jeudi 24 juin 2021

A Marseille




                                                              Palais Longchamps Marseille










                                                                  Le Panier Marseille

                                                                  Le vieux port


vendredi 18 juin 2021

En Aveyron : Sauveterre-de-rouergue.

 

                                                      Cliquez sur les images pour les agrandir
 







mardi 15 juin 2021

Passage en Aveyron : Belcastel


                                                    Cliquez sur les images pour les agrandir












lundi 7 juin 2021

Exposition Rolling Stones, Marseille, 10 juin- 5 septembre 2021

 

 


 

  Le stade Vélodrome de Marseille accueille, du 10 juin au 5 septembre 2021, une importante exposition itinérante autour du groupe de rock britannique. 

 L’exposition itinérante lancée à Londres en 2016 autour du mythique groupe de rock britannique débarque donc au stade Vélodrome de Marseille cet été. Intitulée "The Rolling Stones Unzipped" offre l’occasion pour les fans de Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts et Ronnie Wood de replonger dans les 55 ans de carrière du groupe, à travers une série de plus de 400 objets rares appartenant aux membres (photos, journaux intimes, tenues de scène, instruments…). 
 Cette installation de 2000 m² prendra place au sein des salons de l'Orange Vélodrome.

 

jeudi 27 mai 2021

Henri Cartier-Bresson, Le grand jeu. BNF 19 mai-22 aout 2021

 

 


 

La BnF dévoile au public français Henri Cartier-Bresson. Le Grand Jeu, un projet inédit autour de la Master Collection du photographe. L’exposition est le fruit d’une collaboration exceptionnelle entre la Bibliothèque nationale de France et Pinault Collection, avec le concours de la Fondation Henri Cartier-Bresson.

 


 

Ensemble créé en 1973 par l’artiste lui-même à la demande de ses amis et collectionneurs Dominique et John de Ménil, la Master Collection réunit « les 385 meilleures photographies de Cartier-Bresson dans les tirages les meilleurs possibles ». Tirée en six exemplaires répartis à travers le monde, elle offre un panorama exceptionnel de l’œuvre universelle et intime de « l’œil du siècle » et revêt une importance tant historique qu’artistique.

 


 

L’exposition Henri Cartier-Bresson. Le Grand Jeu soumet la Master Collection aux regards de cinq commissaires invités, qui ont en commun d’avoir un lien fort à la photographie : François Pinault, collectionneur, la photographe Annie Leibovitz, l’écrivain Javier Cercas, le réalisateur Wim Wenders et Sylvie Aubenas, directrice du département des Estampes et de la photographie de la BnF. Pas de monographie, ni de thématique, d’aire géographique ou de chronologie dans cet accrochage, mais la confrontation de cinq points de vue sur le travail de « l’œil du siècle », révélée au long d’une déambulation architecturale unique.

 


Bibliothèque François-Mitterrand – Galerie 2
Quai François Mauriac,
75706 Paris Cedex 13

 

vendredi 14 mai 2021

1970 et les autres (25 ) Lou Reed.

 

 


 

    Il restait quelques étapes avant notre arrivée à Lorient mais le cœur n'y était plus. La tête était ailleurs. Commençaient à fleurir telles des fleurs de printemps partout dans le poste d'équipage les malles métalliques que tout un chacun préparait en vue du débarquement. Un beau bordel d'objets en tout genre comme dans un magasin de souvenirs flottants. On évoquait les escales passées, enveloppait les plus fragiles, échangeait les plus saugrenus, balançait les cassés. Un sacré gymkhana avant d'atteindre les toilettes. Les plus prudents restaient couchés. Ce que je faisais de mieux.

    Notre escale à la Martinique, encore marquée par la tempête tropicale « Dorothy » survenue deux ans plus tôt, fut des plus agréables en dépit des rapports parfois tendus avec les fayolais qui voyaient d'un mauvais œil « les colonisateurs » que nous représentions.

    Au milieu des années 1970, 40 % des constructions de Fort-de-France avaient été réalisées sans autorisation et les quartiers insalubres regroupaient un quart des logements, contenant un quart de la population de la commune. Après Nouméa, Fort de France et bien d'autres. Encore une image de la politique française qui est restée gravée dans ma mémoire loin des clichés des plages paradisiaques et d'un paradis touristique. Le paradis pour qui ?

    Hélas, beaucoup s'en foutait. L'important était de s'amuser. Nounours pliait son contingent de billets, cobaye des maladies vénériennes en tout genre. Un scientifique du gonocoque le nounours.

    De Fort de France aux iles Canaries plusieurs jours de mer et de rangements des malles en tout genre. Une escale qui, je dois bien l'admettre, ne m'a laissé aucun souvenir, si ce n'est une cuite mémorable qui m'a définitivement écoeuré du Malaga que je n'ai plus touché depuis. Rien que le mot Malaga me donne encore des haut le cœur. Fils d'espagnol avec une petit cul pour éviter les coups de cornes, j'avais chercher à affronter des vachettes et aurais fini encorné sans la vigilance des mes camarades.

    Puis se furent les Açores dernière étape avant de mettre le cap sur Lorient.

    Et j'écoutais le premier album de Lou Reed après sa séparation avec le Velvet Underground. 

