Publication: Neuchâtel, Ides et Calendes, novembre 1941.
Bernard Grasset, 1942.

     Complément "aux vraies richesses". "Dernièrement j'étais à Marseille pour quelques jours. Dès la première après-midi, la pluie; la boue et le froid me forcèrent à me réfugier au café. La foule aussi rendait la rue impraticable aux vivants. C'était une agglomération déambulante d'êtres éteints; une pâleur de chandelle coiffée, des vêtements de goudron, pas la moindre couleur même aux yeux; tout ça tellement loin dans la profondeur de l'enfer qu'on ne pouvait même plus l'appeler. Je me disais : « Pour courir derrière il faudrait un saint... » Je ne suis pas un saint.
Je vais dans un petit café, qui n'a pas du tout l'aspect marseillais. A un moment ou à un autre je suis allé dans presque tous les grands cafés de Marseille, soit qu'on m'y ait donné rendez-vous, soit que... je ne sais jamais quoi faire dans ces villes." Jean Giono.

      "Les jours commencent et finissent dans une heure trouble de la nuit. Ils n'ont pas la forme longue, cette forme des choses qui vont vers des buts : la flèche, la route, la course de l'homme. Ils ont la forme ronde, cette forme des choses éternelles et statiques : le soleil, le monde, Dieu. La civilisation a voulu nous persuader que nous allons vers quelque chose, un but lointain. Nous avons oublié que notre seul but, c'est vivre et que vivre nous le faisons chaque jour et tous les jours et qu'à toutes les heures de la journée nous atteignons notre but véritable si nous vivons.
Tous les gens civilisés se représentent le jour comme commençant à l'aube ou un peu après, ou longtemps après, enfin à une heure fixée par le début de leur travail ; qu'il s'allonge à travers leur travail, pendant ce qu'ils appellent "toute la journée" ; puis qu'il finit quand ils ferment les paupières. Ce sont ceux-là qui disent : les jours sont longs. Non, les jours sont ronds".  

Conception: février-mai 1944.
Publication: Paris, G. Dechalotte, 1948, édition limitée.
Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1974.


      Fragments d'un Paradis éclaire enfin sur l'art poétique de Giono et sa véritable religion de l'imaginaire verbal. Peu lui importe de n'avoir pas navigué ; pour Giono le réalisme n'existe pas et ne saurait exister. Dans la mesure où il procède de forces supérieures à l'imagination humaine, le réel doit être, selon lui, plus fabuleux et incroyable que toutes nos chimères. Ainsi faut-il admettre l'irruption de sensations purement terriennes dans l'univers marin, dont c'est une des caractéristiques de les exclure. Les raies géantes ont des odeurs de " champ de narcisses ". Comme au-dessus de Manosque, le ciel des antipodes a des " grésillements de braise " et les étoiles ont "des cris de cristal ". On voit les images surgir, se polir, et garder mystérieusement leur palpitation première. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'oiseau y tient une grande place. Son frémissement évoque physiquement ce que Giono attend des mots eux-mêmes. Ainsi tombe le soir " rouge et terne comme un coq malade ", ou telle " une aile de feu déployant ses plumes ". Cela ne remplace pas Melville, ni Conrad, ni nos auteurs de grand large comme Henri Queffélec, Michel Mohrt ou Jacques Perret. Mais qu'est-ce que la " vraie mer" sinon celle qu'on porte en soi jusqu'à se faire porter par elle, et que lève la houle des mots ! Giono le dit bien: "La vérité objective n'existe pas, ce qui importe c'est d'être enchanté ! " Bertrand Poirot-Delpech 


jeudi 23 juillet 2020

1970 et les autres (13) : le Salegy




    Ce fut pour moi un véritable choc que d'arriver dans la ville portuaire de Diego-Suarez située à l’Extrême-Nord de Madagascar dans l’immense baie enclavée du même nom où nous restâmes basé plusieurs mois en 1971.
« Habiter » Diego, c’était vivre dans une ville où les deux tiers de la population étaient étrangers et côtoyaient des Malgaches issus de toutes les régions de l’île, des Indiens, des Réunionnais, des Chinois, des Grecs, des Comoriens, des Somalis, des Yéménites, des Arabes, etc.




  Nous étions à quai en compagnie d'une autre aviso le Commandant Bory qui connaissait diverses péripéties liées à son appareil propulsif. 




   Diego, j'en entendais parler depuis des semaines et ma première sortie en ville fut pour me rendre avec les copains au Saigonnais ou à la Taverne deux lieux emblématiques de Diego pour y danser le Salegy.

