mardi 2 juillet 2013

Zoufris Maracas



Rencontrés dans le métro samedi dernier à Colonel Fabien, les Zoufris Maracas nous ont enchantés jusqu'à Pigalle où hélas je descendais et eux aussi.

Les Zoufris Maracas tirent leur nom de ces ouvriers algériens venus travailler en France dans la seconde moitié du XXe siècle. Des hommes en bleu de chauffe, coiffés d’un casque de chantier, vivant dans le souvenir sublimé de leur terre natale. La solitude aidant, le terme est devenu synonyme de « célibataires »… Vin’s et Micho, fondateurs des Zoufris Maracas, la trentaine sombre et mordante, vivent eux aussi en exil : au sein de leur propre pays, rendu méconnaissable par les « dieux du pétrole et de l’emploi ».




Vin’s et Micho se sont rencontrés autour d’une partie de flipper à l’âge de quinze ans, à Sète, dans le sud de la France. Mettant vite entre parenthèse leur vie universitaire, les deux amis s’embarquent pour l’Afrique de l’Ouest. Du Niger au Mali en passant par le Burkina Faso, ils montent une association pour soutenir le cinéma itinérant. Vin’s et Micho font l’« école du Sahel », où les riens sont essentiels. Ils apprennent à se méfier du «paternalisme destructeur» des ONG occidentales, qui se comportent le plus souvent comme des éléphants dans la porcelaine des traditions. Entre deux tournées de brousse, pour se distraire, ils chantent du Brassens ou du Brel sur une guitare à quatre cordes. « Une guitare à quatre cordes, expliquent-ils, c’est une guitare à six cordes qu’on n’a pas eu le temps de réparer… »




De retour en France, Vin’s achève ses études de géographie, puis s’engage au sein de Greenpeace. Un travail qui consiste à recruter des adhérents dans la rue. Il alpague les passants sur les trottoirs de Marseille, de Montpellier ou encore du Luxembourg. Micho, quant à lui, part vivre avec sa petite amie au Mexique. Une séparation qui n’entame en rien leur révolte contre le « bonheur synthétique » de l’Occident et la fébrilité aveugle de leurs contemporains. Vin’s, se retrouvant bientôt sans emploi à Toulouse, commence à composer quelques morceaux à la guitare. Des « odes à l’oisiveté » dans le grand désert hexagonal. Il a le sentiment d’avoir relevé un défi : dix chansons en six mois de chômage…




Les deux amis se rejoignent à Paris en 2007, les finances au plus bas. Ils décident de faire la manche sur les terrasses de Montmartre : Micho à la guitare, Vin’s aux claves. L’hiver les conduira dans le métro. Lignes de prédilection : la 2 et la 13. « Au début, on essaie de vaincre sa timidité, confie Vin’s. Il y a des “rames à blanc”, et d’autres qui applaudissent. La manche génère un contact improvisé et direct avec le public : pas de place pour la triche. » Les Parisiens découvrent les cantilènes acides des Zoufris Maracas, qui dénoncent haut et fort le « manque de bruit, d’idée, d’envie… » En cinq ans de manche, Vin’s se voit gratifié de 5 000 € d’amendes par la RATP. Le « musicien clandestin » n’a pas les moyens de payer : la régie devra se résoudre à échelonner ses dettes sur vingt ans, jusqu’en 2029. Une note pleine d’avenir…




La manche est aussi l’espace des hasards fulgurants et des rapprochements soudains. En 2008, ils rencontrent ainsi Titi, figure de l’underground parisien qui leur propose de participer à un festival dans les bars de la capitale. C’est à cette occasion que Julio, producteur indépendant, les remarque. Il les présente à son tour à François Causse, réalisateur, arrangeur et batteur avec lequel les Zoufris Maracas font leurs débuts en studio. Parallèlement, en 2010, le groupe La Rue Kétanou les invite pour la première fois à monter sur scène. Le public plébiscite cette « poésie de l’insoumission », emmenée par des rythmes à mi-chemin entre la chanson française, le zouk ou encore la rumba congolaise. D’une rencontre à l’autre, ils enchaînent les festivals : Sur les pointes à Vitry-sur-Seine, La Fête de l’Huma à la Courneuve, et même Les Bambous libres sur l’île de La Réunion. Entre temps, la formation s’est étoffée : outre Vin’s et Micho, François Causse s’installe à la batterie, Brice à la trompette et Mike à la guitare manouche.




En juillet 2011, le label Chapter Two appose sa griffe sur leur premier single, Et ta mère, avant la sortie d’un six-titres à l’automne et d’un album début 2012. Autant d’opus qui renforcent la ligne de fuite des Zoufris Maracas : loin du monde des Taser, des champs stériles et de l’amour taillé à la hache. Mais le groupe, dans le sillage des « clochards célestes », entretient toujours une méfiance instinctive face au succès. Dès que l’occasion se présente, les Zoufris Maracas redescendent dans la rue pour faire la manche. « Sans doute une déformation professionnelle, précise Vin’s. Peu importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse… »








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