mardi 31 mai 2022

Son oeil dans ma main, Algérie 1961-2019. Institut Monde Arabe jusqu'au 17 juillet

 

 



    Le 5 juillet, l’Algérie fêtera les 60 ans de son indépendance. Pour l’occasion, la bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe a décidé de mettre en parallèle le regard de deux artistes : le photographe Raymond Depardon qui a shooté cette période charnière à Alger et à Évian (où les prémices des accords ont été établis) en 1961 et y est revenu en 2019, et l’auteur Kamel Daoud.

 





Entre Alger, Évian et Oran, des années 60 à 2019, cette exposition se divise en 3 parties et révèle plus de 80 clichés, un film et des textes inédits de Kamel Daoud sur le sujet.

Rendez-vous à la bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe, du 8 février au 17 juillet 2022.

mardi 24 mai 2022

Allemagne années 20, jusqu'au 5 septembre au centre Pompidou

 

 


  Cette exposition sur l’art et la culture de la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) en Allemagne est la première vue d’ensemble sur ce courant artistique en France. Outre la peinture et la photographie, le projet réunit l’architecture, le design, le cinéma, le théâtre, la littérature et la musique.

 


 

 


 

mercredi 11 mai 2022

Sebastiao Salgado, Aqua Mater jusqu'au 22 septembre.

 

 

 

L’eau est le bien commun le plus important… Et c’est aujourd’hui le plus menacé.

Au cours de sa quête exhaustive des peuples et des paysages premiers d’Amazonie, d’Islande, de l’Arctique… le photographe Sebastião Salgado a côtoyé toutes les expressions de l’eau, et en a éprouvé toutes les fragilités.

Muni de son appareil photo, il a capturé l’eau au cœur de paysages uniques, plus précieux les uns que les autres, et nous les présente pour la première fois dans cette exposition. 

 



L’exposition de photographies a lieu dans un imposant pavillon de bambou imaginé par l’architecte colombien Simon Velez. De renommée internationale, il est connu pour décliner des structures complexes en bambou. Après son “Nomadic Museum” à Mexico et son colossal pavillon à l’exposition universelle de Hanovre en 2000, il s’est lancé dans le projet du pavillon Aqua Mater.


Après avoir été installée une première fois à Arles en 2018, cette structure naturelle unique en Guadua d’Amazonie, un bambou géant, est arrivée à Paris, sur le parvis de La Défense. Au milieu des tours en béton, elle offre un écrin naturel singulier aux photos de Sebastião Salgado nous rappelant combien l’équilibre de la nature reste subtil.
 




 

lundi 11 avril 2022

Monet/Rothko, musée de. l'impressionnisme, Giverny du 18 mars au 3 juillet

 


 


 

Depuis quelques années les recherches sur l’impressionnisme tardif ont mis en valeur les correspondances souvent insoupçonnées entre les œuvres de Claude Monet et celles des peintres de l’abstraction.

Le maître de l’impressionnisme a inspiré un nombre important d’artistes de la seconde moitié du XXe siècle. La récente exposition du musée de l’Orangerie l’a parfaitement démontré : Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet (13 avril – 20 août 2018) permettait une mise en perspective des grandes peintures de Monet avec celles de Ellsworth Kelly, mais aussi Jackson Pollock, Mark Rothko, Barnett Newman, Clyfford Still, Helen Frankenthaler, Morris Louis, Philip Guston, Joan Mitchell, Mark Tobey, Sam Francis et Jean-Paul Riopelle.

Monet / Rothko proposera un dialogue inédit, à Giverny, entre le maître de l’abstraction et la référence absolue sur l’impressionnisme. Cette vision, cette mise en regard de la production de ces deux grands artistes mettra en exergue la puissance évocatrice de leur peinture.

 


 


 

Alors que Monet cherche à rendre l’immédiateté d’un ressenti, Rothko tente une approche plus intense, là où la contemplation dilate la pensée. S’il n’est pas mystique, sa peinture plonge le public en lui-même. Mettre en rapport Mark Rothko et Claude Monet revient à inviter le spectateur à une expérience visuelle et sensorielle. Les yeux, mais aussi la perception de l’espace et du temps sont soumis à une épreuve artistique originale.

L’exposition proposera le rapprochement entre six œuvres de Rothko et six peintures de Monet. Déclinée en thématiques chromatiques, elle donnera à voir les peintures de ces deux maîtres sous un jour inédit. La formation de l’abstraction, telle que Monet l’a conçue, trouvera ainsi un écho moderne chez Rothko. Là où l’impression fugitive du moment a été l’obsession de Monet, Rothko déploie une peinture où l’espace se dilue dans le temps de l’observation. Vertige ou contemplation, l’exposition laissera le public trouver une autre perception de l’abstraction et de la modernité.