      À l'origine, cette musique était entièrement liée aux us et coutumes malgaches. Les groupes ethniques utilisaient le salegy dans les rites de possession et les cérémonies liées au culte des ancêtres.

   Le mot salegy date des années 60. Il désigne une musique nouvelle, électrique, imaginée par certains guitaristes au confluent de la variété et de la tradition.
   Dans les années 1960, le salegy fait sa révolution avec l’arrivée des instruments électriques. Elisabeth Raliza et l’association folklorique de la côte Est lancent le salegy moderne avec le tube
« Viavy Rose ». Du salegy intégrant des instruments électriques et accordéon chromatique tout en brassant des styles locaux (basesa, tsapiky, sega) et importés (sega mauricien et réunionnais, rumba congo-zaïroise, le mbaqanga sud-africain et le benga du Kenya). Cette fusion connaît vite un succès considérable.






      Le salegy sera ensuite popularisé par le regretté Freddy Ranarison et Los Matadores, un orchestre de Diego Suarez. « Véritable pionnier de la guitare électrique des années 1960, Freddy Ranarison a propulsé le salegy sur l’échelle internationale avec son quarante-cinq tours Salegy






   L'un des célèbres vétérans de cette musique reste Eusèbe Jaojoby surnommé le roi du salegy. Jaojoby fait partie d’une succession de groupes célèbres à partir de 1972 notamment Los Matadores, Valoalo de Tamatave et Les Vickings de Nosy Be. de la musique salegy.  Depuis l'arrivée de Jaojoby et ses congénères le salegy est devenu la musique emblématique de la Grande Île.





    C'est vous dire qu'a Diego nous avons vite oublié la métropole et ses succès hexagonaux pour nous déhancher chaque soir au son du Salegy avant d'aller déguster des brochettes de zébu à la sauce piquante sur les trottoirs de Diego.




vendredi 17 juillet 2020

11 juillet au 21 août 2020 : 23 eme salon APROART Lavaveix-les-mines, Creuse




Le 23e salon d'art organisé par l'association Aproart se tient du 11 juillet au 21 août 2020 comme chaque année à Lavaveix-les-Mines dans deux sites : à l'Ecole des Galibots, route de Bourlat, et à la galerie des meubles Blondor, route d'Ahun.
Véritable mine d'art placée sous le signe de la diversité des continents et des styles, cette exposition réunit 29 artistes confirmés (*), douze œuvres par artistes, soit au total 350 œuvres originales à découvrir. Une exposition qui conjugue qualité et talent depuis 23 ans.
(*) O. Barrère-Monneraux Ocefa - A. Benbachir - N. Benedetti - L. Brugère - X. Besson - Boxiao - M. Blin - S. Bisard - A.M. Bordes - M.H. Calciata - H. Chang - I. Cussat - C. De Las Candelas - D. Dumont - C. Graniou - L. Guillot - D. Lee - R. Le Roux - Lin Bin - F. Malcombe - A. Mandon - J. Pinel Debris - M.-L. Romanet - A. Tejedor - F. Thibaud - B. Wong - Xioachuan - Zu Bin - et photos de C. Blanche.
  
Cette exposition sera ouverte tous les jours de 14 heures à 19 heures. Entrée libre. Un hommage sera rendu à Jacques Cinquin. Port du masque conseillé, circuit sécurisé.

mardi 14 juillet 2020

Jean Giono (1895-1970) bibliographie sélective (1)



    Le cinquantenaire de la disparition de Jean Giono  (1895-1970) est l'occasion de revenir sur la bibliographie de  cet écrivain majeur de la littérature française




     En fait d'Odyssée, il semble que le retour d'Ulysse à Ithaque tienne davantage de l'école buissonnière et qu'il soit plutôt hâté par l'annonce de l'infidélité de Pénélope. Mais que dire lorsque l'on vous somme de justifier une absence de dix ans ? Peu de choses, suggère Giono, un mensonge... Ainsi naît l'Odyssée. Dans ces pages merveilleuses de poésie, Giono célèbre un monde où, à travers les dieux, l'homme et la nature entrent en communion profonde.