 

 

jeudi 22 avril 2021

Belmondo quintet, Brotherhood

 


 

    Le Belmondo Quintet est de retour après dix ans et met à l’honneur quatre légendes du jazz, dont les noms transposés en notes de musiques, ont inspiré les thèmes de compositions originales et entraînantes.

    Wayne Shorter, Yusef Lateef, Woody Shaw et Bill Evans, figures tutélaires du groupe, deviennent ainsi, chacun dans son genre, une succession de notes brodées tantôt en motifs métronomiques, tantôt en mélodies enthousiasmantes.

    Ce procédé, initié par Bach dans l’Art de la Fugue et repris ici par Lionel Belmondo, transforme par exemple le prénom Wayne en si – la – ré – sol – mi, suite musicale que l’on retrouve à la trompette dans le titre « Wayne’s Words ».

    A la manière de l’Oulipo, qui par le truchement d’astuces inventives explorait les nouvelles potentialités du langage et se distinguait par un style innovant, la correspondance entre les lettres et les notes sert donc de méthode de base pour les quatre titres-hommages.

    Le résultat est très hétérogène avec une cadence parfois lancinante, hypnotique presque, sur laquelle viennent se greffer des éléments primesautiers et légers, comme une envolée inattendue.

 

 

samedi 17 avril 2021

1970 et les autres (24 ) New orléans Funk

 

 

    En larmes, nous sommes passés au large de la Nouvelle Orléans sans entendre le moindre son de guitare ni voir la côte avec les jumelles de la passerelle et atteint Mobile que je n'ai pas vu non plus étant de service à bord. En calculant bien j'aurais été de service au moins deux jours à la Nouvelle Orléans. J'avoue que je préférais que ce soit à Mobile plutôt plutôt qu'à « Big Easy ». Nounours pliait toujours ses billets en dépit de son état de santé déplorable au vu de son carnet de santé personnel. Toutes les maladies vénériennes s'y alignaient avec un nombre de croix incalculables. Un truc à crever comme un de ses concurrents qui, dans l'Océan Indien, s'était effondré sur le pont à Aden en proie, après diagnostic, à une méningite gonococcique. Le genre de concours imbécile auquel je n'ai jamais pris part, donc rien attrapé, en pratiquement deux ans à bord.     Nounours seul en tête avait un talent de gagneur, tandis qu'un autre, dont le nom m'échappe, pleurait à chaude larmes depuis deux ans au départ de chaque étape pour n'avoir rien vu puisque il était bourré dès le premier bar à chaque escale. Un tour du monde des bistrots et une mort assurée à l'éthanol. Paix à leurs âmes.

    Quoi qu'il en soit, de service j'ai assuré la visite du bord autorisée aux nombreux habitants de Mobile venus au port voir l'aviso français. Propre comme un sou neuf, j'ai fait le service  sans un mot d'anglais. A l'italienne. Le clou de la journée fut une visite de  deux écolières, dont une pratiquait un peu le français, et leurs parents. Ce fut un moment très agréable avec des gens bien plus au fait de la culture française que je ne pouvais l'être. Notre poste équipage bien nettoyé fut visité puisque Nounours n'était pas là. Même Gordini fit une apparition. Je ne vous ai pas parlé de mon pôte Gordini ? C'est un tord. Je l'ai fréquenté un sacré bout de temps.

    En plus des 140 hommes d'équipage, nous avions à bord une colonie de cafards bien plus nombreuse. On s'y habitue. On vit avec. Il fallait tout mettre sous plastique afin de protéger au mieux ses vêtements de leurs déjections. Une collection de papillons sous verres fut ruinée par leurs dents acérées et leur appétit vorace. Quelques journées de désinfection intense pour nous en débarrasser et des seaux de cadavres à virer. Une journée à la plage tandis que le poste irrespirable était livré aux désinfectants supers puissants avant que la ventilo ne le rende l'air plus respirable. Je rassure tout le monde aucun personnel de bord n'en est mort. Du moins pas encore à ma connaissance.

    Gordini fut baptisé ainsi le jour ou je l'ai peint en bleu avec deux bandes blanches. On le voyait apparaître de temps à autre telle une voiture de courses. Je ne sais comment il s'est débrouillé mais il à échappé à toutes les phases d'exterminations jusqu'à Lorient.

    Enfin ce jour de visite il est apparu, ce qui le premier moment de stupeur passé et mes explications données fit rire toute la famille qui prit le soin de quitter le poste équipage fissa.

    Le soir je fus appelé à la coupée. Les jeunes filles m'y attendaient avec un gâteau à la cannelle fait maison. Désireuses de m'inviter chez elles avec leurs parents,j'en fis la demande à l'officier de service qui me refusa l'autorisation. Je restais avec mon gâteau et vis disparaître les fleurs d'Alabama.

    J'ai partagé mon gâteau en écoutant une cassette de funk new Orléans qu'un pote eut l'obligeance de m'acheter. J'ai laissé quelques miettes pour Gordini. Un pote je vous dit.

 

samedi 10 avril 2021

1970 et les autres (23 ) Curtis Gordon, Mobile Alabama.

 

 


 

    Et voilà Mexico une mégalopole de 30 millions d'habitants , ville musée, belle et assoupie d’une part, moderne et vivante d’autre part, riche de parcs et de jardins, de petites places paisibles, de rues et marchés animés. L’atmosphère y est élégante dans ses cantinas, business center et monastères plusieurs fois centenaires, dancings rétro et clubs électro. Autant de contrastes qui définissent la Gigante Ciudad de México comme un concert de cultures, de traditions et de modernité.