Conçue et organisée par le musée des impressionnismes Giverny, l’exposition sera présentée dans le village de Monet, là où il peignit ses célèbres Nymphéas, et le lieu idéal d’une rencontre entre ses œuvres et celles de Rothko, son admirateur inconscient.

Horaires et jours d’ouverture

L’exposition est ouverte tous les jours (y compris les jours fériés), de 10h à 18h (dernière admission 17h30), du 18 mars au 3 juillet 2022.

Tarifs

Tarif plein | Tarif réduit

  • Exposition : 9 € | 6 €
  • Exposition + jardin du musée : 10 € | 7 €
  • Audioguide : 4 €

L’entrée est gratuite :

  • Pour les moins de 18 ans.
  • Pour tous les visiteurs le 1er dimanche du mois (sauf en juillet).
  • Pour tous les habitants de l’Eure le 1er dimanche du mois de juillet (sur présentation d’un justificatif).

mardi 29 mars 2022

Romy Schneider, Cinémathèque française jusqu'au 22 juillet 2022



    
 
 
     Du mercredi 16 mars au dimanche 31 juillet 2022, la Cinémathèque Française rend hommage à l’actrice Romy Schneider avec une exposition exceptionnelle, du 16 mars au 31 juillet 2022.

    Quarante ans après sa disparition le 29 mai 1982, Romy Schneider est toujours aussi aimée et populaire. Débutant sa carrière à l'âge de 15 ans en Allemagne, avant de s'installer en France, elle devient une star grâce à des films qui ont marqué à jamais l'histoire du cinéma.

    L'exposition que lui consacre la Cinémathèque française propose de la faire revivre à travers ses rôles mais aussi ses textes, son journal, des interviews ou des images de tournage qui la montrent aussi vibrante que gaie. Suivant le fil de sa vie si romanesque, le parcours permettra de comprendre comment l'interprète de Sissi Impératrice est devenue une icône, incarnation de la femme moderne.

samedi 26 mars 2022

Miyazaki à Aubusson, tombé de métier “Ashitaka soulage sa blessure démoniaque”

                                               “Ashitaka soulage sa blessure démoniaque”

vendredi 25 mars 2022

Miyazaki à Aubusson


Le Voyage de Chihiro, Le Château ambulant, Princesse Mononoké, Nausicaä de la Vallée du Vent, ... Grâce à un partenariat avec le Studio Ghibli, 5 tapisseries monumentales vont être tissées d’après des images des célèbres films du maître du cinéma d'animation Hayao Miyazaki.
 

Le dévoilement de la première tapisserie de la tenture L'imaginaire de Hayao Miyazaki en tapisserie d'Aubusson, « Ashitaka soulage sa blessure démoniaque », aura lieu le vendredi 25 mars 2022 à la Cité internationale de la tapisserie.

Cette tapisserie, qui a été réalisée d'après une image du film d'animation Princesse Mononoké produit par le Studio Ghibli, devait initialement être dévoilée le 04 février 2022, mais l'événement a dû être reporté en raison du contexte sanitaire.

La cérémonie de tombée de métier et le dévoilement de la tapisserie seront retransmis en direct sur la chaîne YouTube de la Cité internationale de la tapisserie, à partir de 14h45.

Tout au long du week end du 26-27 mars 2022, le public pourra découvrir cette œuvre qui sera exposée dans l'amphithéâtre de la Cité et profiter également de différentes animations et médiations en lien avec l'univers du Studio Ghibli et du Japon.


mardi 15 mars 2022

Patrick Zachmann, voyages de mémoire

 

 


    Est-on juif quand on ignore sa religion et sa culture ? À la fin des années 1970 et au début des années 1990, Patrick Zachmann mène une longue « enquête » sur les juifs de France, à la recherche de sa propre identité.

    De Paris à Marseille, de la rue des Rosiers aux Buttes-Chaumont, des plus orthodoxes aux plus laïques, de la communauté loubavitch aux grossistes du Sentier, des derniers typographes communistes du quotidien yiddish Naye Presse aux juifs les plus « invisibles », le photographe saisit les différentes facettes de la judaïcité française, alors même que, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, se produisent en France des attentats antisémites. Et, pressentant ce que l’on nommera bientôt l’« ère du témoin », il photographie le premier rassemblement de survivants de la Shoah à Jérusalem en 1981. 