Conception: juillet-décembre 1927.
Publication: Revue Commerce, été 1928.
Bernard Grasset, coll. Cahiers Verts, février 1929.
     Un débris de hameau où quatre maisons fleuries d'orchis émergent de blés drus et hauts. Ce sont les Bastides Blanches, à mi-chemin entre la plaine et le grand désert lavandier, à l'ombre des monts de Lure. C'est là que vivent douze personnes, deux ménages, plus Gagou l'innocent. Janet est le plus vieux des Bastides. Ayant longtemps regardé et écouté la nature, il a appris beaucoup de choses et connaît sans doute des secrets.
Maintenant, paralysé et couché près de l'âtre, il parle sans arrêt, " ca coule comme un ruisseau ", et ce qu'il dit finit par faire peur aux gens de Bastides. Puis la fontaine tarit, une petite fille tombe malade, un incendie éclate. C'en est trop ! Le responsable doit être ce vieux sorcier de Janet. Il faut le tuer... Dans Colline, premier roman de la trilogie de Pan (Un de Baumugnes-Regain), Jean Giono, un de nos plus grands conteurs, exalte dans un langage riche et puissant les liens profonds qui lient les paysans à la nature.

Conception: août-décembre 1928.
Publication: La Nouvelle Revue française, août-novembre 1929.
Bernard Grasset, octobre 1929.

      À la Buvette du Piémont, un vieux journalier est attiré par un grand gars qui paraît affreusement triste ; il provoque ses confidences : Albin vient de la montagne, de Baumugnes. Trois ans auparavant, il était tombé amoureux fou d'une fille qui s'est laissé séduire par le Louis, " un type de Marseille, un jeune tout creux comme un mauvais radis ". Le Louis ne lui avait pas caché que son intention était de mettre la fille sur le trottoir.
Depuis, Albin est inconsolable, traînant de ferme en ferme, sans se résoudre à remonter à Baumugnes. Alors le vieux, qui n'est que bonté, décide d'aider Albin... Rempli d'amour, de tendresse et de fraîcheur, Un de Baumugnes est le deuxième roman de la trilogie de Pan, les deux autres étant Colline et Regain. 


 Conception: mars-décembre 1929.
Publication: Revue de Paris, octobre-novembre 1930.
Bernard Grasset, octobre 1930.

     Tous sont partis. Panturle se retrouve seul dans ce village de Haute-Provence battu par les vents au milieu d'une nature âpre et sauvage. Par la grâce d'une simple femme, la vie renaîtra. Jean Giono, un de nos plus grands conteurs, exalte dans Regain avec un lyrisme sensuel les liens profonds qui lient les paysans à la nature. 


      Conception: 26 avril-16 mai 1930.
Publication: Paris, Éditions Émile-Paul, décembre 1930.
Gallimard, 1986 (suivi de Poème de l'olive).


     "Ce pays-là va tout en vagues, puis se creuse en un beau val. Un ruisseau est au fond, sous les saules. C'est le Largue. Un Largue large de trois pas. Il ne va pas comme tous les ruisseaux, d'un flot égal, mais il dort dans des trous profonds, puis l'eau glisse d'un trou à l'autre, en emportant des poissons, puis tout s'arrête et l'on attend une pluie là-bas sur les plateaux. Quand on se penche sur ces trous d'eau, on voit d'abord le monde renversé des arbres et du ciel.
Là, j'ai compris pourquoi les jeunes filles se noyaient : c'est la porte d'un pays, c'est un départ ; sous l'eau sont des nuages, et des arbres, et des envols d'oiseaux, et des fleurs. Un peu de courage, même pas du courage, laisse faire le poids de cette chair..." 

 Publication: Paris, Éditions des Cahiers Libres, 1930.
Gallimard, 1932, 1947.

    

   Conception: juillet-10 août 1930
Publication: Les Nouvelles littéraires, décembre 1930-février 1931.
Bernard Grasset, avril 1933.

     Une nuit d'été, sur le plateau de Malefougasse, parmi "deux cents hommes et cent mille bêtes", Giono, l'imagination exaltée par des contes flottant au vent des collines, assiste stupéfait à un singulier spectacvle, une véritable cérémonie secrète. A la lueur des feux, au son des harpes éoliennes et des flûtes à eau, une dizaine de bergers jouent un drame épique dans une langue tissée de visions, mêlant le provençal, le génois, le corse, le piémontais...Opéra en plein air dont l'étrangeté est multipliée par l'écriture tout en images de l'auteur, ce Serpent d'étoiles se situe entre le récit d'initiation et l'enquête hallucinatoire. 



