mercredi 13 mai 2009

Epouvantails

A l'occasion du troc aux plantes annuel de St Yrieix-les-Bois (Creuse) un concours d'épouvantail a été organisé.
Cliquez sur les images pour les agrandir.
Photos : Association Agir à St Yrieix-les-Bois.
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lundi 11 mai 2009

B.AC.H.ianas & transcriptions

Après deux disques consacrés chacun à deux compositeurs, le pianiste David Bismuth publie toujours chez le label Ameson ce nouvel enregistrement conçu cette fois comme un hommage à un seul compositeur : Jean-Sébastien Bach mais à travers le regard que d'autres compositeurs ont porté sur sa musique, de l'époque romantique jusqu'à nos jours, et même jusqu'à très récemment puisqu'il a demandé à cette occasion au compositeur Karol Beffa de réaliser une transcription. Son disque comporte ainsi plusieurs transcriptions pour le piano d'œuvres composées originellement pour orchestre ou groupe d'instruments et d'autre part des oeuvres directement inspirées par la musique de Bach ou les 4 lettres de son nom : B.A.C.H. David Bismuth offre ce programme qui alterne des oeuvres sobres et transparentes avec des pièces riche en polyphonie dans une interprétation toujours d'une très belle clarté sonore.

dimanche 10 mai 2009

Diana Krall

Quiet nights” est un disque en hommage à la bossa nova, à écouter le soir. Diana Krall reprend de manière magistrale une série de grands classiques, brésiliens et autres. Entre sa version rafraîchissante de Where or When, et une interprétation de You're My Thrill à couper le souffle, ces dix chansons qui composent "Quiet Nights" sont tellement intimes qu'elles deviennent désarmantes. Même ceux qui connaissent déjà cette voix voilée, dans la musique de Diana Krall, même ceux-là seront interloqués quand ils comprendront à quel point cette musique pénètre sans vergogne le royaume de la douce capitulation.
"C'est un disque sensuel et carrément érotique, et je l'ai voulu ainsi"

jeudi 7 mai 2009

Ange

Ange est l'un des groupes-phares du rock français des années 70. Influencé notamment par Genesis ou King Crimson, le groupe développe un rock progressif – genre dont il est, en France, l’un des précurseurs – à l'aspect théâtral affirmé. Près de quarante ans après sa formation, le groupe continue de tourner inlassablement, remplissant régulièrement des salles prestigieuses (Zénith, Olympia), attestant une popularité solide et durable, en marge du cirque médiatique.Groupe formé en 1969 à Belfort autour de Christian Decamps (textes, chant et claviers) et Francis Decamps (compositions et claviers), Ange réussit à s'imposer en 1971 au concours de groupes amateurs du Golf Drouot. Cela lui permet d'enregistrer un premier disque, Caricatures, puis d'être engagé comme première partie du spectacle de Johnny Hallyday en 1972. ... La vie continue....

Entretien avec Claude Lanzmann 4

mardi 5 mai 2009

Rosalia de Souza

'D' Improvviso' renvoie aux sonorités et atmosphères du Brésil des années 1960. Empreint de sonorités afro-jazz, l'album aborde divers thèmes de cette culture : l'esclavage, la politique, les mouvements culturels importants de ces années-là... Le disque évoque aussi le son brésilien traditionnel, au travers de titres comme 'Samba Longe', ou 'Bossa 50', ou d'autres influences comme le boogaloo, célèbre tendance latine dans l'Amérique des années 1960. 'Amanha', typiquement afro-jazz a été écrite par Toco, déjà auteur de nombreuses chansons pour Rosalia. Pour la première fois elle rend hommage à l'Italie, son deuxième pays, avec une chanson interprétée en italien.

