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dimanche 27 mars 2011

Retour du Tchad, sur les traces d'André Gide

En 1925, André Gide part au Congo et au Tchad pour son plus long voyage. À son retour, deux récits sont publiés chez Gallimard (dont Le Retour du Tchad) dans lesquels l’auteur décrit au jour le jour cette aventure exceptionnelle, à la frontière de l’écriture et du reportage. Marc Allégret (futur grand cinéaste français) l’accompagne, photographie et filme ce périple.

Le Retour du Tchad de Gide est le fil conducteur de ce carnet de voyage : 80 ans plus tard, une équipe d’artistes tchadiens et français refait une partie de l’itinéraire à bord d’un radeau puis d’une pirogue et croise ses impressions avec celles de ses illustres prédécesseurs.

Au fil des fleuves, du lac Tchad, des rives du Logone et du Chari, les auteurs retrouvent les Massa, Kotoko, peuls et arabes qui peuplent depuis des siècles ces régions centrales de l’Afrique.

Textes et aquarelles dénoncent aussi l’inquiétante baisse des eaux des fleuves et du lac Tchad : problème environnemental dramatique.

Joël Alessandra, un aquarelliste spécialiste de l'Afrique qui lui a consacré déjà plusieurs albums et carnets de voyage dont Fikrie (inspiré de son expérience de directeur artistique à Djibouti, à La Boite à Bulles), Séjour en Afrique (La Boite à Bulles), Fierté de Fer (sur le train Djibouto-Ethiopien aux éditions Paquet).

Pascal Villecroix, assistant technique et conseiller du Ministre de l’Enseignement Supérieur du Tchad, responsable de 2003 à 2007 du département d'histoire-géographie à l’Université de Djibouti, et déjà auteur de La Caravane Rimbaud : paysages de Djibouti et La caravane Kessel : sur les traces de la grande piste en collaboration avec Joël Alessandra.

Attié Djouid Djar-Alanabi, fondateur de Tchad-Non Violence et de l’Union des Poètes Tchadiens, enseignant à l’Université Adam Barka d’Abéché, doyen de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, auteur de plusieurs livres.
Retour du Tchad, sur les traces d'André Gide, La boite à Bulles. 20 euros

samedi 26 février 2011

Milan Kundera successeur littéraire d'André Gide ?

Dans son blog « La République des livres », Pierre Assouline écrivait il y a peu à propos de l’héritage littéraire d’André Gide : « Rien n’est moins évident que l’héritage d’un écrivain. Non les droits et les espèces sonnantes mais le legs moral, littéraire ou intellectuel assuré par un successeur ou un légitimaire comme on disait autrefois, qu’il se réclame du Maître ou que la critique de son temps puis les historiens de la littérature le désignent comme tel.. (…) Modiano héritier de Simenon ? On l’a dit. John Le Carré dans la succession de Graham Greene ? Cela se défend, du moins pour le tourment de la trahison. (…) Et Gide ? Qui pour prendre la suite du « contemporain capital », ainsi que le qualifia André Rouveyre en 1924 ? (…) Interrogé par sur les actuels héritiers de Gide, Pierre Masson, qui a dirigé l’édition des Romans et récits d’André Gide dans la Pléiade, a répondu ceci : « Pas évident. Les romanciers français d’aujourd’hui sont souvent en empathie avec eux-mêmes, là où Gide garde toujours une distance ironique, et bien peu s’essaient à une réflexion générale sur la nature humaine. De la poésie hédoniste des Nourritures terrestres, Le Clézio (je pense au Chercheur d’Or) est l’un des rares représentants. Pour la critique moraliste Kundera est peut-être son meilleur héritier, mais en plus amer »
Ainsi l’auteur de « L’insoutenable légèreté de l’être » et de « Risibles amours » pourrait se révéler être le digne successeur d’André Gide. A l'instar de celui-ci, de Paul Claudel, d'André Malraux, d'Henri de Montherlant ou encore de Roger Martin du Gard, l'écrivain d'origine tchèque Milan Kundera, 81 ans, verra ses oeuvres complètes publiées en Pléiade de son vivant: la prestigieuse collection de Gallimard annonce cette publication en deux tomes pour mars 2011.

mercredi 12 janvier 2011

André Gide Le retour du Tchad (1928)