     Une ville qui ne connait pas de juste milieu et offre le pire comme le meilleur. Pour le meilleur sa riche vie culturelle, ses musées, ses nombreux théâtres qui offrent ballets, opéras et concerts de classe mondiale, passant de la Marimba à Mozart. Pour le pire sa pollution et son insécurité, on y entre inquiet et on la quitte émerveillé…

    Vous vous doutez qu'entre le pire et le meilleur nombreux sont ceux qui ont choisi le pire. Nounours faisait de multiples conversions pour s'adapter aux tarifs locaux de la prostitution et pliait consciencieusement ses billets afin de ne pas être pris au dépourvu. Je réservais mes deniers pour la Nouvelle Orléans afin de me gorger de musique.

    Cela ne m'a pas empêcher d'aller flâner les zones touristiques et d'y faire l'acquisition d'une splendide veste en laine en prévision des frimas à venir dans la métropole,une veste que Starsky m'a gagné au jeu en trichant.

 


 Une veste en daim à franges identique à celle de John Voight dans Macadam cowboy, de quoi passer pour un con et un flambeur dans la banlieue ouvrière devenue la Seine Saint Denis en 1968. 

 


 

    Bien entendu les sombreros firent florès à bord. Une armada de zapatistes d’opérette. Mon fils à toujours celui que je lui ai laissé sans avoir jamais osé le brûler par respect pour son père. J'en suis ému car il bouffe une place grande comme un lustre sans jamais briller. La veste à franges d'accord, passe encore, mais coiffé d'un sombrero on est vite repéré à Bobigny.

« Un Mexicain basané/Est allongé sur le sol/Le sombrero sur le nez/En guise, en guise, en guise, en guise, en guise, en guise de parasol »
Comme le chante Marcel Amont je vais peut être lui conseiller de s'en servir comme parasol pour manger sur sa terrasse en Seine et Marne.

Bref. A l'époque je ne m'en souciais guère en dégustant la bière locale. Il me fallait digérer le coup de la Jeanne d'Arc.

    Est il besoin de présenter la Jeanne d'Arc, ce porte hélicoptères Ambassadeur de la France autour du monde, la « Jeanne » a reçu et formé au cours de ses 45 campagnes d'application, des milliers d'officiers de Marine et des différents corps d'officiers de la Marine (commissaires, médecins, administrateurs des affaires maritimes). Ce fut un moule unique où se forgèrent les caractères, où les élèves de l'Ecole navale passaient du statut d'étudiant à celui de marin, s'engageant pour la première fois dans les postes de responsabilité et de compétences techniques qui allaient être les leurs tout au long de leur carrière militaire.

    Que du lourd quoi ! De quoi les détester. Encore plus lorsque ce bâtiment école à détrôner l'aviso escorteur E.V Henry et prit sa place pour une meilleure représentativité nationale à la Nouvelle Orléans. Je l'avais amère. Je n'étais pas le seul. Nous devrions nous contenter d'une escale à Mobile en Alabama, située sur le fleuve Mobile, plus grande municipalité de la côte du golfe du Mexique entre La Nouvelle-Orléans en Louisiane et St. Petersburg en Floride. 

 

vendredi 2 avril 2021

1970 et les autres (22 ) Deep Purple, Smoke on the water

 

  

    Et nous voilà prêt à quitter le Pacifique pour l'Atlantique. Traverser l'isthme de Panama par le canal homonyme long de 77 km et son jeu d'écluses passées tout en étant guidé par par les mulas ( (les mules, utilisés traditionnellement pour tirer les barges) sortent de trains à crémaillères.

    Nous glissons sous l'arc métallique du pont des Amériques, unique pont routier de la Panamérican qui relie les deux continents américains depuis 1962, avant la construction du pont du Centenaire en 2004.

    Tout le monde est sur le pont afin d'admirer au fil de cette journée l'un des projets d’ingénierie les plus difficiles jamais entrepris. Son influence sur le commerce maritime a été considérable, puisque les navires n’ont plus eu besoin de faire route par le cap Horn et le passage de Drake.

    Il faut suffisamment de mules pour pouvoir déplacer le navire latéralement. Sur les plus gros, il faut deux mules à l'avant et à l'arrière, soit huit mules au total. Les mules ne servent pas à faire avancer les navires, mais uniquement à les guider latéralement. La marge de manœuvre est de l'ordre de 60 cm de chaque côté, ce qui demande un grand savoir-faire de la part des conducteurs.

    Chaque année, il est emprunté par plus de 14 000 navires transportant plus de 203 millions de tonnes de cargaison.

    Au fil des heures que dura cette morne et lente traversée du Canal la monotonie nous gagna même si chacun attendait de voir les flots de l'Atlantique qui nous conduirait à la maison.

    Une escale côté atlantique pour une nuit, copie conforme de celle passée côté Pacifique où Nounours plia les billets qu'il lui restait et le festival gonococcique qui s'ensuivit en dépit des avertissements du personnel médical de bord.

    Les projets à venir alimentaient bien des conversations alors que nous voguions en mer des Antilles en direction du golfe du Mexique vers Mexico. 

