mercredi 29 avril 2015

Paradis du jouet 2015




Jouets anciens et récents. Exposition de miniatures. Marché de producteurs. Brocante et vide grenier. Buffet et buvette sur place.
Dimanche 3 mai, gymnase du lycée agricole d'Ahun à partir de 8h. Entrée libre.

samedi 25 avril 2015

Peaky Blinders




Il est rare que dans ces pages je me laisse aller à évoquer une série. Je dois être hors du temps. Je ne suis pas assez addict au point de tout regarder et surtout de tout apprécier. Bien des séries, parfois ô combien populaires, me laissent de marbre et m’insupportent tant  les qualités cinématographiques et scénaristiques  sont des plus médiocres et des plus pitoyables. La seule série  à avoir trouvé grâce à mes yeux à ce jour reste "Un village français" tant sur le plan de la  reconstitution historique que du scénario qui évite tout manichéisme. 
Avec,il est vrai un peu de retard, je me suis laissé tenter par la thématique d'une série,  une "gangster-épopée" au plus près de la rue, dotée De personnages solides, habités de rêves de grandeur, les pieds campés dans les flaques des bas-quartiers.
 "PEAKY BLINDERS" est librement inspirée de l'histoire d'un gang qui apparait dans les rues de Birmingham dans les années 1890, soit près de trente ans avant l'époque où se déroule la série.

Propulsée en quelques décennies au rang de deuxième cité d'Angleterre et de capitale industrielle, Birmingham battait à la fin du XIXe siècle tous les records de mortalité, d'alcoolisme, de jeu, de violences, d'agressions contre les policiers. Cinquante-huit pour cent des habitants y vivaient sous le seuil de la pauvreté. Les terrace houses (cités ouvrières) donnent une vision assez fidèle des conditions apocalyptiques dans lesquelles vivait ce prolétariat urbain, entassé dans des taudis en centre-ville, à proximité des usines, dans un air irrespirable.


© Tiger Aspect

Sur le plan vestimentaire, le Peaky Blinder se rapproche du hooligan dont le journal Daily Graphic donne en 1900 la description suivante : "Tous portent un drôle de cache-col autour du cou, une casquette ramenée de façon désinvolte sur le devant de la tête couvrant bien le regard, et des pantalons très étroits au genou et très évasés sur les pieds. L'élément le plus caractéristique de leur uniforme est la large ceinture de cuir avec une boucle de métal. Ce n'est pas très décoratif, mais il est vrai que ce n'est pas fait pour cela.
© Tiger Aspect

Les Peaky Blinders (littéralement "visières aveuglantes") ne se distinguaient du voyou victorien que par une coquetterie au niveau de la casquette. Pour le sociologue anglais Alfred Chinn, le gang tire son nom des peakys, nom que l'on donnait aux casquettes à visière de l'époque. Pour d'autres (comme on le voit dans la série), cette appellation tenait au fait que des lames de rasoir, des pièces cassées ou des morceaux d'ardoise étaient cousus dans la visière, laquelle servait à sabrer le front d'un adversaire, l'aveugler momentanément par le sang versé et le rouer de coups. En tout état de cause, il ne faisait pas bon croiser un membre de cette confrérie, rendue fameuse aussi par ses jets de bouteille en pleine figure et ses coups de ceinture à boucle métallique.

Une jeunesse pauvre contre l'ordre établi

Les Peaky Blinders ne tiraient pas leur fierté de leur force, mais de leur habileté à anéantir un adversaire et à le voler. Ils se montraient aussi d'une grande loyauté envers leur famille et leur mum, et mettait un point d'honneur à défendre leur rue.
En fait de crimes, deux d'entre eux ont été condamnés pour avoir volé une bicyclette, un autre pour être entré par effraction chez un drapier, et un autre enfin pour "fausses prétentions"... On est loin de la palette d'exactions auxquelles se prête la famille Shelby dans la série : meurtres, recel d'armes, vols, contrebandes, paris truqués, etc.

