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jeudi 11 novembre 2010

Buena Vista Social Club de Wim Wenders

Ce soir ARTE 20H40
Ry Cooder a composé la musique de 'Paris Texas' et de 'The End of Violence'. Au cours du travail sur ce dernier film, il parlait souvent avec enthousiasme à Wim Wenders de son voyage à Cuba et du disque qu'il y avait enregistré avec de vieux musiciens cubains. Le disque, sorti sous le nom de 'Buena Vista Social Club', fut un succès international. Au printemps 1998, Ry Cooder retourne à Cuba pour y enregistrer un disque avec Ibrahim Ferrer et tous les musiciens qui avaient participé au premier album. Cette fois, Wim Wenders était du voyage avec une petite équipe de tournage.

lundi 8 novembre 2010

Welcome In Vienna d'Axel Corti (1986)

CinéCinéma Club 20h40 Il n'est pas dans mes habitudes de conseiller des programmes en dehors des chaînes de la TNT. Pourtant, il est des jours comme çà ou j'en suis à regretter de ne pas être abonné à des chaînes du Cable, surtout lorsque celles-ci programment des films de la qualité du dernier volet de la trilogie d'Axel Corti : Vienne pour mémoire : Welcome in Vienna (1986).
Il est même dommage qu'aucune chaînes publique ne diffuse ce triptyque autour de la judaïté autrichienne sous la seconde guerre mondiale et expose une histoire de l’émigration au XXème siècle. Cette trilogie comprend : Dieu vomit les tièdes (1982, Sante Fe 1986, et Vienne pour Mémoire (1986).
Welcome in Vienna est de loin le meilleur pan de la trilogie. Non pas uniquement pour les qualités plastiques qui font défauts aux précédents films, mais parce que tout ce qui constitue la saga cinématographique se trouve réuni. La déliquescence du spectacle, incarnée dans le personnage de l’actrice fille de nazie Claudia, rejoint la déception de l’idéal communiste, personnifier par le sergent Adler. Les ruines sur lesquelles s’ouvrent le film et dans lesquelles se développe le récit se font le théâtre d’une Europe moribonde à reconstruire. Dès lors, c’est le problème que soulève le film : Comment construire une Europe faite d’« émigrés de profession » comme se définit Freddy ? Comment refonder une société où Dieu encore répond absent (c’est ce que rappelle le renouveau des contre-plongées abyssales) ? L’errance finale sur laquel termine le film et la trilogie projette des points de suspension que se refuse à compléter le film et sur lesquels notre époque continue à écrire.

jeudi 4 novembre 2010

Lady Chatterley & l'homme des bois

« Lady Chatterley et l'homme des bois » (publié chez Gallimard en 2006) est la deuxième version du roman de D.H. Lawrence L'Amant de lady Chatterley que le public « connait » pour la troisième version et hélas ses avatars cinématographiques pornographiques.
Après la version cinématographique en voici la version longue et télévisuelle dont la première partie est diffusée ce soir sur Arte à 20h40.
« Il est probable que Lady Chatterley-le film subisse un sort comparable à celui du roman. Le même mais à l’envers. Il y a 80 ans, Lawrence avait tenu à prévenir les contre-sens en précisant qu’il n’avait pas écrit un « roman de sexe », que son projet n’était nullement l’exaltation d’amours bucoliques et torrides dans l’Angleterre industrielle des années 20. Rien à voir, donc, avec l’image de porno soft au coin du feu parvenue jusqu’à nous, qui à cause d’elle ne lisons plus L’Amant de Lady Chatterley. Le livre visait ailleurs : la conquête d’un érotisme qui ne soit pas coupé du reste de la vie, l’adaptation de la conscience aux réalités physiques premières, la reconnexion du corps et de l’esprit. « Je veux qu’hommes et femmes puissent penser les choses sexuelles pleinement, complètement, honnêtement et proprement. »Parce qu’elle actualise un tel programme dans un film dégagé de tout affect négatif dans l’approche des scènes sexuelles,Pascale Ferran risque d’être louée pour ce qu’elle n’a pas voulu : faire un cinéma du corps. Le corps, dernier rempart, dernier réel, c’est le leitmotiv depuis presque dix ans. Il faut donc écouter la cinéaste quand elle déclare avoir réalisé un film contre l’époque, c’est-à-dire à l’écart des deux représentations usuelles du désir au cinéma. Un très vieux modèle : violons, ralenti et fondus. Et un modèle plus récent : le désir comme pulsion animale. C’est en effet autre chose que montre Lady Chatterley au cours des six scènes d’amour physique entre Parkin et Connie. On peut en proposer une approximation à travers un mot dont Lawrence eût souhaité faire le titre de son roman, afin de couper court à toute équivoque : tendresse. » Source Cahiers du Cinéma.