   Pour ma part j'étais excité, au point d'avoir fait l'acquisition d'un mini guide sur cette ville, de passer quelques jours à La Nouvelle-Orléans cette ville de Louisiane située sur les rives du Mississippi. Surnommée "Big Easy", réputée pour sa vie nocturne, ses concerts de musique et sa cuisine épicée et singulière reflétant le brassage des cultures française, africaine et américaine. Arpenter Bourbon street, Royal street, Frenchmen Street , le vieux quartier français, me gaver de musique et faire l'acquisition de quelques pépites musicales.

   Un gars du bord qui avait eu la chance de s'y rendre nous confia qu'une traversée de ces quartiers en zig zag, non pas suite à un excès de boisson, mais le chant des sirènes qui émanait de chaque bar et club où d'illustres inconnus jouaient une musique divine bénie des dieux.

    Je n'étais pas encore un grand fan du blues du Delta, mais depuis longtemps amoureux de la soul et du funk.

    Depuis la fin des années 50 des petits génies s’agitaient du côté de la Nouvelle orléans, et que ce rythme alterné, décalé sur lui-même, s’appelait aussi le funk, que j’allais entendre par une autre source : le rythme and blues, vers la fin des années 60. j'étais prêt à tout écouter.

   La tête m'en tournait d'avance. On à le droit de rêver. En attendant je fumais sur l'eau.


jeudi 25 mars 2021

Bertrand Tavernier


Par Véronique Cahaupé, Le Monde.

    On ne peut pas être de Lyon et ne pas aimer la bonne chère, celle qui se dévore avec un appétit d’ogre et une convivialité de troupe. Le cinéaste multicésarisé Bertrand Tavernier, qui y était né le 25 avril 1941, n’a pas trahi, faisant honneur à cette nourriture qu’il a engloutie, comme il a bouffé la vie et les films. Fidèle à sa ville – où il tourna son premier long-métrage L’Horloger de Saint-Paul (1974) et où il présida l’Institut Lumière –, aux origines, à la culture héritée des anciens, aux amis, il était peut-être arrivé à satiété, comme on se plaît à le croire. A bout de souffle.



    Ce souffle dont la tuberculose le déposséda, dès son plus jeune âge, envoyant le gamin au sanatorium, et sur lequel il n’eut de cesse de prendre sa revanche. Peu enclin à la tiédeur, Bertrand Tavernier n’était pas homme d’engouements et d’énervements mais de passions et d’emportements. Lesquels firent entendre sa voix quand il s’est agi de dénoncer la torture pendant la guerre d’Algérie, de défendre la légalisation des sans-papiers, de combattre le Front national et le mauvais sort réservé aux banlieues. Militant aussi pour l’exception culturelle française, la lutte pour le respect du droit des auteurs. La grande gueule – et signature – du cinéma français est mort jeudi 25 mars à l’âge de 79 ans, a annoncé l'Institut Lumière à Lyon, dont il était le président.

    L’engagement, une affaire de famille. Plus précisément un héritage venu du père, René Tavernier, écrivain et critique littéraire qui fit acte de résistance en fondant la revue Confluences dans laquelle il publia, sous l’Occupation, Paul Eluard et Louis Aragon. Ce dernier trouva, avec Elsa Triolet, un abri dans la villa des Tavernier, à Lyon.


    C’est pour Geneviève, la mère de Bertrand, qu’il aurait écrit son poème Il n’y a pas d’amour heureux. Bertrand, premier enfant du couple, né dans le confort bourgeois et le fracas des bombardements, dans l’ombre d’un père gaulliste avec lequel il faudra rompre, un jour ou l’autre. Ce qu’il fera. « Mon père a dilapidé son talent. J’ai fait beaucoup de choses pour me différencier de lui : je travaille énormément, je n’aime pas les dîners en ville », a-t-il confié en mars 1999 à Libération.

    Bertrand Tavernier choisira donc le cinéma – « une manière inconsciente de me séparer de mon père et d’avoir mon propre domaine » – et sera toute sa vie viscéralement de gauche. Prompt à désobéir et à se mettre en colère. Quitte à la diriger contre les socialistes dont il juge la politique trop frileuse.

    Une mauvaise gestion du père, justement, fait péricliter la revue Confluences et oblige la famille à abandonner Lyon pour Paris où le petit Tavernier est envoyé en pension à l’école Saint-Martin-de-France à Pontoise que dirige la congrégation des Oratoriens. De ces années, Tavernier gardera le souvenir du « sadisme des profs de gym » et de l’humiliation. Peu sportif, l’enfant trouve refuge dans les livres dont il fait un usage immodéré. Son tempérament est ainsi fait qu’il n’est jamais amateur mais fou de… littérature, et plus tard, de jazz, de blues et de cinéma.


    Tavernier réfute les chapelles et revendique son admiration pour le classicisme, la qualité française, héritière des Renoir, Duvivier, Autant-Lara

    Le septième art, l’autre grande affaire de sa vie l’occupe très jeune. Etudiant à Paris, au lycée Henri IV puis à la Sorbonne, il fréquente la cinémathèque au sein de laquelle il fonde, avec le futur programmateur et conservateur Bernard Martinand et le poète Yves Martin, le ciné-club Nickelodéon. Lieu où les trois amis entendent réhabiliter le cinéma américain des années 1940 et 1950 qui ne passait plus dans les salles.