Entretien avec Claude Lanzmann 2

lundi 4 mai 2009

Melody Gardot

Originaire de Philadelphie, Melody Gardot n’a que 19 ans lorsqu’elle est victime d’un accident de la route qui la cloue dans un lit d’hôpital pendant plusieurs mois, le corps en mille morceaux et le cœur sans dessus dessous. La musicothérapie va l’aider à se remettre de ce coup du sort et c’est du fond de ce même lit que la jeune fille écrit ses premières chansons, enregistrées sur un simple magnétophone et qui donneront naissance au EP justement intitulé Some Lessons - The Bedroom Sessions. Voilà pour la légende. Cinq ans et un premier album (Worrisome Heart) plus tard, Melody Gardot nous revient avec My one and only thrill dont les onze morceaux rivalisent de beauté. Si la couleur dominante de l’album est le jazz, la chanteuse y mêle des accents d’un blues sombre et de légères touches latines qui confèrent à l’ensemble sa teinte si particulière, entre ombre et lumière. Tantôt légère et mutine comme dans If the stars were mine ou Les Etoiles, tantôt grave et déchirante (Deep within the corners of my mind), Melody Gardot sait être tout à la fois sans jamais se départir d’une sobriété émouvante qui donne toute son élégance à l’album. Ce dernier, porté par des musiciens qui connaissent leur métier (on souligne notamment la collaboration de l’arrangeur Vince Mendoza), comporte par ailleurs quelques envolées lyriques qui transportent l’auditoire dans des mondes parallèles et rivaliseraient sans mal avec certaines grandes compositions du septième art. Côté chant, il y a du génie chez cette Américaine qui ne donne pas de la voix simplement pour en donner mais qui maîtrise avec intelligence le moindre déraillement vocal tout en restant étonnamment spontanée et naturelle. On y retrouve les fantômes des grandes chanteuses noires qui ont fait les heures de gloire du jazz mais aussi les échos d’une Norah Jones ou d’une Eva Cassidy pour leur sensualité doucereuse. Mais la comparaison n’ira pas plus loin, la demoiselle ne méritant pas de n’être qu’une nouvelle X ou Y… Sur les onze titres, une seule reprise et pas des moindres puisque la chanteuse s’attaque au monumental Over the rainbow. A ceux qui seraient tentés de penser qu’une énième version de ce classique était superflue, on répondra que celle-ci, dans la chaleur et la douceur de son rythme bossa-nova, est tout à fait indispensable. A l’image du reste de l’album.

Entretien avec Claude Lanzmann 1

dimanche 3 mai 2009

Le lièvre de Patagonie

Tous ceux qui s'intéressent à l'histoire intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle, à Sartre et Beauvoir particulièrement, savaient qu'ils seraient enthousiasmés par le récit de Claude Lanzmann. Par son contenu, même si le livre n'était pas, en soi, un grand livre. Mais, bonheur supplémentaire, Le Lièvre de Patagonie est un très grand livre. Par sa construction, qui bouscule avec subtilité la chronologie, par la précision de la narration, par le style, qui exige de lire ligne à ligne ce long texte rassemblant plusieurs livres : celui d'un aventurier de la vie, celui d'un combattant, d'un guerrier, d'un partisan, celui d'un amoureux, celui d'un cinéaste singulier. Et celui, qui les unit tous, d'un écrivain.
Les récits de voyage sont de petites merveilles. La découverte d'Israël en 1952, un séjour en Corée et une idylle improbable avec une infirmière dans un pays totalement verrouillé, les mois passés à Berlin, la Chine, l'Algérie et la haute figure de Frantz Fanon, tant d'autres pays encore, pour ce voyageur infatigable.
A 18 ans, à Clermont-Ferrand, Claude Lanzmann entre dans la Résistance, transporte des armes avec la jeune et séduisante Hélène, fait l'expérience de la violence, de la lâcheté - d'un camarade - et de son tempérament de guerrier. Il n'a pas peur de mettre son corps en danger - ce qui ne signifie pas qu'il n'a jamais peur. Il fait du planeur, apprend à piloter, aime la montagne, et nager : "Foncer au large, perpendiculairement à la côte, ne pas la longer, a toujours été ma façon de faire." Un jour, en Israël, il a failli ne pas revenir et se noyer, à l'endroit même où, le dimanche précédent, l'ambassadeur d'Angleterre en Israël avait péri. Mais, une fois de plus, la mort n'a pas voulu de lui.
Parallèlement à ce roman d'aventures se déploie, dans Le Lièvre de Patagonie, une histoire plus intime. Et Lanzmann a le talent des portraits. Ceux des témoins de son enfance, sa mère, son père - vite séparés -, son beau-père et sa belle-mère. La mère qui "avait fait honte à l'enfant conformiste que j'étais. Son bégaiement terrible, intraitable, inexpugnable, (...) ses colères qui faisaient rouler dans leurs orbites ses beaux grands yeux". D'autres femmes aussi : sa soeur très aimée, Evelyne, belle actrice, malheureuse en amour, qui s'est suicidée ; celles qu'il a épousées, dont Judith Magre ; celles qu'il a séduites, et rapidement aimées, lui qui affirme : "Je hais profondément, de tout mon être, les figures obligées de la roucoulade, temps perdu, paroles convenues (...) et aujourd'hui je vais droit, comme dirait Husserl, à "la chose même".
Dans Le Lièvre de Patagonie, ce qu'on pourrait appeler "le roman de Beauvoir" aura évidemment une place à part pour tous ceux qui aiment Simone de Beauvoir. Non que Sartre, cette "formidable machine à penser, bielles et pistons fabuleusement huilés", soit absent. Au contraire, on voit comment, avant même leur rencontre, son oeuvre a été fondatrice dans la formation intellectuelle du jeune Lanzmann.
Quand Simone de Beauvoir, dite le Castor par ses proches, s'est liée avec Lanzmann, il avait 27 ans et elle 44. Il est le seul homme avec lequel elle ait cohabité. "La présence de Lanzmann auprès de moi me délivra de mon âge (...) car ma curiosité s'était beaucoup assagie", écrit-elle dans La Force des choses. Et lui : "Simone de Beauvoir était raisonnable, le Castor était encore plus folle que moi. C'est le Castor qui l'emporta." Expéditions en montagne trop dangereuses parce qu'ils sont mal équipés et frôlent l'accident fatal, passion de la corrida, curiosité insatiable. Quand on a lu Beauvoir, on la reconnaît à chaque page, illuminée par la tendresse avec laquelle Lanzmann évoque ses manies et ses angoisses. Sa frénésie de tout voir dans une ville, et de tout savoir, de tout raconter et reraconter, avec Lanzmann ce que lui a dit Sartre, avec Sartre ce que lui a dit Lanzmann... Jamais Simone de Beauvoir n'a été, de nouveau, aussi vivante. L'un des autres livres de ce texte pluriel est évidemment l'aventure extraordinaire de la réalisation de Shoah. Et ce moment essentiel où Lanzmann comprend que le sujet du film sera "la mort même, la mort et non pas la survie". La mort, qui est comme la scène inaugurale de ce récit puisque le premier chapitre commence ainsi : "La guillotine - plus généralement la peine capitale et les différents modes d'administration de la mort - aura été la grande affaire de ma vie." Pour parler de la mort comme le fait Lanzmann, pour réaliser Shoah, pour écrire Le Lièvre de Patagonie, il faut aimer la vie. La vraie vie. Passionnément.
Josyane Savigneau
LE LIÈVRE DE PATAGONIE de Claude Lanzmann. Gallimard, 550 p., 25 €.