 


    Membre depuis 1985 de la prestigieuse agence Magnum, il fait de nombreux reportages hors de France. Son activité le mène en Afrique du Sud en 1990 pour la libération de Nelson Mandela, où il assiste à une manifestation de partisans de l’apartheid, avec croix gammées et chemises brunes. Il parcourt le Chili en 1999 à la recherche des traces des camps de prisonniers politiques dans le désert d’Atacama. Du Rwanda en 2000, six ans après le génocide des Tutsis, il rapporte des portraits de survivants et des images d’ossuaires qui évoquent implacablement l’ampleur du crime de masse. La même année, il fait le voyage d’Auschwitz-Birkenau, où furent assassinés ses grands-parents paternels, et en revient avec des images glaçantes. En contrepoint, dans les années 2010, reparti en Pologne et en Ukraine, il prend des photographies inattendues et joyeuses des pèlerinages de juifs orthodoxes sur les tombes des fondateurs du hassidisme. Enfin, retournant aux origines de sa famille maternelle, il arpente l’Oranie et l’Est marocain pour retrouver les vestiges de ce judaïsme d’Afrique du Nord présent durant des temps immémoriaux, et qui constitue aujourd’hui au Maghreb un « monde disparu », à l’instar de celui de sa famille paternelle d’origine polonaise.

 

    Première grande exposition personnelle au mahJ d’un photographe vivant, « Voyages de mémoire » présente près de 300 œuvres de Patrick Zachmann, des années 1970 aux années 2015, dont de très nombreux inédits et un film, La Mémoire de mon père. Elles nous révèlent un regard humaniste posé sur le monde, nourri par l’expérience juive et donc habité par les questions universelles de l’exil, de la disparition et de l’oubli.

 


    Si cette exposition que j'ai pu voir est terminée, nous reste le magnifique catalogue complet avec les présentations et commentaires de Patrick Zachmann.

mercredi 9 mars 2022

Jean Gabin, musée des années 30, Boulogne-Billancourt jusqu'au 10 juillet 2022

 

 

 

 


    Le musée des années 30 à Boulogne-Billancourt rend hommage à un monstre sacré du cinéma français: Jean Gabin, qui détient le record de films tournés dans ses célèbres studios. Icône du cinéma, mythe du XXe siècle, Jean Moncorgé alias Gabin a incarné la France plus qu’aucun autre acteur. Cette rétrospective propose ainsi de raconter son histoire.


    Son enfance sur les bords de l’Oise, puis chez ses grands-parents à Boulogne-Billancourt ; ses débuts dans son « métier de saltimbanque » ; ses rôles légendaires du réalisme poétique à la crise des années 1930 ; son engagement militaire au sein de la 2e DB lors la Seconde Guerre mondiale ; les Trente Glorieuses et la transformation du pays… sans oublier sa passion pour la terre et les chevaux.

    Son jeu inimitable demeure gravé dans notre mémoire collective. Du flic au truand, du cheminot au chef de clan, du légionnaire au banquier, Gabin a incarné tous les Français avec puissance et sobriété. Un siècle de notre société, représenté par ses films les plus emblématiques, dont 26 furent tournés dans les illustres studios de Billancourt (La Grande Illusion, Le Jour se lève…) et de Boulogne (Touchez pas au grisbi, Le Chat, Deux hommes dans la ville…). Conçue en étroite collaboration avec la famille de l’acteur et les partenaires associés à la Ville, l’exposition déclinera notamment, sur 700 m² :

– des objets authentiques conservés au Musée Jean-Gabin de Mériel
– des effets personnels uniques confiés par le fils de l’acteur, Mathias Moncorgé
– des trésors sortant pour la première fois des réserves de la Cinémathèque française
– des pièces issues de la plus grande collection privée consacrée à Jean Gabin
– du matériel cinématographique provenant des studios de Boulogne et de Billancourt
– une vingtaine d’écrans projetant des extraits de films et de documentaires

Sources : Musée des Années Trente – Espace Landowski

 

Exposition Grand Paris : Jean Gabin L’exposition

Dates :
Du 9 mars au 10 juillet 2022

Lieu : Musée des Années Trente – Espace Landowski
28, avenue André-Morizet
92100 Boulogne-Billancourt

Métro : Marcel Sembat (9)
En voiture :
Boulogne-Billancourt, direction Hôtel-de-Ville, parking Hôtel-de-Ville, suivre la direction ‘Espace Landowski’

Horaires : Ouvert tous les jours (sauf lundi, 1er janvier, 30 avril, 1er mai, 14 juillet, 15 août, 25 décembre) 11h-18h.