Conception: décembre 1929-mars 1931.
Publication: Revue Europe, mai-septembre 1931.
Éditions de la N.R.F., novembre 1931.
Gallimard, 1944.
     Un curé traverse la route en portant une pendule. Un canon anglais passe au grand galop, les chevaux fouettés par les artilleurs français. Un colonel sans capote et nu-tête fait ses grands pas dans l'herbe. De sa main gauche il tient une boîte de sardines ouverte. Il trempe le pain dans l'huile et il pompe à pleine bouche. Un officier anglais, penché derrière un arbre, allume sa pipe à l'abri. Tout ça s'en va vers le mont Cassel. Un réquisitoire contre la guerre.

 Conception: printemps-été 1932.
Publication: Bernard Grasset, novembre 1932.

     Dans ce récit autobiographique, Jean Giono évoque son enfance passée à Manosque, dans une maison haute avec un escalier étroit qui relie la blanchisserie du rez-de-chaussée, où s'active sa mère Pauline, au troisième où se trouve l'atelier de cordonnier de son père. C'est là que Jean Giono a appris à sentir, à voir et à penser sous la garde vigilante de sa mère, modelé par la sagesse et la grande bonté de son père. Jean Giono nous raconte aussi les aventures et les drames qui l'ont marqué et sa découverte de la sensualité au cours d'un séjour chez les bergers. C'est sur le départ pour la guerre de 1914 que s'achève ce merveilleux recueil de souvenirs d'enfance, empli de fraîcheur et de tendresse.

Conception: janvier-septembre 1933.
Publication: Revue de Paris, mars-avril 1934.
Bernard Grasset, novembre 1934.


    Le matin fleurissait comme un sureau. Antonio était frais et plus grand que nature, une nouvelle jeunesse le gonflait de feuillages. -Voilà qu'il a passé l'époque de verdure, se dit-il. Il entendait dans sa main la truite en train de mourir ; Sans bien savoir au juste, il sa voyait dans son île, debout,, dressant les bras, les poings illuminés de joies arrachées au monde, claquantes et dorées comme des truites prisonnières. Clara, assise à ses pieds, lui serrait les jambes dans ses bras tendres. 

      Conception: février 1934-janvier 1935.
Publication: Bernard Grasset, avril 1935.

     Sur le rude plateau provençal de Grémone, quelques hommes peinent tristement sur leurs terres, chacun de leur côté. Ils comprendront le message de joie et d'espérance que leur apporte le sage Bobi, vagabond au coeur généreux, et, malgré les difficultés de l'existence, la joie renaîtra sur le plateau. Que ma joie demeure est un hymne à la vie, un chant merveilleux en l'honneur de la nature, des hommes et des animaux.

       Conception: juillet-décembre 1935.
Publication: Bernard Grasset, avril 1936.

      Les Vraies Richesses... Titre explicite pour une manière de récit et d'essai dénonçant la vanité de la vie citadine, de l'argent, célébrant la gloire du soleil, de la terre, des collines, des ruisseaux, des fleuves " qui m'irriguent plus violemment que mes artères et mes veines ". L'ouvrage débute par une promenade parisienne à Belleville, prétexte pour l'auteur à une réflexion sur les "racines". Giono, visionnaire et virtuose du sacré, rejoint vite, d'un bel élan amoureux, ses chemins de traverse provençaux, ses paysans mythologiques, la loi du pain, le vent des rêves. 
 Publication: Nouvelle Revue française, janvier 1937.

     "Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. Ce soir est la fin d'un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L'air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre.
L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marque". Un texte bouleversant dans lequel Jean Giono livre, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, un véritable plaidoyer pour la paix.

mardi 7 juillet 2020

Bob Dylan, Rough and Rowdy Ways





« Ou que j’aille, je restais un troubadour des sixties, une relique du folk-rock, phraseur des temps anciens, le chef d’Etat fictif d’un pays inconnu. L’enfer sans fin de l’oubli culturel. » Voici ce qu’écrivait Bob Dylan en 2004 dans le premier volume de ses Chroniques –

Ce qui n’est pas le cas de Rough and Rowdy Ways, son 39e en studio, dont l’improbable single de dix-sept minutes, Murder Most Foul, exercice de name-dropping autour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, a permis à son auteur de prendre, à l’approche de son 79e anniversaire, la première place des ventes digitales de « rock » (?) aux Etats-Unis.
Double (Murder Most Foul occupe à lui seul le deuxième CD), ce nouvel album attire la curiosité car il est le premier de chansons originales (dix) depuis Tempest en 2012, l’oracle ayant, dans l’intervalle, difficilement fait patienter ses fans avec une trilogie (dont un triple album) de standards de jazz popularisés par Frank Sinatra.