samedi 2 mai 2009

Triangle (1972)

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45t et 33t ont accompagné enfance et adolescence à un rythme effréné. Souvent le pire a frôlé le meilleur. Les choix faits s’associent toujours à une époque, un lieu, une personne, un événement. Ils restent tapis dans un recoin de la mémoire. Une discussion, un air de radio, un souvenir, ouvrent la boîte et ravivent la nostalgie. Je n’ai pas toujours aimé Bach et l’Opéra, loin s’en faut. Il y a eu un avant pas toujours recommandable mais qui fut le mien. Je ne regrette absolument rien de mes choix d’antan et personne ne brûlera ma mémoire. Je vous la livre en vrac.
Puique nous parlions récemment du Groupe Martin Circus, parlons donc aussi de Triangle.
Triangle est un groupe français de rock créé en 1967. Un des premiers groupes de prog'rock français reconnu à une époque où la France copiait beaucoup du côté des anglo saxons.Le groupe est composé de Jean-Pierre PREVOTAT, Pierrot FANEN,Gérard FOURNIER .A réalisé un tube en 1970 "Peut-être demain". Un coffret est sorti en CD en 1997 reprenant l'intégrale du groupe. Le chanteur Gérard FOURNIER, surnommé « PAPILLON quittera le groupe pour tenter une carrière solo sans réussite . "Papillon" est aujourd'hui décédé . Au groupe se joindra François Jeanneau, adepte de jazz, il jouera au début des années 60, après 28 mois d’armée ou il a approfondi sa connaissance du saxophone ténor, au Club St Germain.
Durant l’été 71, le groupe n’arrête pas de tourner et fera, à l’ouverture du festival d’Aix en Provence une prestation très remarquée.
Il vont profiter de cette période pour participer à un double album, avec MARTIN CIRCUS camouflés sous le nom sibyllin d’ »EXPERIENCE », et qui regroupe des reprises et des titres créés pour l’occasion.
1972 « Viens avec nous » l’album de groupe, pochette double avec une photo en triptyque. Les quatre membres représentant la trilogie Armée, Justice terrestre ou divine et enfin dans leur propre rôle le peuple. Les chansons sont toutes aussi inspirées et c’est renforcé de musicien tel Jean-Michel Jarre, Georges Locatelli, Henri Texier ou Aldo Romano, François Cahen, pour la plupart issu du jazz, et qui étonnamment ont su conserver un esprit « POP » à l’enregistrement.
Ne soutenant pas l’orientation jazzy voulue par François Jeanneau, certains membres du groupe se retireront sans heurt.