Plein tarif : 7 euros (Exposition +  collections permanentes)

Tarif réduit : 5 euros

 

 

dimanche 2 janvier 2022

Barbara (2)

   

 
 
     Il me restait alors de nombreux mois à faire avant de retourner à la vie civile. A mon retour d’outre-mer, après mes quatre mois de permission, ma nomination à bord du B.S.L. Loire, affecté à la surveillance des pêches à Terre Neuve, n’avait rien arrangé. Il me fallut alors faire des pieds et des mains pour obtenir ma mutation en métropole. J’ai atterri sur le Pétunia, un dragueur de mines comprenant huit hommes d’équipage, où j’ai officié en tant que vaguemestre jusqu’à mon départ définitif en avril 1974. Cela m’autorisait à quitter le bord chaque matin et me promener dans l’arsenal en compagnie de notre vieux bâtard chéri, Zef, un chien stupide. La vie aurait pu s’écouler ainsi.
    Sur le pont de Recouvrance, elle s’est pointée dans ma vie comme une jolie fleur de printemps avec une étroite jupe en jean et d’interminables bottes blanches. Elle m’avait fait croire à une formation d’un an dans une école de puériculture à Brest. Il n’en était rien. Seulement le désir de quitter Paris et venir vivre avec moi. Déjà à l’époque le travail était inexistant. Et elle passait le plus clair de son temps à m’attendre en rêvant à un demain merveilleux tout en courant les magasins pour décorer de deux ou trois fanfreluches notre maigre intérieur.
    A deux pas de Recouvrance, dans une rue des plus sordides, nous vivions dans une piaule chichement meublé, dont le loyer prohibitif grevait largement le salaire d’un simple matelot.
    Nous n’avions pas grand chose et vivions d’encore moins. Le dimanche nous nous levions tôt, prendre le bateau et traverser le rade et le goulet de Brest jusqu’à Camaret. Quel que soit le temps, la journée s’écoulait à regarder la mer. Une heure avant le dernier passage, nous partagions une crêpe en guise de repas du soir. L’amour ne nous coûtait guère, bien moins que les livres de poche que nous lisions au lit pour nous garantir un peu du froid. Seul un poste à transistors nous reliait encore au monde. Partager nos joies avec nos proches demandait de descendre armés de pièces dans une cabine au coin de la rue pour téléphoner, en attendant des jours meilleurs afin de remonter en train à la capitale y passer quelques jours. C’est dire si les nouvelles technologies ne nous encombraient guère. Nous ne nous en portions que mieux. Son frère Alain nous avait prêté un magnéto à bandes, avec pour seule et unique bande l’intégrale Barbara de 1962 à 1970. Ainsi s’est écoulée notre vie un an durant en compagnie de la dame brune.
    Et je souviens de Barbara quand la pluie battait le carreau. Je me souviens de cette voix claire, émouvante, fragile et forte qui montait crescendo en dedans de nous. Je me souviens ce piano noir, imaginé longtemps dans un coin de la pièce avec la belle dame brune qui jouait et pleurait la vie tout pour nous des heures durant. Barbara. La dame brune. Le piano noir. Inoubliables. Je me souviens : « Je ne suis pas une grande dame de la chanson. Je ne suis pas une tulipe noire. Je ne suis pas poète. Je ne suis pas un oiseau de proie. Je ne suis pas désespérée du matin au soir. Je ne suis pas une mante religieuse. Je ne suis pas dans les tentures noires. Je ne suis pas une intellectuelle. Je ne suis pas une héroïne. Je suis une femme qui chante.»
    Il pleuvait sans cesse sur Brest. Je me souviens de Barbara. Et chaque fois que je l’écoute, la même émotion m’étreint. Je me souviens de cette ville si triste ou une brise de mer nous assaillait soudain, et le froid nous prenait en traversant Recouvrance où pourtant nous étions heureux.

 

samedi 25 décembre 2021

François Béranger, Manifeste (1973)

 