Le retour du Tchad d'andré Gide Le Retour du Tchad est un journal de voyage d'André Gide publié en 1928. Il constitue la suite du Voyage au Congo publié l'année précédente.
« On ne voyage pas au Congo pour son plaisir. Ceux qui s’y risquent partent avec un but précis. Il n’y a là-bas que des commerçants, qui ne racontent que ce qu’ils veulent ; des administrateurs qui disent ce qu’ils peuvent et n’ont droit de parler qu’à leurs chefs ; des chefs tenus par des considérations multiples ; des missionnaires dont le maintien dans le pays dépend souvent de leur silence. Parfois enfin quelques personnages de marque, en un glorieux raid, traversent la contrée entre deux haies de « Vive la France ! » et n’ont le temps de rien voir que ce que l’on veut bien leur montrer. Quand, par extraordinaire, un voyageur libre se hasarde là-bas, comme j’ai fait moi-même, sans autre souci que celui de connaître, la relation qu’il rapporte de son voyage ne diffère pas sensiblement de la mienne, où l’on s’étonne de retrouver la peinture des mêmes misères qu’un Auguste Chevalier par exemple dénonçait il y a déjà vingt ans. Rien n’a changé. Sa voix n’a pas été écoutée. L’on n’a pas écouté Brazza lui-même, et ceux qui l’ont approché savent avec quelle tristesse, dans les derniers temps de sa vie, il constatait les constants efforts pour discréditer son témoignage, pour étouffer sa voix . Je n’ai pas grand espoir que la mienne ait plus de chance de se faire entendre. « Je tiens de source certaine, m’écrivait X., fort bien placé pour le savoir, que l’on s’apprête à torpiller votre livre. » Et c’est ce qui ne manqua pas d’arriver. Dès que l’on vit que mon témoignage courait risque d’être écouté, l’on s’ingénia à mettre en doute sa valeur ; je me vis traité d’esprit léger, d’imagination chimérique, de « chercheur de tares »… Ces accusations tendancieuses me laisseraient indifférent s’il ne s’agissait ici que de moi ; mais il y va du sort d’un peuple et de l’avenir d’un pays. Le reproche de partialité, que l’on me faisait également, je me défends de l’encourir. Tous les renseignements que je donnerai dans ces pages sont officiels. Même le commentaire que j’y ajoute n’est le plus souvent qu’un centon impersonnel formé de phrases extraites de rapports administratifs. Car, tout au contraire de ce que certains ont pu dire, ce n’est nullement contre l’administration que je m’élève ; je ne déplore que son impuissance en face de ces maux que je signale ; et cet article n’a d’autre but que de tâcher de lui prêter main-forte. « Que la haute administration, que le haut commerce prennent garde de vouloir mettre trop vite en coupe réglée une possession qu’à vrai dire nous connaissons insuffisamment et dont les indigènes ne sont pas encore initiés à ce que nous attendons d’eux », écrivait Savorgnan de Brazza en 1886. « Notre action, jusqu’à nouvel ordre, doit tendre surtout à préparer la transformation des indigènes en agents de travail, de production, de consommation. Ce qu’il faut redouter par-dessus tout, c’est de renverser en un jour l’oeuvre de dix années, car l’intervention de la force, dans une oeuvre préparée par la patience et la douceur, peut tout perdre d’un seul coup. » Ces sages conseils ne furent pas suivis. Dès 1887, une compagnie fut créée au Gabon : la S. H. O., dans des conditions si scandaleuses que le Parlement la fit dissoudre. En dédommagement de quoi, les directeurs de la S. H. O. réclamèrent et obtinrent le droit de choisir un terrain de 3 à 400 000 hectares, donné en toute propriété. Deux ans plus tard, le Parlement approuva la formation de quarante compagnies, à qui 650 000 kilomètres carrés furent concédés. (Je rappelle que la superficie totale de la France est de 551 000 km2.) Ces sociétés n’ont, du reste, pour la plupart, pas longtemps vécu. Certaines se sont transformées ; d’autres ont fusionné. Nous ne nous trouvons plus aujourd’hui en face que de quelques sociétés, et n’avons plus à nous occuper que de celles-ci. Mais, avant de commencer à parler d’elles, je voudrais mettre mon lecteur en garde de confondre ces Concessions congolaises avec les concessions ordinaires telles que peuvent les obtenir les colons ou de grandes sociétés financières, pour la mise en culture d’un terrain ou l’exploitation de richesses minières. Celles-ci concourent, en même temps qu’à l’enrichissement du colon ou de la société, à l’enrichissement du pays et du peuple qui l’habite. Qu’un parti politique anticapitaliste les désapprouve, peu m’importe ici ; je prétends n’avoir pas à me solidariser avec ce parti pour m’élever contre les abus particuliers à l’A. E. F. Le concessionnaire congolais obtint donc la propriété exclusive de tous les produits naturels d’immenses régions à peu près inexplorées, aussi peu connues du gouvernement qui les accordait que du concessionnaire lui-même. Jusqu’à ce moment les produits de chasse et de cueillette avaient appartenu aux indigènes ; mais l’on peut à peine dire que ceux-ci furent expropriés, car, en fait, ils furent concédés eux-mêmes avec les terrains. Le concessionnaire put alors les contraindre au travail moyennant tels salaires qu’il se réservait toute liberté de fixer. Quant aux produits, il estimait que, dans ce cas, il n’avait plus à les payer. » « Les concessionnaires s’engageaient par contre à verser au gouvernement de la colonie 15 p. 100 de leurs bénéfices, et à respecter les clauses d’un cahier des charges. Certaines de ces clauses prétendaient, il est vrai, protéger les « droits d’usage » que nos principes reconnaissent aux indigènes de toutes nos colonies. Ces clauses donnèrent satisfaction à l’esprit de justice de l’opinion publique et l’endormirent. En pratique elles ne furent jamais appliquées, et les populations habitant les immenses terrains concédés furent, en fait, réduites à un état qui ne diffère de l’esclavage, je voudrais que l’on me dise en quoi ? » André Gide