jeudi 30 avril 2009

Jim Harrison

L'oeuvre de Jim Harrison danse, galope, tangue vers le large, embrasse l'infini d'un continent sans limites. Ses romans de font entrevoir en chacun de nous l'ombre portée du criminel, du tricheur et du saint. Le roman, pour Harrison, c'est la religion du délire. Il enivre les mots, les soûle à mort ; il écrit à tue-tête et bâtit des phrases où se devinent encore les ahans et les suées. Jim Harrison est un écrivain passionné, donc il nous passionne ! A 71 ans, Jim Harrison reste l'un des plus grands écrivains américains vivants. Né à Grayling, dans le Michigan, il n'a pas ressenti le besoin de s'exiler dans le Montana comme la plupart de ses amis. Grand amateur de pêche et de chasse, il a pourtant horreur qu'on le compare à Hemingway. Son coeur balance plutôt du côté de Faulkner...
Jim Harrison est né à Grayling, Michigan, et a fait ses études à l'Université du Michigan. A l’âge de huit ans, il perd son oeil gauche dans un stupide accident. A douze ans il décide de devenir écrivain lorsqu'il comprend que cette profession propose une façon de vivre plutôt séduisante. Dans ses premiers écrits il s'inspire largement de la vie de son père fermier, de l'origine scandinave de sa mère et de sa propre éducation en milieu rural. Il enseigne quelques temps à Stony Brook, Université de New York, dans le but de faire vivre sa femme et ses deux enfants, mais l'enseignement ne le satisfaisant pas, il retourne dans sa ferme du Michigan. Il connaît son premier succès littéraire avec sa poésie. Mais il est également célèbre pour ses romans. Il connut son heure de gloire avec Légendes d'automne, en 1979, adapté au cinéma, notamment grâce à l'acteur Jack Nickolson qui le finança pendant son écriture.
Jim Harrison chante l'Amérique profonde, l'Amérique des campagnes et des vastes étendues sauvages. Un amoureux de la nature. C'est un homme libre avide de découvertes, un contemplatif, un poète vagabond. "Marcheur, il n'y a pas de chemin... Le chemin se fait en marchant"
Une œuvre saisissante à lire absolument.

mercredi 29 avril 2009

Madame Bovary en ligne...

On l’attendait, c’est arrivé : les manuscrits de Madame Bovary sont depuis le 16 avril intégralement consultables en ligne sur le site du Centre Flaubert de l’université de Rouen. 4 500 feuillets ! Tout y est et même le reste : brouillons, plans… Centre trente flaubertiens, amateurs ou professionnels, tous bénévoles et mobilisés dans une douzaine de pays, ont unis leurs efforts pour vaincre ce défi à la transcription eu égard à la graphie difficile de l’écrivain. Un énorme chantier qui exigeait un travail d’équipe durant près de trois ans. L’entreprise a un côté “si tous les gars du monde”, revu et corrigé par l’internet, qui met du baume au coeur.
source : la république des livres.

dimanche 26 avril 2009

François Béranger 12

En octobre 90, j’ai reçu une lettre anonyme que je reproduis ici :« La violence des mots, des images, s’oppose à l’édulcoré, au gentil, au bien léché, au bien sucé, à la variette, au non-dit. A cette provocation répondent souvent indifférence ou hostilité médiatiques. Normal. Ce monde a une réalité, mais défense d’en parler hors normes. Tes chansons ont toujours été des urgences, des coups de boutoir à l’emporte-pièce, qui n’ont pulvérisé ni tes rêves ni ta tendresse. La beauté sera convulsive ou ne sera pas». Sur mes chansons je ne ferai aucun commentaire. Ce que j'ai à dire y est contenu. Qu'on les écoute attentivement est ce qui peut leur arriver de mieux. Elles sont l'expression de mes convictions ou de mes expériences. Aucune n'est artificielle, concoctée pour plaire. Je ne fabrique pas de produits à la mode. Le suivisme et le mimétisme ne sont pas mon fort. Je crois qu'on est bon quand on est soi-même. Je crois aussi, majeure ou mineure, que la chanson est une forme d'art et que l'art doit être subversif, bousculer les idées reçues, les formes existantes. Je me trouve bien timide dans le domaine de la subversion... Si c'était à refaire j'essaierai d'aller plus loin, de taper plus fort, voire d'être démago, comme certains, pour gagner plus d'audience. (Mais la pratique de la démagogie à outrance serait en contradiction avec ce que je suis : incapable, sans rire de moi-même, de me livrer à la comédie mensongère de certains engagements de pur opportunisme...) Sur scène, j'ai toujours distancié. Mon comportement a toujours voulu dire : une chanson n'est qu'une chanson, pas un fusil ou une grève; je ne suis pas une star, mais un mec comme vous, ni prophète ni messager; les drames, les conflits, les dénonciations n'empêchent pas le rire, le sourire et l'humour; passons un moment ensemble... Ça n'implique pas l'amateurisme : j'ai toujours essayé de présenter des spectacles bien ficelés musicalement et techniquement. Ces chansons, bref, j'ai essayé de les rendre efficaces. Je n'y suis pas toujours parvenu. Leur taux de réussite, selon mes critères, restera mon secret ...