lundi 25 octobre 2010

Chorus 2

En 1978, au moment où vous lancez Chorus, le rock est absent des chaines françaises depuis la disparition de l’émission Pop 2, mais vous profitez de la libération d’un créneau, le dimanche à midi, pour créer Chorus. Le principe de ce live hebdomadaire s’est-il imposé d’emblée comme la bonne idée ?
Curieusement non, parce que ce n’est pas une idée, du moins pour les gens à l’antenne à l’époque pour qui le rock compte bien moins que ça. Ils libèrent une case horaire dans la grille de Jacques Martin et me la confient pour remplacer une émission qui existait précédemment qui s’appelait Blue Jean – une émission en playback, enregistrée dans le sous-sol du Théâtre de l’Empire, avec les artistes de variété qui venaient pousser la chansonnette, avec des pom pom girls derrière.Quand je récupère le budget de l’émission, qui s’inscrit dans la grille du dimanche après-midi, j’ai les moyens de retourner à l’Empire et j’ai converti ces moyens-là pour passer sur la grande scène et faire des concerts, dans une économie très stricte. C’était la seule manière pour moi de montrer du rock à la télévision, en faisant jouer des groupes face à un public. Il y avait forcément une autre approche, qui est l’approche documentaire, mais là avec une case hebdomadaire et les moyens dont nous disposions c’était impossible.
L’ironie du sort veut que vous inscriviez Chorus dans cette case horaire, en début de programme de la grille de Jacques Martin, à une époque où ce dernier représente culturellement quelque chose de la télévision qu’on aime moins.Mais vous pouvez le dire autrement : c’était juste ce qu’on n’avait pas envie de faire à la télé ! Le côté consensuel, la télé pour les vieux avec les airs d’opérette, L’école des fans avec des enfants plus ou moins consentants et des parents aux yeux embués. Pour moi, il n’y avait pas besoin de psychotrope à l’époque ; j’hallucine quand je vois ça ! [rires]
Le paradoxe veut que, venant d’une famille de télévision, je ne me destine pas à la télévision à l’époque. Je me suis retrouvé accidentellement à être l’assistant d’un ancien reporter de guerre, Michel Barbot. De rencontre en rencontre, en l’occurrence celle de Claude Ventura, le réalisateur de Pop 2, l’émission précédente, je dépose un projet sans y croire vraiment. Il se trouve que le projet est accepté et que je me retrouve dans un premier temps à produire l’émission, dans un second à la présenter, alors qu’honnêtement, je ne me destinais ni à l’un ni à l’autre. Du coup, pour la présentation, vous optez pour un ton totalement décalé.Oui, pour deux raisons ; d’abord parce que j’ai grandi dans un milieu de télévision, avec des gens qui ont toujours fait de la télévision autrement que dans le courant dominant : mon père [Georges De Caunes, ndlr] s’étant fait “lourder” à maintes reprises du JT parce qu’il se permettait des commentaires et ma mère [Jacqueline Joubert, ndlr] ayant été, et le restant, d’une modernité incroyable, c’est-à-dire qu’elle s’exprimait normalement – dans un français ni communautariste, ni faussement jeune, ni emprunté. Elle parlait normalement – comme je vous parle en ce moment – et ça semblait original à l’époque.
Vous vous situez également en rupture avec le propos intellectualiste autour du rock à l’époque. La posture est presque punk…Je ne suis pas sûr que le propos soit intellectualiste, mais il révèle alors un esprit de sérieux qu’on retrouve dans le domaine des arts, de la littérature, du cinéma, de la musique évidemment et du rock en particulier. Le plus drôle, c’est que nous nous retrouvons en présence de jeunes “rebelles” qui vous parlent d’une musique énervée, avec cette envie de mettre à bas l’ordre ancien, avec un sérieux, une componction, qui me semblent contradictoires avec l’esprit que véhicule le rock : un esprit d’impertinence, bordélique et assez joyeux – ce qui n’empêche Joy Division d’exister ! [rires]