© newsteam De gauche à droite, les portraits des Peaky Blinders Harry Fowler, Ernest Bayles, Stephen McHickie et Thomas Gilbert tirés des archives photos - West Midlands Police Museum

En réalité, les Peaky Blinders posaient avant tout problème aux autorités par leur révolte, celle d'une jeunesse pauvre contre l'ordre établi. Ce phénomène national a atteint des proportions plus importantes à Birmingham où, pour l'année 1898, on recense 564 agressions contre des policiers.
En 1899, un nouveau directeur de la police, Charles Haughton Rafter, reconnu pour son action sévère à Dublin, prend la situation en mains et recrute deux cents gros bras supplémentaires venus directement d'Irlande. La série fait allusion à cet épisode à travers le personnage de l'inspecteur Campbell (Sam Neill). Dès le début des années 1900, les Peaky Blinders quitteront la scène. Mais pas pour Steve Knight, qui a imaginé leur retour en 1919, dans une soupe anglaise bien épicée où nos gangsters, revenus de la guerre, côtoient d'autres crapules, des membres de l'IRA, des communistes et des policiers, le tout sous le regard sourcilleux du jeune Winston Churchill.
Dans cette série les références aux grandes fresques mafieuses abondent. Le plan d'un gamin courant dans la rue avec en arrière plan les hautes cheminées d'usine de la cité ouvrière évoque directement Il était une fois en Amérique. Tommy, le chef de meute noie comme Noodles ses traumas dans l'opium. Ce leader-né, contrôlant sa famille, ses frères, sa sœur et prêtant une oreille encore attentive aux conseils de sa tante. Son ascension apparait d'emblée inéluctable et laisse rapidement deviner les tragédies qui en découleront.



Au delà de ces références, Peaky Blinders trouve rapidement son propre style. L'alchimie nous saisit comme une claque. Impossible de ne pas être sensible à une direction artistique impériale, cette photographie de peintre flamand arrosé au whisky pur malt, cette B.O rude enflammée par le Red Right Hand de Nick Cave and the Bad Seed.





A voir absolument. 


lundi 20 avril 2015

Les 24 heures solex de Nouziers 2015


              Christophe SEBERT 


Nouziers est une commune rurale de 250 âmes, située au nord du département de la CREUSE en limite du département de l'INDRE et à deux pas des départements du CHER et de l'ALLIER.

Chaque année les habitants, les natifs de la commune et tous les sympatisants (de toutes les générations) organisent différentes manifestations.

Tous ces bénévoles, animés d'une grande volonté, font régner dans ce petit Bourg une ambiance simple et amicale. 

Les 23 et 24 mai 2015 se tiendront à Nouziers, la nouvelle édition des 24 heures du solex sur un circuit de 3,65 km. 





Lors de l'édition 2014 Karavan Papou à découvert l'événement et suivi l'équipe SEBERT numéro 111 voir lien NOUZIERS 2014. Il couvrira l'édition 2015 dans son intégralité pour la même équipe.

Mais où a pris naissance cette idée saugrenue d'organiser un "Bol d'or" du solex ?


1986 : Naissance d'un club de Solex à Ste Feyre qui se rapproche du Comité des Fêtes de Nouziers pour organiser la 1ère course de 6 heures sous l'égide de la FFM. Création du "Solex Club Nouziers Ste Feyre". La date de la course retenue est celle de la Pentecôte qui offre un week end de 3 jours.

A partir de 1987 : Décision de passer à 24 heures, la course est organisée conjointement entre le Comité des Fêtes de Nouziers et Le Solex Club Nouziers Ste Feyre.

En 1995 : reportage de la chaîne de télévision Planète.

A partir de 1998 : Course de 24 heures organisée par le Comité des Fêtes de Nouziers sous le règlement UFOLEP

En 2010 il y avait 99 équipages classés ce qui constitue le record de participation depuis 25 ans.