samedi 25 avril 2009

Marrakech Express 17

Créé un siècle après celui de Fès, en 1558, le mellah de Marrakech a abrité, jusqu’au milieu du 20e, plus de 30 000 juifs. A deux pas du Palais Badi, il est aujourd’hui un quartier populaire débordant d’activités.De sa petite place centrale partent quatre rues principales à angles droits d’où sont rattachées de nombreuses ruelles perpendiculaires. Pour y accéder, deux portes percent les hauts murs à l’intérieur desquels se trouve un univers clos, ombragé, mystérieux et pourtant bien organisé. C’est ici que vécut jusqu’à la moitié du siècle dernier la population juive de Marrakech. Construit sur ordre du sultan Moulay Abdallah, il ne reste plus de cette époque révolue qu’une unique synagogue et un cimetière juif. Aujourd’hui quartier populaire, le mellah abrite une activité foisonnante, à commencer par son marché aux épices.
Ce dernier occupe une partie du marché couvert, juste à l’entrée. Les nombreuses échoppes aux volumineux cônes de cumin, coriandre, ras-el-hanout, curcumin… se succèdent dans un dégradé de jaune, de rouge et de beige. Une criée aux épices a lieu tous les jours à 16h30. Dans ce même secteur, vous trouverez une multitude de tissus très bon marchés. Possibilité d’y faire confectionner des coussins, des rideaux ou de faire recouvrir banquettes et fauteuils. Un peu plus loin, deux anciens foundouks - équivalent marocain du caravansérail oriental, du khan égyptien et de l’oukala tunisien - ont été reconvertis en entrepôt pour herbes médicinales et aromatiques. On y trouve également toutes sortes de produits de beauté traditionnels : pierre d’alun, souak, savon d’Alep, pierre ponce, khella, khôl, aker… En suivant la rue principale – admirez les quelques balcons en bois qui lui donnent des airs espagnols -, on arrive à la synagogue (ne pas hésiter à demander son chemin). Tenue par un charmant vieux monsieur, elle se trouve dans un ancien riad couvert de zelliges bleus et blancs, occupé par une famille musulmane. Autour du patio, vous remarquerez les inscriptions en hébreu qui courent tout atour du riad.Revenez en arrière, jusqu’à la kisseria des bijoutiers, à côté du marché couvert. Dans deux galeries, dont une autour d’un petit patio, se trouve une quarantaine d’échoppes où sont vendus bijoux en or et en argent, autrefois l’une des spécialités dans lesquelles excellaient les juifs. ils ne sont plus guère nombreux : à peine 6 000, contre 260 000 en 1948. Au dernier recensement, 250 vivraient encore à Marrakech, dont une petite poignée dans le mellah.