L’émission tombe au bon moment, on se situe juste après le punk, avec l’avènement d’un grand nombre de groupes majeurs, dont certains viennent de publier leurs premiers chefs d’œuvre. On suppose que vous prenez conscience que votre émission tombe bien, non ?Ben écoutez, si je n’en avais pas eu conscience moi ça aurait été très grave… Pourquoi ? Il s’est passé quelque chose ? [rires] Non, c’est un moment de rencontre entre des courants forts, l’après-punk, le début de la new wave, la mutation du rock progressif en jazz-rock – je vous dis ça et j’ai là le sentiment d’être sur France Musique à gloser, tel un pauvre cuistre, sur la fin des années 70 –, mais tout cela est assez joyeux : cette période-là est une parenthèse enchantée dans toute l’histoire du rock. Le coup de bol : l’émission démarre pile au moment où ça part dans tous les sens… On trouve aussi des représentants de la génération précédente, on pense à Captain Beefheart – quelques années avant son retrait – et Magma. Là, on sait votre attachement au groupe de Christian Vander. Son Hhai en live à l’Empire reste un moment d’anthologie…L’idée générale derrière, c’est outre le fait que je ne supporte pas cette idée de sérieux, que ce soit dans le rock ou ailleurs, je ne supporte pas non plus la “chapellisation”, cette espèce de guerre des gangs qui se met en place, en défendant tel courant au détriment de tel autre. Le rock progressif me fait “dégueuler” en général [rire général], mais ça ne m’empêche pas d’inviter à l’époque des gens qui représentent ce courant-là – là, je mets Magma de côté, c’est autre chose.
Les “dinosaures” n’y sont pas…Ben, les “dinosaures” sont déjà au musée à cette époque-là. Sinon, ils sont trop chers. Il y a une règle économique très simple : de toute façon, on ne paie pas les groupes, alors… [rires]
Les Français sont bien représentés en revanche, Trust, Téléphone, Taxi Girl, Starshooter, Marquis de Sade, etc…C’est un moment où le rock français relève la tête. Là aussi, ça part dans tous les sens entre Taxi Girl, Starshooter, mais ils font partie de la dynamique de l’époque. Après, je me suis posé la question récemment, j’ai le sentiment que ça tient moins la route que dans l’instant, à part peut être pour les Dogs, Marquis de Sade, Téléphone, qu’on écoute avec une oreille nostalgique. Mais ça, c’est un sentiment personnel.
Justement, ce qui paraît le plus étonnant à la vision de ces images, c’est qu’on les redécouvre sans nostalgie, sans même de distance, avec toute la force de l’époque…Là, vous me faites plaisir, c’était l’idée même. Avec cette édition en DVD, il n’y avait aucune entreprise nostalgique, mais un constat : la plupart des musiques intégrées à ce DVD tiennent la route.
Vous-même, à revoir ces images, quel sentiment y associez-vous ?
Je ne les revois pas, parce que – et c’est une névrose personnelle – j’ai horreur de revoir les choses. J’ai laissé mes camarades de l’INA faire leur travail. Je me suis contenté de me faire appel à ma mémoire, sur la base des listes qui m’étaient soumises, pour proposer un ordre de montage et de sélection. Quand j’en reparle, ça n’est pas tant pour me replonger dans tout cela, mais c’est sans doute parce que la musique a gardé son intensité. Mais je n’ai pas besoin de revoir les images pour m’en convaincre.
Trente ans après, on se retrouve malheureusement dans une situation voisine. Pire sans doute, alors qu’il existes des chaines musicales. À quelques exceptions près, le rock a de nouveau disparu de la télévision… Chorus serait-il possible aujourd’hui ?Il y en a une qui s’inscrit dans cette tradition, c’est la Musicale sur Canal+. Ça tombe bien, c’est présenté par ma fille… [rires] La programmation me semble cohérente et surtout “bornée”, dans le sens où elle présente ses propres limites : ça n’est pas construit sur des duos improbables entre artistes situés chacun à un bout de la chaine alimentaire. Et puis, si l’on considère l’autre manière de parler du rock à la télévision, j’entends l’approche documentaire, il y a souvent de très bons sujets dans Tracks sur Arte. Le rock malheureusement, n’intéresse toujours pas les gens de la télévision. Je ne peux que le constater, mais j’ai beau m’interroger je ne sais toujours pas pourquoi… On en trouve à doses homéopathiques – au Grand Journal par exemple –, mais nous n’avons pas de vrai rendez-vous avec le rock à la télévision.
Chorus, coffret 3 DVD – INA ÉDITIONS