 
    Je prends un peu d'avance sur le calendrier mais qu'importe.
     Depuis ce jour en 1973 où, Alain, le frère de ma future belle soeur, est arrivé avec François, sous forme de galette vynile sous le bras, François ne m'a plus quitté.     Vous serez certainement déçus, moi le premier, de n’avoir fait la connaissance de cet honnête homme que par l’intermédiaire des ses albums. Toutefois, je répète que ce soir-là, tandis que la conversation s’animait autour de la table autour du PSU, de la fac de Vincennes et de la vie politique, moi, les yeux rivés sur la pochette du disque qui représente une chaise paillée terminée en corps de femme, eh bien François chantait pour moi. Il chantait pour moi comme il le fait à chaque fois que je l’écoute avec le même trouble, la même émotion, la même colère, les mêmes espoirs.
    Alors, bien sûr dès le lendemain de notre rencontre je l’ai invité à s’installer chez moi. Je lui ai trouvé une place avec Regianni, Barbara, Le Forestier… Il était entré dans ma vie. Il y est toujours.
    Le 15 octobre 2003 j’ai appris son décès à 66 ans. Je note que Laurent Ruquier lui a rendu hommage et diffusé sur les ondes une de ses chansons. Je ne sais pas s’ils ont été nombreux à faire la même chose pour François, lui qu’ils ont toujours, refusé, négligé, ignoré, méprisé. Et depuis "qu’un soir il avait pissé sur sa télé tellement c’était chouette," cette grande dame n’avait jamais invité ce pas poli. Elle n’allait certainement pas commencer aujourd’hui. Cette journée du 15 octobre fut un peu triste. Déjà octobre c’est gris, mais alors là. Chez l’Agitateur Culturel du coin, pas le moindre hommage et dans les bacs une plaque à son nom, vide de tout contenu comme si François n’avait jamais existé. « Je suis né, je mourirai.»

L’année suivante Futur Acoustic publiait une très belle anthologie contenant trois CD, un DVD accompagnée d’un livret de 43 pages sous le titre « Le vrai changement, c’est quand ? » Toujours d’actualité, le François. La réédition des albums a suivie grâce à la volonté de ce label diffusé par Harmonia Mundi, peut-être l’un des seuls disquaires encore vivants. 

 

NB : Je reviendrai sur François Béranger en republiant les billets : Béranger par Béranger.

 

 

dimanche 19 décembre 2021

Barbara.



 
    Après un mois à me gratter les couilles à Lorient à débarquer la literie complète de notre aviso et choper des morpions, il a bien fallu rentrer chez moi. J'y ai retrouvé, ma piaule, mes parents, mes potes et celle qui m'avait attendu deux ans. 
    Question musique elle était loin d'être rock n' roll. Plutôt chanteur à texte, si possible à s'ouvrir les veines. Des chanteurs qui gagnaient à être connu et dont certains sont entrés dans mon Panthéon, je dois le reconnaître, sans que jamais je ne cherche à mettre fin à mes jours. Barbara en fait partie. Elle aimait Barbara. Alors je me suis fendu.
    La chose avait été promise de longue date et la table retenue depuis maintenant trois semaines. A l'occasion J’ai traîné ma peine boulevard Barbès. Les vitrines affichaient des slogans accrocheurs et des prix modiques. Le chevron me semblait indémodable. Je me suis laissé tenté par un costume de couleur indéterminé dont le vendeur, à l’humour pince sans rire, m’affirma qu’il m’allait commme un gant.  Les affaires allaient-elles donc si mal pour qu’il se montre aussi obséquieux à mon égard ? Le pantalon tirebouchonnait et le rendu arrière de la veste baillait de façon disgracieuse quand je la fermais.Il m'allait comme une moufle.
 Seul avantage en sa faveur le prix. Je cédais donc à l’appel des sirènes, complétais ma garde robe d’une chemise pastel, déjà froissée d’impatience, et m’acquittais de mes achats.
Les retouches n’y changèrent rien. « Costard Pochon, t’as l’air d’un con. » Un slogan qui tient toujours ses promesses. En dépit du repassage à sec, un mauvais lainage reste un mauvais lainage. Un mauvais lainage qui pochait désespérément aux coudes et aux genoux. A moins des rester en permanence debout les bras ballants. Et encore. Les accessoires outranciers ajoutaient au ridicule. Mon double manquait cruellement d’élégance. Il ne manquait plus qu’une mauvaise eau de toilette pour rajouter une touche de mauvais goût. J’y remédiais derechef. Parfait.
 