    Du cinéma, Bertrand Tavernier aime tout. Polar, science-fiction, western, comédie musicale, petits et grands films. Il réfute les chapelles et revendique son admiration pour le classicisme, la qualité française, héritière des Renoir, Duvivier, Autant-Lara. Il n’est pas de la lutte des cinéastes de la Nouvelle Vague (Truffaut, Godard, Rivette, Rohmer…) qui ont à régler leurs comptes avec ceux de la génération précédente. Lui est de ceux qui prennent le cinéma dans son ensemble. Il relève, par-delà les défauts, les mérites que chaque film comporte, quel que soit le genre auquel il appartient et la forme qu’il revêt.

    Cet enthousiasme qui le porte à une curiosité sans borne, il le transmet en écrivant dans de nombreuses revues spécialisées (le journal étudiant L’Etrave, Les Lettres françaises, les Cahiers du cinéma, Positif) puis comme attaché de presse pour le producteur français Georges de Beauregard grâce à qui Bertrand Tavernier réalise deux sketches pour Les Baisers en 1963 et La Chance et l’amour en 1964.

    Dix années passent pendant lesquelles il promeut inlassablement les films oubliés ou boudés par la critique et écrit des scénarios pour les cinéastes Riccardo Freda et Jean Leduc, avant de parvenir à tourner son premier long-métrage en 1974, L’Horloger de Saint-Paul. Pour coécrire à ses côtés le scénario de l’adaptation du roman de Georges Simenon, L’Horloger d’Everton, il fait appel à Jean Aurenche et Pierre Bost, ceux-là mêmes que François Truffaut avait violemment montrés du doigt dans son article de janvier 1954, « Une certaine tendance du cinéma français ».

    Le roman situe l’intrigue aux Etats-Unis, le film la transporte à Lyon, ville à la réputation bourgeoise et fermée de laquelle Tavernier souhaite rendre une autre image, tout aussi vraie. Celle des bouchons où l’on célèbre le pied de cochon, la charcuterie et le beaujolais, celle des « appartements aux plafonds très hauts, des cours où l’on entend des enfants faire des gammes ». Cette atmosphère, en somme, si chère à Simenon comme elle le fut à Claude Chabrol, lui-même bon mangeur et grand admirateur de l’écrivain. 



L’Horloger de Saint-Paul, c’est aussi l’incompréhension puis la rencontre entre un père (Philippe Noiret qui sera longtemps l’« acteur autobiographique » de Tavernier) et son fils (Sylvain Rougerie) accusé du meurtre d’un homme. Moins que l’enquête, le rapport filial (distendu avant la réconciliation) est le vrai sujet du film. Le thème traversera bien d’autres films du cinéaste (Un dimanche à la campagne, 1984 ; Daddy nostalgie, 1990 ; La Princesse de Montpensier, 2010, entre autres), comme un ouvrage sans cesse remis sur l’établi pour l’affiner, le corriger, le réparer de ses imperfections, le comprendre.


Bertrand Tavernier est un terrien pétri de culture qui observe, saisit ce qui l’entoure, écoute les préoccupations de ses contemporains et revisite le passé pour appréhender le présent

Car Bertrand Tavernier est un artisan qui aime le travail bien fait au point de se voir parfois reprocher son académisme. Un terrien pétri de culture qui observe, saisit ce qui l’entoure, écoute les préoccupations de ses contemporains et revisite le passé pour appréhender le présent. Il en fait la matière de ses films, à mesure que surgissent ses indignations. Ainsi qu’en témoigne Des enfants gâtés (1977), où un réalisateur (Michel Piccoli) rejoint les voisins de son immeuble dans leur lutte contre les méthodes abusives du propriétaire, ou encore Ça commence aujourd’hui (1999), plongée dans la misère sociale à travers le quotidien d’un directeur d’école maternelle, dans le nord de la France.

Il s’émeut aussi, de façon saisissante et prémonitoire, des dérives du voyeurisme qu’encourage la télévision dans La Mort en direct (1980) avec Romy Schneider. Et n’en finit pas d’interroger la violence, sujet qui le fascine et fournit ses films les plus sombres. Parmi eux : L.627 sorti en 1992, chronique très documentée sur une petite brigade de policiers spécialisée dans la lutte contre la drogue que le manque de moyens matériels conduit au délabrement moral et social. Et L’Appât (1995), portrait de trois jeunes gens piégés par le goût du paraître, prisonniers de l’illusion de l’argent facile, et que leur inculture et un manque de repères conduisent à commettre deux crimes sordides.

 
Bertrand Tavernier pratique le cinéma comme il l’a découvert et défendu. Avec voracité – il tourne pratiquement un film par an – et éclectisme, se promenant avec plus ou moins de réussite d’un genre à l’autre. Polars et films en costume (Que la fête commence, 1975 ; Le Juge et l’Assassin, 1976 ; La Vie et rien d’autre, 1989 ; Capitaine Conan, 1996 ; Laissez-passer, 2002 ; La Princesse de Montpensier, 2010) nourrissent largement son œuvre.

Mais pas seulement. Avec Coup de torchon (1981), fable tragique sur une humanité pataugeant dans tous les vices, le cinéaste s’autorise une violente satire du colonialisme et du racisme. Avec Autour de minuit (1986), il signe son film musical et son hommage au jazz, et s’accorde avec La Passion Béatrice (1987) une fresque médiévale. Il fait enfin, en 2009, sa première et unique expérience américaine, s’autorisant un détour vers le western en adaptant le roman de James Lee Burke Dans la brume électrique avec les morts confédérés avec Tommy Lee Jones en vedette.