En 2002 : reportage de France 2 télévision pour l'émission Douce France, 

En 2006 : c'était le 20 ème aniversaire de la course de 1986 qui n'avait duré que 6 heures, l'année suivante les 24 heures ont débuté.




la team SEBERT





Le solex utilisé pour les courses est celui de nos "grands-mères" soit ni plus ni moins qu'un vélo avec un moteur au-dessus de la roue avant, entraînée par un galet et d'une cylindrée de 49,9 cm3.

En course, il est accepté des solex de type 1700, 2200, 3300, 3800, 5000. Les Flash et Ténor sont refusés. La cylindrée maximale autorisée est de 50 cm3, mais avec les catégories ci dessous, on peut pas mal bricoler ...

Les différentes catégories en course UFOLEP à Nouziers sont, de la plus simple à la plus compliquée : Origine, Origine améliorée, Promotion, Prototype, Super Prototype.

Programme SOLEX 2015 :

SAMEDI 23 MAI 2015 :

12-13 h Essais chronométrés 

14-16h30 : Balades à la découverte du circuit en solex d'origine. 
Démo des 5 kartings 
17 h : Départ des 24 h 
Départ en grille, style 24 h du Mans


DIMANCHE 24 MAI 2015 : 

17 h : arrivée des 24 h
17 h 30 : animations 
Possibilité de balades sur le circuit moyennant une petite participation financière.
18 h 30 : remise des récompenses


Restauration sur place (Self - Pizzéria - resto rapide) Buvettes tout au long du week end

venez nombreux


mercredi 15 avril 2015

Le bonjour d'Hannah


                                                   Cliquez sur les images pour les agrandir













lundi 13 avril 2015

Livane



Le chaos du métro parisien, le ferraillement des rames, son flot d'inconnus déversé sur les quais et les musiciens qui jouent mal, trop fort et hurlent dans les couloirs. J'en avais perdu l'habitude depuis mon installation en province. Je dois avouer que cela ne me manque pas. Avec le temps je deviens sauvage.
 Cependant vendredi dernier au hasard d'une déambulation entre deux lignes un air de guitare et une voix mélodieuse m'ont charmé et aussitôt attiré vers elles, tel un chant de sirène. Et quelle sirène. J'ai laissé passer trois rames pour écouter chanter Livane « musicienne, chanteuse, comédienne, auteur compositeur… bref: une artiste complète qui depuis quelques semaines partage sa musique avec les voyageurs de la station République. » Un enchantement que je vous conseille d'allez vivre en concert. 

lien vers son mini album : Livane
et retrouvez là sur Facebook : Livanemusic pour ses dates de concerts.


mercredi 25 mars 2015

Parpaillon de Luc Moullet (1993)




L'ascension du col de Parpaillon lors du rallye annuel. Deux cents instantanés sur les participants qui disent beaucoup sur l'épreuve mais aussi, et surtout, sur notre société...


« Ce n'est pas dit que tous ceux qui ont des voitures sont des crétins, mais tous les crétins ont des voitures[…] le vélo, c'est la culture et la bagnole c'est la barbarie. »

Si quelques voitures font leur apparition dans les films de Luc Moullet (elles sont même au centre des Naufragés de la D17), on enfourche bien plus souvent son vélo. On se rappelle ainsi de la séquence mémorable d'Anatomie d'un rapport où notre acteur-réalisateur explique que chevaucher sa bicyclette permet de dépenser son énergie sexuelle aussi efficacement qu'en étant au lit. Il fallait bien qu'un jourMoullet se décidât à faire un film sur les deux-roues...


Le col du Parpaillon - dont Moullet suit l'ascension à l'occasion d'un rallye annuel - est réputé comme étant avec ses 2 637 m le plus dur des Alpes. C'est une route sauvage, non goudronnée, ce qui permet au cinéaste de filmer un paysage d'avant l'ère de l'automobile (qui en prend pour son grade durant tout le film). Le film est construit sur une série d'instantanés : lutte des cyclosportifs et des cyclotouristes, député suivi par une équipe de télévision, tricheurs en tous genres, compétiteurs acharnés ou paisibles promeneurs. En passant d'un personnage à un autre, Luc Moullet montre qu'existent dans cette course aussi bien la solidarité que les coups bas, l'instrumentalisation que la passion du sport, le plaisir que le défi... bref, que cette course reflète ce qu'est notre société.