    Il pleuvait ce soir là. Nous sommes descendu à la station Palais Royal et avons rejoins l’avenue de l’Opéra. C’était la première fois que je me rendais à un dîner spectacle. Elle aussi. Dès le seuil franchi, le premier passage obligé fut le vestiaire. Parmi les manteaux chics et sombres, nous laissâmes son manteau clair, ma serpillière, et un parapluie que personne ne nous volerait jamais. La salle était petite. Elle pouvait accueillir tout au plus une centaine de personnes. Deux longues tables dressées sur les côtés la rétrécissaient encore plus. A voir ces femmes en lamés et ces hommes en smoking j’ai senti que je n’étais pas à ma place mais il était trop tard pour reculer. Bien entendu il n’y avait qu’une table au centre et ce fut la notre. A notre entrée les regards se sont portés sur nous. Nous faisions sensation. Certainement la couleur poireau pomme de terre de mon costume Pochon, ma chemise poussin albinos, ma cravate et ma pochette aussi cramoisi que ma gueule, le tout assorti aux chaussettes. Avec les pochons aux genoux, mon pantalon avait bien perdu dix centimètres de longueur, juste question de laisser admirer la qualité du fil d’Ecosse de mes chaussettes agonisantes sur mes chevilles. Mon portefeuille faisait sailli dans ma poche. Sans compter celles du pantalon bourrées d’accessoires tels des bajoues de hamster. La grande classe. Elle me précédait en robe claire à godets et chaussée de bottes blanches. Aidée par un bellâtre qui ne nous quitta plus de la soirée elle s’assit à ma gauche tandis que je me jetais sous ma chaise question de tenter de passer inaperçu. Rien n’y fit. Bien heureusement rapidement les habitués nous oublièrent. Sauf le bellâtre toujours disposé à nous rendre service. M’allumer ma clope, me servir du vin, lui servir de l’eau, nous couper la viande, m’essuyer la bouche, me faire les ongles. Nous foutre la paix, non. Il était payé pour nous faire chier et je dois admettre qu’il fit bien son boulot. Rien à reprocher. Il faisait chaud. Nous prime un rafraîchissement au prix d’un réfrigérateur. La soirée s’annonçait belle. Je la voyais heureuse. Je l’étais donc aussi. Nous étions très bien placé. Sans avoir le bras long, je reste assuré qu’en le tendant bien, je pouvais griffer le vernis du piano du bout de ma fourchette. Je ne m’y suis pas aventuré. C’était juste question de dire.
    En première partie, nous eûmes droit à Yvan Dautin et Pierre Vassiliu. De quoi attaquer les entrées et le plat, une volaille aux cerises pas vraiment morte que ma fourchette chatouillait de temps à autre pour la faire rire. Je rangeais mon mikado en os sur le bord de l’assiette, suçait les cerises et épongeais la sauce. Rien d’extraordinaire à faire à la maison mais à un dîner spectacle, cela restait une autre affaire. Ah! il devait bien se marrer le bellâtre à me voir tel un bretteur en découdre avec la volaille pas morte.
    A l’issu du combat, Vassiliu retourna dans sa loge. J’abandonnais la dure en cuisse. Nous fîmes une pause. Faute de clopes, je commandais un paquet au prix d’une cartouche. Radical contre le cancer du poumon. On amena alors le dessert. Un truc indéfinissable avec des pailles des parasols des cerises, du citron, des fruits confits et de la chantilly. Un objet d’art, quoi ! C’est à ce moment que nous sommes retrouvés dans le noir une fraction de secondes jusqu’à la venue de la longue dame brune. Sous les applaudissements, elle s’est installé au piano à un vol de pintade de mon assiette. Elle s’est mise à chanter. Normal, elle était là pour cela et on était venu pour. Au prix ou je payais il aurait plus manqué qu’elle nous fasse des ombres chinoises ou un numéro de prestidigitatrice. C’est vrai qu’on était prêt aussi. Pas la peine de brailler et taper comme un sourd sur son piano. J’entendais parfaitement bien. J’ai même failli m’esbigner un oeil avec ma petite cuiller. Comment, je respecte rien. Barbara, d’accord ! Faire plaisir, d’accord ! Mais ce sont mes oreilles et mon pognon, tout de même. Pis je sortais de deux années de désert culturel. Tout ça pour apprendre qu’il pleuvait sur Nantes, avouez qu’une fiche météo m’aurait suffi. Pourtant, je dois sincèrement avouer que je me laissais rapidement gagner par le charme de la grande dame brune. je dois même reconnaître que je fus littéralement sous le choc avec une Barbara intime et possédée. C’est bien simple, je n’avais d’yeux que pour elle. Je mangeais mes clopes, fumait ma chantilly. Écrasais ma clope dans la chantilly. Embrassait le bellâtre. Le grand jeu. Et quand j’aime, je ne compte pas. A l’entracte, je commandais un alcool au prix d’une distillerie que je consommais d’une glotte gustative jusqu’au final explosif.
    A la fin des applaudissements, alors que la longue dame brune disparaissait dans une brume légère derrière le rideau rouge, que les lumières étaient encore tamisées, le bellâtre qui ne perdait jamais une occasion de rire me glissa discrètement la note qu’éclairait la lueur vacillante d’une maigre bougie en fin de vie. Je m’y attendais, mais quand même. Ma pâleur fut mise sur le compte de l’émotion. Voir Barbara, manger un pintadeau aux cerises et mourir. Mon CCP aurait été du plus mauvais effet. De toutes les façons, il ne s’en serait pas remis. Je réglais rubis sur l’ongle, faute de monnaie, laissait un pourboire royal et nous filâmes rejoindre la cohue aux vestiaires récupérer son manteau et ma guenille. Toujours faute de monnaie, je réglais gracieusement le vestiaire sans pouvoir conserver en souvenir les cintres en plaqué or. Paris est certes trop petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour. Mais la banlieue est lointaine pour ceux qui à pied doivent rentrer se coucher. Le taxi de rigueur, je ne vis pas un brin de la route, l’œil rivé sur le compteur qui avalait mes derniers francs. Je la laissais à sa porte dans la froidure d’un matin de décembre. Elle me proposa fort gentiment de conserver le taxi jusque chez moi. Je doutais que le prix de la course ne dépasse pas les cinquante centimes qui me restaient en poche. Je n’en fit donc rien. D’ailleurs, rentrez à pied me ferait le plus grand bien. Et puis c’était encore gratuit. Alors, autant que j’en profite.
 