vendredi 24 avril 2009

Jérusalem par Jordi Savall

Jérusalem, le dernier album de Jordi Savall, est né d’une demande de la Cité de la musique pour un concert autour des trois monothéismes. Pour cet éminent spécialiste des musiques anciennes et de la viole de gambe, spiritualité a toujours rimé avec musique. C’est au travers d’une chorale liturgique, dans son Espagne natale, que le jeune Jordi fit la connaissance, dès l’âge de 6 ans, de la voix et de la beauté du chant.
Pour la genèse de ce projet, il faut remonter à 2007, au moment où nous recevons de La Cité de la Musique la demande de préparer un nouveau projet, (pour avril 2008) autour d’un cycle de concerts sur les trois principales religions monothéistes. Après quelques jours de réflexion, nous avons tout de suite pressenti que la ville de Jérusalem pouvait nous offrir le sujet idéal. Ce sujet permettait de faire une très forte et belle démonstration de la grandeur et de la folie de l’histoire d’une ville, avec toute la problématique d’un lieu qui continue encore aujourd’hui de marquer les limites et les faiblesses de notre civilisation, spécialement avec la recherche d’une paix juste et valable pour tous et avec la difficulté de se mettre d’accord entre orient et occident sur les fondements mêmes de la véritable dimension spirituelle de l’homme. L’évocation de quelques-uns des moments essentiels de l’histoire et de la musique d’une ville comme Jérusalem, avec ses plus de 3000 ans d’existence, semblait à priori un pari démesuré, presque impossible. Car en effet, l’espace d’une édition discographique, même si elle est hors du commun par rapport aux normes habituelles, reste très limité pour un livret de plus de 400 pages traduit en huit langues et deux SACD de 78 minutes. Avec Montserrat Figueras et Manuel Forcano, nous avons pris conscience dès le début, qu’il fallait non seulement évoquer son parcours unique, par ses répercussions universelles, mais encore qu’il était évident que cette évocation –qui devenait en même temps un fervent hommage– ne serait possible, que si l’on tenait compte des témoignages essentiels de chacun des principaux peuples, des cultures et religions qui l’ont façonnée tout au long de son histoire, histoire très riche en événements depuis toujours extrêmement dramatique et conflictuelle. Histoire ou mythologie, légende ou réalité, chants ou musiques, tout dans cet univers semble vouloir synthétiser à travers « Le Pouvoir de la Musique », les enjeux essentiels de la civilisation de l’homme, dans l’espace d’une ville, qui dès le départ est devenue sacrée et mythique pour les trois principales religions monothéistes.Pour aborder ce projet, il fallait réunir un ensemble de musiciens, de différentes traditions, et provenant des principaux pays et cultures qui ont eu un rôle marquant dans les événements anciens et actuels. Ce pour quoi, en plus des musiciens habituels d’Espagne, de France, d’Angleterre, de Belgique et de Grèce, qui constituent l’équipe des solistes vocaux et instrumentaux d’Hespèrion XXI et de La Capella Reial de Catalunya, nous avons invité quelques chanteurs et instrumentistes Juifs et Palestiniens d’Israël, et aussi d’Irak, d’Arménie, de Turquie, du Maroc et de Syrie, formés et spécialisés dans des cultures musicales très anciennes et souvent transmises par tradition orale. Il était nécessaire de présenter une sélection significative des différentes musiques propres aux peuples qui tout au long de l’histoire de Jérusalem l’ont habitée avec leurs rêves et leurs tragédies, avec leurs espoirs et leurs malheurs. Cette sélection n’aurait pas été possible sans les nombreux et importants travaux de recherche historique, musicale et organologique réalisés par des grands maîtres comme A.Z. Idelsohn, Amnon Shiloah, Samuel G. Armistead, Isaac Levy, Rodolphe d’Erlanger, Charles Fonton, et R. Lachmann, pour les musiques orientales (juives, arabes et ottomanes), H.J.W. Tillyard, pour la musique byzantine, Pierre Aubry et Gordon Athol Anderson pour les musiques des croisades, sans oublier l’apport essentiel de tous les musiciens, chanteurs et collaborateurs qui ont, avec leur talent et leur expérience, participé d’une manière déterminante à la réalisation finale de ce projet ; je pense spécialement à Montserrat Figueras, Manuel Forcano, Yair Dalal, Lior Elmalich, les musiciens du groupe Al-Darwish, Gaguik Mouradian, Razmik Amyan, Dimitri Psonis, Driss El Maloumi, Mutlu Torun, Omar Bashir, Begoña Olavide, Pedro Estevan, Jean-Pierre Canihac et l’ensemble « trompettes de Jéricho », Andrew Lawrence-King et tous les chanteurs et instrumentistes Hespèrion XXI et de La Capella Reial de Catalunya. Jamais je n’avais réalisé un projet où l’implication personnelle de tous les participants ait été si essentielle et déterminante.La musique nous permet un regard plein d’émotion et de lumière sur des légendes, des croyances et des événements qui représentent un fabuleux concentré de vie, de culture et de