dimanche 24 octobre 2010

Chorus 1

Le dimanche à midi, c’était l’instant Chorus sur Antenne 2. L’émission a été initiée en septembre 1978 par Antoine de Caunes, alors assistant-réalisateur à l’Agence Sygma. Profitant d’un créneau rendu libre par la suppression de l’émission Blue Jean, il lance une idée simple : la diffusion hebdomadaire de 40 minutes de concert de groupes invités pour l’occasion. À une époque où le rock a disparu des écrans télé – rien n’avait remplacé l’émission Pop 2 –, l’émission Chorus s’apparente à un miracle venu du ciel. Il faut dire qu’au moment de son lancement, le rock vit une mutation profonde : de nouvelles esthétiques naissent sur les cendres du punk, toutes les certitudes sont bousculées et la vieille génération balayée en quelques mois. Réalisée par Claude Ventura, Chorus accompagne ce mouvement jusqu’en 1982, et sert de relais à une nouvelle vague d’artistes : The Clash, The Cure, The Police, The Jam, The Stranglers, The Undertones, XTC, Siouxsie and The Banshees, Magazine, Madness, The Pretenders, Elvis Costello, The Ramones… Les groupes français sont bien représentés dans l’émission : les incontournables Téléphone nous rappellent qu’ils avaient constitué, un temps, un excellent groupe de rock – grâce aux extraits proposés, on se souvient combien nous étions attachés, adolescents, à la figure de Corine Marienneau – ; de même pour Trust ou Starshooter, dont on comprend mieux, trente ans après, l’immense popularité. Les autres, Marquis de Sade et Taxi Girl – les jeunes gens modernes dont on vante alors les qualités dans Actuel –, s’affirment en chefs de fil d’une new wave rayonnante en France. __ Parmi les artistes issus de la génération précédente, Magma avec un impressionnant Hhai et Captain Beefheart qui se pose, quelques années avant son retrait volontaire, en influence majeure pour bien des jeunes artistes… __ Le coffret DVD ne comprend pas moins de neuf heures de programmes. À guetter en vrac : Howard Devoto juché sur son pied de micro, les interventions décalées d’Antoine de Caunes, son acolyte Jacky – futur Platine 45 – jouant avec un clébard ou mimant le sommaire de l’émission, le short léopard de Jacques Higelin, The Clash en train d’interpréter Jimmy Jazz peu de temps après la sortie de London Calling, Kraftwerk avec Radioactivity – en bonus caché –, la candeur affichée de Jonathan Richman, Robert Smith gamin, le déhanché de Daniel Darc sur Chercher le Garçon, les longs bras de Philippe Pascal, la présence de Dominique Laboubée des Dogs… Et pour Yann & Aurélie bien sûr :