Son amour du cinéma s’est aussi traduit dans plusieurs ouvrages. Notamment un livre monumental de mille pages Amis américains (Institut Lumière-Actes Sud, 2008) qui réunit les entretiens réalisés sur un demi-siècle par Bertrand Tavernier avec les grands d’Hollywood (John Huston, Elia Kazan, Robert Altman…) ; et un recueil de souvenirs regroupés par Noël Simsolo dans Le Cinéma dans le sang (Ecriture, 2001). Dans le même souci de partage, il réalise à l’âge de 75 ans Voyage à travers le cinéma français (2016), un documentaire de plus de trois heures dans lequel le réalisateur revient sur sa vie à travers les nombreux films qu’il affectionne.

Le documentaire approfondit sa pensée, prolonge ses engagements, dénonce autant qu’il éclaire ce qui le fâche. Le format apporte un cadre idéal à ses protestations. Il l’adopte pour revenir sur la guerre d’Algérie et signe avec Patrick Rotman La Guerre sans nom, où ceux qui se sont toujours tus témoignent. Il l’utilise, en 2001 pour affirmer son soutien à ceux qu’on appelle les « double peine » (parce que condamnés à la prison avant d’être expulsés vers leur pays) : Histoires de vies brisées, coréalisé avec son fils Nils Tavernier.

Père aussi d’une fille, la romancière Tiffany Tavernier, le cinéaste est toujours demeuré discret sur sa vie privée. Ce grand bavard timide qui détestait se regarder, s’analyser et parler de lui-même, préférait diriger son attention – et celle des autres – vers ces humains que la souffrance n’avait pas épargnés, ces inconnus dont les secrets, en ne cessant jamais de l’intriguer, ont abreuvé ses films.

Filmographie :


dimanche 21 mars 2021

1970 et les autres (21 ) Stax

 


 

   Otis Redding, Eddie Floyd, John Lee Hooker, Booker T & the MG'S, Albert King, Isaac Haye, Rufus et Carla Thomas … voici énumérés très sommairement une partie des fabuleux artistes qui composaient le catalogue du mythique label Stax.

  Un label qui à enchanté mes oreilles dès mes seize ans et m'a accompagné lors de ma vie à bord de l'E.V. Henry.

    De notre point de jonction avec l'hélicoptère français (voir le billet précédent) nous reprîmes notre route en direction du canal de Panama en effectuant un crochet par Clipperton, un confetti perdu dans le Pacifique. A notre arrivée, seuls les oiseaux, de plus en plus nombreux dans le ciel, annoncaient une terre imminente. Depuis le pont, à quelques encablures du rivage, le territoire semblait se résumer à quelques cocotiers épars surgissant de l’océan comme un lac, posé au milieu de l’océan. Un lagon fermé, d’un diamètre de trois à quatre kilomètres, entièrement ceinturé d’un mince cordon de sable et de coraux morts. Autour, l’océan, le Pacifique, sans fin : la terre la plus proche se trouve à 950 kilomètres plus au nord. Clipperton est l’atoll le plus isolé de la planète. Un atoll de France découvert par le flibustier, pirate anglais John Clipperton en 1704. Intéressée par sa position stratégique dans le Pacifique face à l'isthme de Panama dans la perspective d'un percement futur, Victor Édouard Le Coat de Kerveguen en prit possession au nom de la France,en date du 17 novembre 1858. Mais de 1895 à 1931 les États-Unis, le Mexique et la France se disputent sa possession. 

 


 

    En 1944, les États-Unis occupent l'île d'autorité. Ils ouvrent une passe dans la couronne (qu'ils refermeront en partant) et nivellent une piste d'aviation qui pourrait aisément être remise en service. À la suite d'une protestation de la France qui vient tout juste d'être libérée, les États-Unis rétrocèdent le territoire à la France le 21 mars 1945. Le Mexique reconnaît définitivement la souveraineté française sur l'île en 1959 alors que j'avais six ans et que personne ne s'en souciait. Douze ans plus tard je découvrais depuis le bord ce « cailloux » colonisé par les oiseaux et les crabes rouges. Juste le temps de remplacer nos couleurs afin q'elles flottent aux quatre vents devant un parterre de crabes et d'oiseaux au garde à vous et nous avons filé vers le canal de Panama. Plusieurs jours de mer à regarder l'horizon sans être gêné par les voisins. 

 


    Dès que j'avais un moment, je me collais dans ma bannette close par un paréo et revenait à Stax, un label “maison” né en 1957, dans le Tennessee, uniquement consacré à la musique noire qui, pendant longtemps était considérée comme une musique " ethnique ", à l'intention des blancs et, joignant l'acte à la parole, engagèrent des musiciens blancs afin de montrer que la cohabitation était possible. En quelques années Stax devint un laboratoire qui connut un véritable succès auprès du public visé et une kyrielle d'artistes durent leur notoriété au son caractéristique de Stax. D'ailleurs toutes les émissions TV de l'époque les montrent tous jouant et chantant devant un public exclusivement blanc; mais le désenchantement vint rapidement après le succès. Si sur scène les blancs jouaient bien avec des blacks, ces derniers ne mirent pas très longtemps à comprendre que s'ils étaient payés normalement, les blancs touchaient en plus un intéressement calculé sur les résultats de la maison, ambiance…

    Les années 1967/1968 aux USA sont le point culminant de la campagne pour l'égalité des droits civiques pour les noirs. Martin Luther King se fait assassiné à Memphis et quelques mois plus tard c'est le sénateur Robert Kennedy qui, lui aussi tombe sous les balles d'un illuminé conservateur. Les Black Panthers, Malcom X ainsi qu'une multitude de mouvements radicaux font leur apparition et dont le " black is beautiful ".