Entre-temps, Dylan a été surpris d'apprendre en 2016 qu'on lui décernait le prix Nobel de littérature. Il est douteux que cette récompense ait eu le moindre effet sur son écriture mais, de fait, Rough and Rowdy Ways privilégie le texte, le récitatif, la psalmodie et le talkin’ blues autour d’une musique souvent évanescente, comme contemplative sur des tempos lents. Fidèle à son orientation depuis Time Out of Mind (1997), le chef-d’œuvre qui mit fin à ses errements, il puise dans le vivier de l’americana, ces genres (blues, folk, country) d’avant le rock qui ont décidé du destin de Robert Zimmerman.

mercredi 1 juillet 2020

Neil Young, Homegrown



  Homegrown,le nouvel album de Neil Young, est finalement commercialisé vendredi 19 juin, au même moment que celui de Bob Dylan. Mais si ce dernier propose avec Rough and Rowdy Ways un recueil de récentes compositions, Homegrown fait partie des nombreux enregistrements de Neil Young qui auraient dû être publiés à un moment ou un autre et que le chanteur, guitariste, pianiste et auteur-compositeur canadien avait décidé de laisser de côté.

  Homegrown devait initialement sortir fin juin 1975. Un choix de chansons effectué parmi une vingtaine enregistrées entre juin 1974 et janvier 1975, majoritairement dans une ambiance country et folk. En fil rouge, le thème de la séparation, l’intimité de Young. 


  Certaines des chansons de ces séances vont se retrouver sur d’autres albums de Neil Young, parfois retravaillées ; d’autres n’existeront que lors de concerts. Il aura donc fallu quarante-cinq ans pour qu’une publication officielle voie le jour. Douze chansons, qu’il interprète soit seul, à la guitare, au piano et à l’harmonica, soit accompagné par le guitariste Ben Keith, le bassiste Tim Drummond et les batteurs Levon Helm, de The Band, ou Karl Himmel.

On découvrira donc sept inédits complets. Separate Ways, qui ouvre l’album, a un aspect non fini, suivi par Try, plus aboutie, avec de délicates interventions de Ben Keith à la pedal steel et Emmylou Harris à nouveau dans les chœurs, puis Mexico, notes éparses au piano. Après Love Is a Rose et Homegrown, arrivent l’étrange Florida, avec des sons de cordes de piano frottées, Young parlant d’une ville dans les années 1950, de trois corps morts, d’un bébé abandonné… Kansas, à la guitare et l’harmonica, évocation d’une rencontre.

source le Monde






vendredi 26 juin 2020

James Tissot, l'ambigu moderne, 23 juin - 13 septembre, musée d'Orsay




   Dans les années 80 une édition de poche de Madame Bovary affichait en couverture une toile de James Tissot : Portrait of Mlle. L.L. (Young Lady in a Red Jacket. February 1864). L'identité de cette Mlle L.L. est à ce jour encore inconnu. Mais elle à accompagné mes lectures multiples de Madame Bovary, Mlle L.L. Glissée au fond de la poche de ma veste avec l’héroïne normande à laquelle je l'identifiais.
   Alors, après ces mois de confinement, lorsque le musée d'Orsay à ouvert ses portes le 23 juin, j'étais à l'ouverture pour découvrir la magnifique rétrospective de James Tissot et admirer le Portrait de Mlle. L.L. pour ne pas dire Emma Rouault, madame Bovary.





    James Tissot (1836-1902) est un peintre français qui fit une partie de sa carrière à Londres et dont la notoriété fut internationale. Elle s’affaiblit à tel point après sa mort que la rétrospective que lui consacre le Musée d’Orsay est la première en France depuis 1985. Remarquablement adaptable et habile, il a traité avec autant de savoir-faire les sujets les plus variés dans différents formats et techniques. Il est l’un de ces professionnels de l’image qui, dans le dernier tiers du XIXe siècle, ont compris qu’ils devaient passer de l’artisanat à l’industrie, de l’exemplaire unique à la diffusion de produits accessibles au plus grand nombre : l’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique. Aussi l’exposition n’a-t-elle pas seulement l’intérêt de rappeler que la peinture, en France, vers 1880, aux yeux du public, c’est bien moins Monet ou Renoir, que Meissonier, Gérome ou Tissot ; mais encore celui de livrer les éléments pour une réflexion plus générale.





James Tissot

L'ambigu moderne

23 juin - 13 septembre 2020, Musée d'Orsay