jeudi 22 juillet 2010

Le théâtre de la jeunesse de Claude Santelli

Dans les années 60, sans que je le sache, Claude Santelli m’a fait aimer la littérature. Je vous parle d’un temps où la télévision ne se déclinait que par une seule chaîne avec des horaires d’émission assez réduits. Imaginez-vous que le midi il y avait un magazine présentant des comédiens, des romanciers, des humoristes, suivi du journal d’information, et puis plus rien, sinon la sacro-sainte mire indispensable aux dépanneurs et aux vendeurs de notre chère télévision. Il fallait attendre 18 heures pour voir un magazine, un feuilleton et le journal télévisé présenté par des Messieurs en costume cravate qui maniaient un français de bon aloi. Après, la speakerine nous annonçait les réjouissances de la soirée : les fameuses dramatiques, les émissions comiques sont la haute surveillance de l’Etat. Le dimanche, c’était fête, le jour du seigneur et l’après-midi, l’émission 36 chandelles était animée par le gentil et spirituel Jaboune ou Jean Nohain. Le film du dimanche soir, institution plus fermement instaurée que le 14 Juillet, était une récompense. Le petit écran devenait noir bien avant minuit. Le débonnaire Gros Nounours de Bonne nuit les petits et le Marchand de sable venaient exhorter les chères petites têtes blondes des années soixante à aller au lit de bonne heure, car on parlait déjà, à l’époque, des dangers du petit écran pour la scolarité des enfants. Ce petit écran, véritable lanterne magique, était en noir et blanc. On n’y prenait garde, puisque le choix n’existait pas, et on trouvait magique d’avoir cela chez nous.
Pour le jeune public, il y eu un petit miracle avec le Théâtre de la jeunesse. Nous étions plongés dans l’ambiance dès le générique qui s’ouvrait par une petite musique charmante, illustrant les images animées d’un théâtre dont le rideau de carton se levait. Claude Santelli apparaissait et il nous parlait, à nous les enfants, sans niaiseries, sans afféteries ni condescendance. Il nous parlait des grands noms de la littérature, du théâtre tout en faisant une introduction aux dramatiques (comme nous disions alors) proposées. Ses ambitions pour nous étaient magnifiques. Nous faisions connaissance avec La Comtesse de Ségur, Victor Hugo, Théophile Gauthier et Oscar Wilde. Bien sûr, nous trouvions quand même que les enfants sages et courageux de L’auberge de l’ange gardien avaient un côté un peu exagéré, mais ils nous étaient sympathiques ; la bonne aubergiste bien gentille et le zouave courageux, très…… courageux ! Grâce à lui, nous allions faire la connaissance du tonitruant Général Dourakine qui allait revenir pour une autre aventure ou les gentils sont récompensés et les méchants punis ; mais pas trop on savait être magnanime. Claude Santelli nous a fait découvrir Les misérables, une super production pour la télévision de l’époque. Encore aujourd’hui, j’ai des frissons en revoyant Cossette transie et tremblante sauvée par jean Valjean, et je suis amusée par les facéties du fantôme de Canterville.
En découvrant ces DVD éditée par KOBA FIMS, j’ai plongé délicieusement dans mon enfance. Quel plaisir de revoir Les deux nigauds, diffusé pendant les vacances et de retrouver Claude Winter, Denise Gence, Claude Rich, Jacques Fabbri, Michel Galabru truculant Général Dourakine, Michel Bouquet et selon l’expression « j’en passe et des meilleurs ». Il y a une fraîcheur, une qualité, un soin dans les décors et les costumes qui sont remarquables. Il est amusant et touchant de retrouver tous ces comédiens, comme Rosy Varte en méchante Thénardier. Les films ont été restaurés, remasterisés. Ils sont bien sur les témoignages d’une époque, mais d’abord des films qui enchantent tous les enfants, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui.La collection du théâtre de la jeunesse compte une dizaine de titre, en plus de ceux cités précédemment, et notamment les excellents Oliver Twist, et l’ile mystérieuse.