samedi 8 janvier 2011

Gide, Voyage au Congo (1927)

N’ayant jamais fait d’études et encore moins littéraires, ce que je connaissais d’André Gide tenait en peu de mots, associés aux présupposés concernant l’individu et sa sexualité. En 1990 j’avais lu, avec beaucoup d’admiration, son roman « Les Faux Monnayeurs », roman polyphonique qui nous conte l'histoire d'un adolescent révolté croisant le destin de curieux personnages et qui s’avère être aussi une traque, livré au mensonge et à l'hypocrisie. Et depuis rien. Sans rien en connaître donc, me voila lancé dans la lecture de son journal intime qu’il tint de 1887 à 1950 mêlé de souvenirs dont ce voyage au Congo qu’il fit en compagnie du cinéaste Marc Allégret.
Parti le 18 juillet 1925 de Bordeaux c’est un long voyage de plus de dix mois à travers l'Afrique équatoriale française et le Congo belge pour le compte du ministère des colonies : une "mission" acceptée avant tout pour ce qu'elle offrait d'officiel et donc de facilités pour voyager dans ces pays. Le Journal de Gide s'expatrie dans Voyage au Congo et Retour du Tchad. Leur itinéraire les conduit du Cameroun en actuelle République démocratique du Congo, du Tchad en République Centrafricaine (ancien Oubangui-Chari). Ils rencontrent les officiels coloniaux mais aussi les populations locales. Et si André Gide, dans son « Voyage au Congo – Retour du Tchad » s'attache à la description de la faune et de la flore exotiques, Marc Allégret s'intéresse particulièrement aux hommes et aux femmes qu'il rencontre, les photographie et les filme dans leur vie quotidienne, leur habitat et certaines de leurs coutumes qui ne manquent pas de le fasciner, notamment les danses.
L’ouvrage de Gide est considéré comme l'un des premiers à critiquer le régime colonial. Gide y dénonce les horreurs commisent par les grandes compagnies qui exploitent le caoutchouc et pour ce faire les populations, les massacrant sans hésiter pour asseoir leur autorité. Cela sans pour autant idéaliser l'homme noir - Gide n'est pas à l'abri de certains préjugés racistes de son époque même si son "Moins le Blanc est intelligent, plus le Noir lui paraît bête" deviendra fort célèbre. Ce qui donnera aussi du poids à son plaidoyer, c'est qu'il ne condamne pas le colonialisme en bloc, saluant au passage les comportements plus "humains" de certains gouverneurs et leur bon travail.
A sa parution l'ouvrage fit scandale par les nettes accusations qu'il apportait contre les grandes compagnies concessionnaires, exploiteuses et massacreuses d'indigènes; les observations de Gide sur l'exploitation économique, la répression cruelle, l'incurie des administrateurs, la nonchalance criminelle ou les exactions des « civilisés », colons et militaires, avaient d'autant plus frappé qu'elles venaient d'un écrivain que les lettres bourgeoises honorent, et dont l'œuvre et la vie semblaient jalousement se maintenir dans un refus hautain de la réalité quotidienne et sociale.
A la fin du livre, André Gide a joint des « appendices » qui sont le complément de la polémique engagée entre lui et les représentants de la Compagnie Forestière Sanga-Oubangui, mise en cause par Gide pour les « abominables abus » dont elle était responsable dans les territoires soumis à son pouvoir.