spiritualité en symbiose avec ce qui se passe dans le monde. Fortement marquées par la présence historique des principales religions monothéistes, la Juive, la Chrétienne et la Musulmane, l’histoire et les musiques de Jérusalem sont le reflet d’un vécu unique, dans lequel les guerres et les conflits les plus extrêmes accompagnent les faits et gestes les plus élevés et spirituels de toute l’histoire de l’humanité. Pour donner forme à un programme musical et historique si complexe, il fallait trouver une structure originale imaginée à partir des sources mêmes du sujet que nous présentons divisé en sept chapitres contenant chacun les moments clés de son histoire. Trois chapitres centraux comportent un choix des musiques les plus représentatives des trois principales périodes relatives aux trois religions monothéistes : La Ville juive est évoquée depuis l’époque de sa fondation jusqu’à la destruction du temple, avec le son évocateur du shofar, une sélection des plus beaux psaumes de David tels qu’ils étaient conservés dans la très ancienne tradition des juifs du sud du Maroc, une danse instrumentale et un texte récité en hébreu du Rabbin Akiba. La Ville chrétienne est évoquée depuis l’arrivée en l’année 326 à Jérusalem de la reine Hélène, mère de l’empereur Constantin, jusqu’à la défaite des croisés avec la conquête de la ville par Saladin en 1187 et définitivement par les musulmans en 1244. L’époque est représentée d’abord par un des plus anciens chants à la croix, attribué à l’Empereur Leo VI (886-912), suivi du terrible appel à la guerre sainte (1095) du Pape Urbain II, récité en français. Le pouvoir de la musique au service de la guerre est illustré avec trois des plus célèbres et plus beaux chants de croisades, une brève improvisation sur la chanson « Pax in nomine Domini » nous rappelle la défaite de 1244.Enfin nous évoquons la Ville arabe et ottomane, de 1244 jusqu’à 1516 pour la période arabe, par des improvisations au Oud et le chant de la Sourate XVII, 1 qui nous raconte comment le prophète Mahomet va au ciel depuis le Rocher du Temple, complétés par une danse du Soma (tradition Soufi) et le chant Sallatu Allah. La période ottomane qui va de 1516 jusqu’en 1917 est symbolisée par le Makkam Uzäl Sakil « Turna » du manuscrit de Kantemiroglu (XVIIe Siècle), la recréation de la légende sur le Songe de Soliman le Magnifique (1520) récité en turc, et une des plus belles marches guerrières ottomanes du XVIe siècle. Un quatrième chapitre dédié à la Jérusalem « Ville de pèlerinage », avec trois chants représentatifs de pèlerinages : le premier sur des textes de Rabbi Yehuda ben Shmuel haLévi, (rabbin, philosophe, médecin et poète séfarade, né à Tudela dans l’émirat de Saragosse en 1085 et surnommé le Chantre de Sion) ; le deuxième sur l’une des Cantigas d’Alfonso X le Sage (1221-1284), qui explique un des miracles de Santa Maria sur une femme pèlerin durant son voyage à la ville sainte et finalement le troisième sur un texte du plus connu des voyageurs arabes, l’explorateur marocain Ibn Battuta (Tanger 1304 - ? 1377). Un cinquième chapitre dédié à Jérusalem « Terre d’asile et d’exil », avec deux émouvants chants d’exil et deux chants d’asile : Le Romance Palestina hermoza y santa de la Diaspora Séfarade, un lamento palestinien, une « plainte » arménienne en souvenir du génocide de 1915, et un bouleversant chant ashkénaze sur le génocide perpétré par les nazis durant la deuxième guerre mondiale. Finalement, les deux chapitres qui complètent le chiffre 7 se réfèrent à l’une des étymologies expliquant le nom de la ville de Jérusalem, traduisant son nom en hébreu comme « la ville des deux paix » et faisant une claire référence métaphorique à la « paix céleste » aussi bien qu’à « la paix terrestre ». La paix céleste qui nous sert de prélude, proclamée et promise par les prophètes qui y vécurent ou y passèrent est évoquée avec trois anciens chants correspondant à chacune des trois religions monothéistes : un Oracle Sibyllin provenant d’une source juive du IIIe siècle av. JC, un chant arabe de source soufi sur la Sourate I, 27, et un chant sur l’Evangile Cathare du Pseudo Jean V, 4, conservé dans le célèbre manuscrit du couvent de « Las Huelgas » (XIIe Siècle). La conclusion est laissée à l’évocation de « la paix terrestre », une paix qui a toujours été désirée par les politiques de toutes les époques qui l’ont gouvernée pendant plus de cinq mille ans répertoriés par l’histoire. Nous l’avons symbolisée par des « vœux de paix » arabes, juifs, arméniens (orthodoxes) et latins (catholiques), et par une mélodie transmise par tradition orale conservée vivante jusqu’à nos jours dans presque toutes les cultures méditerranéennes. Cette mélodie est chantée individuellement par tous les participants en grec, arabe (du Maroc), hébreu, arabe (de Palestine), espagnol, de nouveau en grec (par l’ensemble vocal), ladino (berceuse), à trois voix (en grec, hébreu et arabe), puis en version instrumentale