 


Ce dispositif peut-il tenir la route pendant 1h 24 ? Et bien oui, Luc Moullet faisant preuve d'un immense talent de caricaturiste. Il parvient à faire vivre un personnage en deux trois détails, le caractérisant avec une économie de moyens extraordinaire tout en ne l'enfermant pas dans un unique rôle, dans une case, mais en ouvrant au contraire à chaque fois l'espace de sa vie. Moullet écrit le film au moment du tournage. Le matin, il découvre ses acteurs et c'est en les mettant en situation qu'il va chercher la surprise, l'imprévu, ce qui va faire qu'une histoire surgit. Et pourtant le film est très précis, travaillé, pensé, et n'a rien d'une succession de saynètes sans queues ni têtes placées à la va-comme-je-te-pousse. Moullet revient sur certains des personnages, reprend des situations, fait s'entrecroiser des récits, construisant une vraie dramaturgie à partir de ces instants épars.


Il met en scène ce petit monde (il y a près de deux cents portraits dans le film !) des fous de la pédale avec une profonde tendresse teintée de douces touches d'ironie. Les dialogues sont drôles et délicieusement absurdes, le jargon des spécialistes du cyclisme devenant une étonnante poésie qui réveille nos oreilles. Drôles et absurdes également les monologues des participants, qui se laissent aller à des dérives mentales (1)au fur et à mesure qu'ils avalent les kilomètres.

Parpaillon c'est aussi de l'amour, des coups tordus, du suspense, du sexe, de la violence, des révélations mystiques... Moullet s'amuse par cette accumulation d'histoires et d'instantanés à contredire à chaque minute de son film ce journaliste qui râle, car il n'y a pas matière selon lui à faire un sujet de plus de vingt secondes sur cette ascension « sans blessés ni accidents »... Aveuglement de l'homme de média incapable de voir toutes les histoires qui se déroulent sous ses yeux.



(1) Parmi ces monologues, celui de Luc Moullet qui cite une de ses critiques de cinéma en montant une côte, associant ainsi de façon humoristique la prose du critique à un délire...




dimanche 1 mars 2015

Yachar Kemal



Dans mes bibliothèques d'ici et d'ailleurs, j'ai bien des amis disparus. A chacune de mes visites, je lis leurs noms sur la tranche de leurs livres comme on pourrait le faire sur un monument funéraire. Je les effleure du bout des doigts pour les remercier de m'avoir appris à aimer. De tant à autre, j'ouvre un de leurs livres au hasard et cet ami me parle, preuve s'il en est qu'il est encore vivant et le restera toujours jusqu'à ce que moi aussi j'aille les rejoindre.


Aujourd'hui un homme est mort. C'était un de mes amis de papier. Un de plus me direz-vous. Je le connaissais depuis quarante ans. J'avais alors un peu plus de vingt ans et découvrais grâce à lui cette plaine de Tchoukourova, cette plaine neigeuse aux plants de côton à l'infini, parcouru bien des fois au côté de Memed qu'il m'avait présenté.

Aujourd'hui en apprenant sa mort, j'ai lu le texte qui suit, lequel vous en apprendra sur mon ami de papier bien plus que je ne pourrais le faire moi-même. Ce texte avait été déjà été emprunté par un ami du disparu qui  avait eu la chance de le rencontrer en Turquie de son vivant. Cet admirateur est un musicien. Un musicien dont j'écoute depuis l'aube la musique en hommage à mon ami disparu. Ce musicien se nomme Titi Robin et en cliquant sur son nom je vous renvois vers l'hommage à notre ammi commun sur son blog