    Les dirigeants de Stax firent preuve de pragmatisme (pour eux c'est une question de survie), ils firent appel à un sombre compositeur qui travaillait dans son coin et qui écrivait ou co-écrivait des hits et qui avait une voix bien particulière : Isaac Hayes.

    La reconversion fut un succès, la notoriété de Stax devint phénoménale. Désormais, Stax s'impliquera dans la vie de la communauté noire et le point d'orgue sera le film Wattstax, gigantesque concert donné par les artistes de la firme à la suite des émeutes qui éclatèrent au début des 70's dans le "ghetto.be Watts" à Los Angeles.

    Mais je déblatère et nous voilà déjà en vue de Colon, avant le passage du canal. L'escale fut si brève que de Colon je ne dirais rien hormis ma stupéfaction dans un de ses supermarchés du sexe, immense bâtiment très haut de plafond équipé d'un bar gigantesque et de dizaines de tables à l'usage des consommateurs. Le long de l'ensemble de ses parois des coursives étagées et des dizaines de portes semblables aux cabines de douches d'une piscine. Au dessus du bar, un immense tableau noir où s'alignait les prénoms des filles suivis de croix dont je n'ai pas cherché à savoir s'il s'agissait des réservations ou des prestations déjà réalisées. Mais quelle activité. Une foule semblable à celle des grandes surfaces un jour de soldes le samedi. Les escaliers ne désemplissaient pas. Les chambres non plus. Un vrai bordel. Nounours, tellement en manque, pliait ses billets pour un nombre incalculable de passes. Il n'était pas le seul. La mer leur avait pesé.. Le vent du large n'avait pas suffi à les détendre. Nounours est monté trois fois. Plus tard il à payé des coups à défaut de les tirer. La Prudence étant mère de la sureté, après avoir recueilli de multiples témoignages, je me suis contenté de boire avec les copains. De toutes façons j'aurais pu dire n'importe quoi, personne n'en aurait rien su tant la foule et le trafic était denses.

    L'infirmerie ne désempli pas les jours suivants. Le médecin du bord et l'infirmier eurent bien du travail. Et dans le poste équipage, pour certains, les soirées à s'ausculter les verges. De quoi s'isoler pour écouter de la musique que ce festival de maladies vénériennes. 

 

 

lundi 8 mars 2021

1970 et les autres (20 )The Velvet Underground


    Je ne m'étendrai pas sur Tahiti qui ne m'a guère laissé un souvenir impérissable. 

    Un bref passage aux Marquises pour y admirer des paysages magnifiques et goûter des mets fabuleux comme du barracuda mariné dans du jus de citron et du lait de coco avant de filer vers la métropole. Ce n'est pas que mon affectation prenait fin. Elle avait été prolongée d'office de plusieurs mois comme le reste de l'équipage pour rejoindre Lorient, lorsque l'EV Henry fut désigné à son tour pour effectuer un carénage, série d'opérations de révision périodique, particulièrement de la coque, avec un passage en cale sèche pour plusieurs mois. 

    De Djibouti, Diego et l'Océan Indien, le transfert vers Tahiti et le Pacifique voici que nous devions achever la boucle d'un tour du globe inattendu. 

 


    Sise à peu près à 1255 miles marin de Tahiti, soit 2325 kilomètres, nous fîmes une courte escale sur l'île de Pitcairn, rendue célèbre par l'installation sur cette îles des rescapés de la mutinerie du Bounty.

 « Une partie des marins, menés par le second Fletcher Christian, se mutina le 28 avril 1789. Après avoir abandonné en mer le capitaine Bligh et 18 hommes qui lui étaient fidèles, les mutinés décidèrent d'abord de s'installer sur l'île de Tubuai, ce fut un échec. Le Bounty, commandé par Fletcher Christian, retourna alors s'approvisionner à Tahiti. Quelques hommes sont débarqués et l'équipage, réduit à huit marins, est rejoint par 18 Polynésiens, dont 12 femmes et quelques enfants.

Les mutins, recherchés par la Royal Navy, mettent alors le cap sur l'île de Pitcairn où ils arrivent en janvier 1790. Le navire est alors démembré et brûlé dans la baie de Bounty Bay pour éviter toute tentative de retour. Encore aujourd'hui, les insulaires célèbrent chaque année cet acte symbolique en incendiant une effigie du bateau.

L'installation sur l'île provoque des tensions, les marins ayant tendance à considérer les Polynésiens comme leurs serviteurs. En 1794, les Polynésiens se soulevèrent et plusieurs Anglais, dont Fletcher Christian furent assassinés. Les veuves des marins tués se révoltèrent alors et exécutèrent les survivants. Finalement, il ne restera plus qu'un seul Anglais, John Adams, qui régna sur une famille composée d'une dizaine de femmes et d'une vingtaine d'enfants. »

    Comme beaucoup de mes camarades nous avions vu les versions cinématographiques des « révoltés du Bounty », film de Frank Lloyd avec Clark Gable et Charles Laughton de 1936 et celui de Lewis Milestone et Carol Reed avec Marlon Brando et Trevor Howard datant de 1962. Pour ma part j'avais dévoré à 14 ans un été à la Baule le livre « Les Révoltés du Bounty » de James Norman Hall et charles Nordhoff. Et voici que quatre ans plus tard j'avais sous les yeux cette île qui m'avait tant fait rêver.