orientale et à la fin chantée ensemble en forme chorale avec toutes les langues superposées, symbolisant ainsi que cette union et cette harmonie ne sont pas une utopie, mais un fait atteignable si l’on est capable de vivre et de sentir pleinement le pouvoir de la musique. En colophon à cette fin optimiste, « les trompettes de Jéricho » reviennent de nouveau, mais cette fois-ci pour nous rappeler qu’il y a encore trop de murs qui séparent les esprits des hommes, des murs qu’il faudrait d’abord ôter de notre cœur avant de réussir à les détruire à l’extérieur par des moyens pacifiques.Dans ces temps anciens, le pouvoir de la musique est toujours très présent. De toutes les sources historiques, la Bible constitue la principale et la plus riche pour la connaissance de la musique dans les époques les plus anciennes. La musique et la danse sont très présentes dans la vie quotidienne mais aussi dans les cérémonies religieuses, sans oublier les batailles. C’est justement dans une des légendes les plus anciennes que se manifeste le pouvoir de la musique, avec les trompettes de Jéricho. Plus que la musique en elle-même, ici ce sont des sons, plutôt des dissonances si fortes et intenses, produits par plusieurs centaines d’instruments si puissants qu’ils finissent par détruire les murailles.Dès le début, il nous a paru vraisemblable qu’un des instruments les plus anciens existant, le Schofar ou corne de bélier d’Abraham, a dû participer d’une manière essentielle à cette bataille au côté des anciennes trompettes orientales, aujourd’hui connues comme añafiles ou annafirs. Cette première hypothèse nous a été confirmée durant nos recherches, par le témoignage de l’abbé Nicolas, du monastère bénédictin de Thingeyrar en Islande, qui alla en Terre Sainte quatre ou six ans après la composition de la chanson de croisade Chevalier mult estes guaritz (datée de 1146), où il trouva les trompettes de Jéricho avec les Shofars à côté du bâton de Moïse (mentionné dans cette chanson) dans la chapelle Saint-Michel de l’un des palais de Constantinople (Bucoleon). Ceci est confirmé dans l’inventaire d’Antoine, archevêque de Novgorod, qui dit plus précisément qu’il est gardé entre une des trompettes de Jéricho et les cornes de bélier d’Abraham (Riant, Exuviae Constantinopolitanae, Genève 1878). La partition que nous avons imaginée pour cette fanfare ne peut définir aucune note, étant donné que chaque instrument a une intonation totalement différente. Il s’agit donc d’une construction et d’une superposition complètement aléatoires de sons, tenant compte du langage caractéristique de ces instruments primitifs, structurés avec des rythmes et des dynamiques de base communes assez précises individuellement, mais libres dans l’ensemble. L’effet sonore réalisé par les 14 instruments et les tambours, doit être imaginé multiplié par 30 ou 50 si l’on veut s’approcher de l’effet produit dans la réalité par les légendaires trompettes de Jéricho.Un autre exemple du pouvoir de la musique que nous voulons signaler se situe à l’extrême opposé de la violence sonore. Ici ce ne sont pas les sons qui désintègrent la matière, mais les sons qui nous bouleversent par la profonde force de l’émotion et de la spiritualité d’une prière chantée. À Auschwitz en 1941, avant d’être exécuté, Shlomo Katz, un des condamnés juifs d’origine roumaine, demande la permission de chanter le Chant aux morts El male rahamim. La beauté, l’émotion et la manière de chanter cette prière pour les morts, impressionne et touche à tel point l’officier qui était en charge de l’exécution, qu’il lui accorde la vie sauve et lui permet de s’évader du camp. L’enregistrement que nous diffusons fut enregistré quelques années plus tard, c’est un document historique exceptionnel en tant que mémoire du vécu, en tant qu’ hommage offert en souvenir et comme prière pour toutes les victimes de ces camps de l’horreur (enregistrement dans le CD qui accompagne la publication de H. Roten sur les Musiques Liturgiques Juives, Paris 1998). C’est alors qu’on se rend compte combien est juste l’affirmation d’Elias Canetti, quand il nous dit : « la musique est la véritable histoire vivante de l’humanité, on y adhère sans résistance car son langage relève du sentiment, et sans elle, nous ne détiendrions que des parcelles mortes ». En mot de la fin, de toutes les mille différentes étapes de cette riche histoire de Jérusalem, nous avons sélectionné celles qui nous ont semblé les plus significatives, illustrées avec des chants, des musiques et des textes essentiels, le tout formant une fresque multiculturelle qui propose quelque chose de plus qu’un simple programme d’enregistrement ou de concert. Ici la musique devient le conducteur essentiel pour atteindre un véritable dialogue interculturel entre des hommes appartenant à des nations et des religions très différentes, mais qui ont en commun le langage de la musique, de la spiritualité et de la beauté.
JORDI SAVALL São Paulo, 16 septembre 2008