Restait du bleu à l’âme et l’inoubliable Barbara. De quoi occuper une vie.    
 
 

mardi 14 décembre 2021

Hot Butter, Pop Corn (1972)

 


 

 

    Depuis mon dernier billet du mois de mai sur le sujet, nous avons eu largement le temps de ranger nos malles après avoir procédé à de multiples échanges ou ventes de souvenirs jugés inutiles voire superflus.

    Et nous voilà tous alignés sur le pont afin d'accéder au quai noir de monde. Deux ans de cohabitation à bord et deux ans d'absence avec la métropole. Les retrouvailles furent chaleureuses. Les marins s'égaillèrent telle une volée de moineaux retrouver fiancés, épouses, familles et amis. Cette effervescence passée, ce fut le débarquement. Restait un bâtiment privé de son équipage qu'il fallait vider avant son carénage. Cela me valu de rester à bord un mois de plus avant de bénéficier des quatre mois de permission avant ma nouvelle affectation.

Je n'avais jamais mis les pieds à Lorient. Je ne l'ai jamais fait depuis. Restait l'hôtel de la Gare où nous avions loué des chambres au mois.

    Matelas, couchages furent débarqués. Et au bout d'une journée à macérer dans le linge de bord nous fîmes connaissance avec le Phtirius inguinalis, un insecte de couleur marron mesurant environ 3 millimètres qui se nourrit exclusivement du sang de son hôte. Le morpion et notamment ses larves sont visibles à l’œil nu. Quand elles sont vivantes, elles sont grises et bien accrochées aux poils. Quand elles sont mortes, cela ressemble à de tout petits œufs blancs situés à la racine des poils et facilement détachables. On leur faisait la chasse à grand coup de produit antiseptique qui faisaient ressembler nos partie génitales à des culs de bébé talqués et ce durant plusieurs semaines. Et chaque soir nous les sortions en ville question de les promener et les aérer un peu.

    Friands des nouveautés musicales hexagonales, nous fumes quelque peu déçu en cette fin d'année 1972 de voir et surtout d'entendre Stone et Charden : L'avventura, Ringo : Elle, je ne veux qu'elle, Mike Brant : Qui saura, C. Jérôme : Kiss me Ringo : Trop belle pour rester seule, Mike Brant : C'est ma prière, Frédéric François : Laisse-moi vivre ma vie, un coup à reprendre la mer vers Diego danser le Salegi et manger des brochettes pimentées de zébu. 

    Les prémisses de la musique électronique fit son apparition avec Hot Butter et son tube international : Pop corn qui trainaient dans tous les juke box de France et de Navarre. Le rock comme nos couilles était il dévasté par les Phtirius inguinalis au point de s'attaquer aux cerveaux de nos contemporains ?

    Une visite chez un disquaire digne de ce nom nous rassura quelque peu. Jeff Beck Group,Black Sabbath , David Bowie Deep Purple, Emerson, Lake And Palmer, Genesis, Jethro Tull, Lou Reed, The Rolling Stones, Roxy Music, Slade, Neil Young, ZZ Top veillaient au grain. Le rock pas mort. Il respirait encore.


samedi 6 novembre 2021

Halloween

 

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vendredi 29 octobre 2021

Julie Manet, musée Marmottan jusqu'en mars 2022

 

 

     Le musée Marmottan Monet organise la première exposition jamais consacrée à Julie Manet, fille unique de Berthe Morisot et nièce d’Edouard Manet. Intitulée « Julie Manet, la mémoire impressionniste » elle aura lieu du 19 octobre 2021 au 20 mars 2022. Légataire de Julie Manet par l’intermédiaire de ses enfants, dépositaire du premier fonds mondial de l’œuvre de Berthe Morisot mais aussi des collections de la famille, le musée Marmottan Monet souhaite apporter un éclairage sur le rôle de Julie Manet dans la vie des arts.