 


 

    L’île comptait environs une cinquantaine d’habitants, dont une quarantaine d’autochtones, un pasteur, un instituteur et une infirmière. C’est une dépendance britannique, la seule du Pacifique, administrée depuis le consulat britannique à Auckland en Nouvelle-Zélande. Et mis à part les rares visites de voiliers, le seul contact de l’île avec le reste du monde est le ravitaillement trimestriel par cargo. 

 

                 Adamstown

 

    Le mouillage à Bounty Bay, devant Adamstown, sur la côte NE de l’île, n’est abrité que des vents de secteur Sud à Ouest et ouvert à tout les autres et notamment au vent dominant de secteur Est, le clapot rend vite le mouillage pénible sinon impossible à moins de vents faibles et d’une houle inférieure à deux mètres. Pour rejoindre la terre nous dûmes emprunter les gros canots des habitants afin de franchir avec la houle les bancs de coraux. Les canots dirigés avec dextérité nous gagnâmes la rive sans encombre mais un peu palots tout de même je dois bien l'admettre. 

 


 

    La visite de l'île fut alors une merveille. Guidé par un jeune néozélandais en vacances dans sa famille, je découvrais les sites remarquables de cette île volcanique bien difficile d'accès. A la fin de journée, j'achetais un canne à tête de kiwi confectionnée par mon guide, seul souvenir matériel que je possède encore. 

 


 

    A contre cœur nous reprîmes la mer dès le lendemain, avec miel, timbres et autres acquisitions sommaires. 

 

 


 

    Cependant nous dûmes faire rapidement demi tour car un accident grave venait de se produire sur l'ile. Les conditions météorologiques étaient épouvantables. Impossible de mouiller à Bounty baie. Down Rope, au SE de l’île restait une option plus favorable. Une équipe médicale composée de notre médecin et de l'infirmier fut débarqué. De quart ce jour là je fus désigné comme radio pour les accompagner et rester en liaison permanente avec le bord. Armé de l'émetteur radio et d'un brancard sous le bras, de Down Rope jusqu'à Adamston la route forestière se fit en croupe sur des mobylettes sous une pluie battante et dans la boue.

    La population nous attendait sous la pluie avec l'infirmière de l'île à la rigidité toute britannique. Je fus stupéfait de constater que le blessé était le jeune néozélandais qui m'avais fait visiter l'île. La chair d'une de ses cuisses manquait et le médecin diagnostiqua que ses reins étaient écrasés. Lors d'un retour en mer, une déferlante avait retourné un canot et s'était fracassé sur les rochers.

    Notre équipe médicale prodigua alors les seuls soins que nous pouvions lui apporter. Mais son état était critique et le médecin ordonna alors son évacuation immédiate vers un hôpital. Hélas aucun hélicoptère ne possédait une autonomie suffisante pour effectuer une aller et retour de Auckland à Pitcairn. En accord entre les autorités Néozélandaises et la France il fut décidé de prendre à notre bord dès le lendemain le blessé afin de gagner des miles précieux et urgents jusqu'à ce qu'un hélicoptère puisse l'hélitreuiller et repartir d'urgence.

    La nuit tombée, nos  hôtes nous hébergèrent. J'ai été accueilli dans une famille qui vivait de façon rustique rudimentaire. Mon anglais était nul. Je pus savoir que la dame de maison s'appelait Olive. Lorsque je lui dévoilait mon prénom Christian elle sourit et me dit que son nom de famille était Christian. Olive Christian, avant que je réalise que j'avais sous les yeux une des descendantes de Fletcher Christian, le second de la Bounty à l'initiative de la mutinerie.

Je passais une nuit étrange entre rêve et réalité, tandis que la mer rugissait à l'extérieur et que la pluie battait le carreau.

    Le lendemain la météo fut plus favorable. La pluie avait cessé. L'EV Henry vint alors mouiller à Bounty Baie et le transfert du blessé put s'opérer avec beaucoup de prudence et bien des difficultés.

    Nous reprîmes la mer à PMP (puissance maximum possible). Je ne souviens pas du temps de la jonction avec l'hélicoptère mais chacun de nous visitait notre blessé sous morphine le couvrant de petits souvenirs et d'encouragements.

    L'hélitreuillage avec un hélico de la marine française s'effectua sans problème et nous le vîmes s'éloigner vers Tahiti.

    La vie reprit son cours. Ce fut quelques semaines plus tard que nous apprîmes par le commandant que le blessé était tiré d'affaire. Le gouvernement néozélandais et sa famille remerciaient le gouvernement français et l'équipage de l'EV Henry de leur intervention. Chacun de nous étaient fiers d'avoir sauvé la vie de ce jeune néozélandais inconnu dont le souvenir m'habite encore.



    Je l'admets. De retour à mes habitudes après bien des émotions, je ne me suis pas mis à écouter de la musique polynésienne, mais un simple retour paisible à mes sources fondamentales comme le fut le Velvet Underground et plus tard Lou Reed.