jeudi 2 octobre 2008

Les Grandes espérances de David Lean

Le père Gallois et mon père introduisirent sans vraiment s’en rendre compte le monde merveilleux du cinéma au cœur même de notre salle à manger. Sur le meuble nouvellement acquis pour l’événement, ils installèrent au-dessus du Radiola un gros téléviseur. Une seule et unique chaîne en noir et blanc et encore peu de programmes. Le dimanche aux alentours de dix sept heures l’O.R.T.F. Diffusait un film tout public. Là, installé sur ma chaise, j’ai avalé sans m’en rendre compte, bon nombre de chefs d’œuvres du 7ème Art. De ce film, j’avais depuis longtemps oublié le titre et le réalisateur ainsi qu’une bonne partie de l’intrigue. Je ne me souvins que de cette étrange et excentrique vieille dame recluse dans son manoir et ayant arrêté le temps depuis que son fiancé l'avait abandonnée au jour même de son mariage. Restait gravé aussi le regard fascinant de la jeune fille, sans que je me doute qu’il s’agissait d’Estella jouée par Jean Simmons ou encore la silhouette du sinistre bagnard dans les marais qui ouvre le film.
Facilement impressionnable j’ai été hanté des années durant par une scène jugée terrifiante aux yeux de l’enfant que j’étais, celle d’un jeune homme arrachant de très hautes tentures poussiéreuses des fenêtres afin de faire pénétrer la lumière du jour et le corps de la vieille dame excentrique devenu la proie des flammes. Miss Havisham a toujours exercé, même aujourd’hui, un étrange pouvoir sur moi. La crainte qu’elle procure à Pip ainsi que l’espoir déçu de ses Grandes Espérances n’est-elle pas une image romancée de ma propre mère ? je n’en sais rien.
Il faudra que j'en parle un de ces jours à mon copain Sigmund.
Si le cinéma à la télévision est comme la reproduction d’une œuvre d’art en carte postale, il n’en reste pas moins que la magie du cinéma a joué pleinement son rôle même lorsqu’un jour l’adulte visionna avec la même terrifiante émotion la scène gravée en son subconscient.

mercredi 23 juillet 2008

Elise, appelle la Police !

Mon père a été emporté par la télévision. J’en ai la preuve formelle. Au milieu des années 1950, Jean D’Arcy, patron de la chaîne télévisuelle, propose à Denise Glaser une émission d’information sur le disque. C’est ainsi que naît "Discorama". Discorama était un rendez-vous consacré à l'actualité de la chanson, du disque, du théâtre et du cinéma où alternaient chansons et interviews menées de main maître par Denise Glaser qui savait manier le silence mieux que personne et parvenait à faire se dévoiler autrement tous les artistes, y compris les plus réservés, sachant que la meilleure façon de faire parler quelqu’un est de l’écouter et de se taire. Elle en fera le rendez-vous incontournable des Français le dimanche à 12h30. Dans un décor minimaliste, où seules deux chaises sont installées, Discorama apporte un souffle nouveau et une ambiance intimiste toute nouvelle également. C’est aussi la première émission où les chanteurs peuvent vraiment s’exprimer. Denise Glaser fait découvrir pendant seize années consécutives de jeunes inconnus, rencontrés en parcourant les salles de spectacles parisiennes et provinciales. Elle sera à l’origine de nombre de carrières comme celles de Barbara, Serge Gainsbourg, Catherine Lara, Maxime Le Forestier... L'émission est également restée célèbre pour son parti-pris de réalisation, qui consiste à filmer, le plus souvent, de Denise Glaser et de son invité, non pas la personne qui parle mais celle qui écoute. On obtient ainsi des gros plans trahissant d'une manière étonnante les émotions des interlocuteurs. Clairement ancrée à gauche, Denise Glaser a fini par être remerciée, après plus de 15 ans d’un travail d’une qualité irréprochable, suite à l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République en 1974. Il ne l’avait jamais invité pour son jeu célèbre à l’accordéon. Mais imaginez la société française en 1970. Mon père après avoir été courir a déjà raté « le Jour du Seigneur. » « Télé Philatélie » le laisse indifférent. « La séquence du spectateur » l’agace par la brièveté des extraits proposés. Heureusement il reste « Discorama. » Un moment de quiétude musicale avant les terribles nouvelles du journal de 13 heures. Il est douze heures trente. Deux années après les « Evénements » la France à soudain peur et Roger Giquel n’y peut rien faire. Mon père attaque sa cuisse de poulet. Il sera emporté bien des années plus tard, mais je reste assuré que ce jour mémorable il lui en restera des séquelles que l’un de ses petits enfants, affecté lui aussi du même mal congénital et incurable, tente de conjurer en vain.