 



 

jeudi 21 octobre 2021

Enfin le cinéma ! Musée d'Orsay jusqu'au 16 jznvier 2022

 

 


    À l’aube du XXᵉ siècle, le cinéma est tout autant, sinon plus, une manière de s’approprier le monde, les corps et les représentations, qu’une machine ou un média. Nouveau regard éminemment social et populaire, il est le produit d’une culture urbaine fascinée par le mouvement des êtres et des choses et désireuse de faire de la « modernité » un spectacle.

Aucune rupture brusque ou révolution violente cependant, les esprits et les corps avaient été largement préparés. Les premières projections de « photographies animées » par les frères Lumière à Paris en 1895 sont en effet les dernières-nées d’une longue succession de dispositifs visuels et d’attractions (du panorama aux musées de cire, en passant par la morgue, les aquariums et les foires) qui trouve son apogée lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris. Issus d’une tradition de la circulation des images, ces premiers films, encore imparfaits, sont également les héritiers de multiples pratiques, artistiques ou scientifiques, savantes ou vulgaires. Nombreuses sont les propositions ou interrogations formulées par les artistes du XIXe siècle qui ont précédé leur avènement – au premier rang desquels le fantasme du « réalisme intégral » – que le cinéma prolonge, recycle, questionne, et bientôt dépasse. L’évidence de la mobilité du monde ou de l’écoulement du temps est interrogée et analysée au prisme de certains motifs culturels comme l’agitation de la ville ou le ressac perpétuel des vagues. En ce sens, Jean-Luc Godard eut raison de rappeler que le cinéma fut inventé par le XIXe siècle.

 

    Ne cherchant pas à présenter une chronologie des inventions, l’exposition « Enfin le cinéma ! » est volontairement synchronique et thématique. Elle fait dialoguer la production cinématographique française des années 1895-1907 avec l’histoire des arts, depuis l’invention de la photographie jusqu'aux premières années du XXe siècle, au fil de quelques grands sujets que sont la fascination pour le spectacle de la ville, la volonté d’enregistrer les rythmes de la nature, le désir de mise à l’épreuve et d’exhibition des corps, le rêve d’une réalité « augmentée » par la restitution de la couleur, du son et du relief ou par l’immersion, et enfin le goût pour l’histoire. Elle se conclut vers 1906-1907 alors que la durée des films s’allonge, les projections se sédentarisent dans des salles et les discours s’institutionnalisent. Le cinématographe devient le cinéma, à la fois lieu et loisir de masse.

 

    L’exposition rassemble près de 300 œuvres, objets et films aussi bien anonymes que signés de noms bien connus du grand public, de Pierre Bonnard à Auguste Rodin en passant par Gustave Caillebotte, Loïe Fuller, Léon Gaumont, Jean Léon Gérôme, Alice Guy, Auguste et Louis Lumière, Jules Etienne Marey, Georges Méliès, Claude Monet, Berthe Morisot, Charles Pathé ou Henri Rivière.

 

mercredi 13 octobre 2021

David Hockney, Un an en Normandie.Musée du Luxembourg, Paris.

  



A l’âge de 84 ans, le célèbre peintre britannique David Hockney continue de faire l’actualité avec une nouvelle exposition au musée de l’Orangerie, à Paris, au bout du jardin des Tuileries. L’endroit choisi n’est pas anodin : sa longue frise de 90 m fait écho aux fameuses Nymphéas de Claude Monet, autre grandissime figure normande de la peinture.

Discrètement installé en pays d’Auge depuis 2019, à deux pas de Beuvron-en-Auge, David Hockney a traversé les confinements en peignant à l’aide de son Ipad l’évolution des saisons depuis son propre domicile. Dans cette grande fresque faisant aussi écho à la Tapisserie de Bayeux, le peintre le plus cher en activité décrit le rythme du temps en mode Vivaldi depuis le printemps 2020.

 


 

En parallèle de l’expo Soutine – De Kooning, cette proposition baptisée « Un an en Normandie » trouve place dans la grande galerie, juste à côté des collections permanentes. Trois dessins précèdent également les Nymphéas de Monet.

 


 

 David Hockney, Un an en Normandie
Paris
Musée de l’Orangerie
Du 13 octobre 2021 au 14 février 2022