Figure incontournable de la littérature turque, traduit dans le monde entier et plusieurs fois cité comme pouvant obtenir le prix Nobel : l'écrivain Yachar Kemal est mort ce samedi 28 février dans un hôpital d'Istanbul à l'âge de 92 ans. Il était notamment l'auteur de la saga des "Mèmed le mince"






Mèmed est le premier cycle romanesque de Yachar Kemal, dont l’écriture l’a occupé pendant plus de trente ans. Le tome I a été publié en turc en 1955, le II en 1969, le III en 1984, le IV en 1987. Les lieux, les personnages et leur psychologie s’enracinent directement dans l’enfance de Kemal, né dans une tribu turkmène, dans une famille où l’on rencontrait aussi bien des bardes qui célèbrent les hauts faits des vivants et des morts et la splendeur de la nature que des bandits d’honneur qui avaient « pris le maquis », brigands qui serviront de modèles au personnage de Mèmed. La mère de Mèmed est une jeune veuve et l’enfant travaille dur dans les champs de coton, dont il revient le soir tout ensanglanté par les chardons qu’il doit arracher, pour assurer leur survie. L’agha local, un de ces paysans parvenus et sans scrupule qui ont les pleins pouvoirs sur les faibles, s’en prend à ces deux êtres sans défense. C’est là que la révolte de Mèmed prend racine et c’est ce qui fait de lui un bandit au grand coeur réfugié dans la montagne. Sa révolte ne fera que croître au cours de nombreux épisodes, dont le principal est l’amour passionné et partagé de Mèmed pour Hatché, la jeune fille qu’il enlèvera au mépris des plans de mariage décidés par l’agha. L’argent volé aux paysans, la corruption, les trafics en tout genre, l’arbitraire, l’avidité, voilà contre quoi Mèmed va lutter tout au long de cette épopée dont les rebondissements trouvent leurs sources dans la ruse et la cruauté des accapareurs de terres qui dépouillent une population sans défense, mais aussi sans courage. Le bandit d’honneur qu’est Mèmed sauve parfois la vie des faibles, plus souvent encore leur honneur et leurs droits en usant de ruse, de violence et de meurtre. Si le terreau de l’enfance est la première source de Mèmed, une grande culture littéraire a permis à Kemal d’en opérer la transformation en chef-d’oeuvre épique.






Parties du texte de Chris Kutschera, journaliste et écrivain français, spécialisé sur le Moyen-Orient et particulièrement sur la cause kurde.


(...) “L’acte de création est certainement le phénomène le plus important de l’humanité... Quel rapport y-a-t-il entre l’existence de l’artiste, et l’oeuvre? Quelles causes poussent un homme à écrire, à créer? Ces questions fondamentales, cette question qui est sans doute la question majeure de l’histoire de l’humanité, n’a jamais été élucidée”... 

Son enfance commence comme un de ses livres, dans la violence et le sang, par un meurtre. Il avait quatre ans et demi quand son père a été assassiné, à côté de lui, dans une mosquée, par un fils adoptif: “On n’a jamais su pourquoi il a assassiné mon père. Le plus invraisemblable, c’est qu’il adorait mon père... 

Mais si Yachar Kemal a souvent raconté cet épisode (..) on sait moins qu’après ce drame horrible il a soudain commencé à bégayer, jusqu’à l’âge de 12 ans. “A l’école primaire, on ne me faisait jamais parler au tableau, je pouvais seulement écrire... Mais quand je chantais, je ne bégayais pas”.

lorsqu’il raconte dans ses livres ces meurtres entre parents, entre membres d’un même clan, lorsqu’il raconte l’épopée de ces bandits dont il fait les héros de ses romans, ne raconte-t-il pas l’histoire de son enfance -- par exemple de cet oncle maternel qui était “un des plus grands brigands de Turquie, et qui évidemment est mort de mort violente”.=Yachar Kemal dit comme en passant qu’il conserve le récit de cette mort -- avant la disparition de sa mère, il lui a fait raconter pour la centième fois la mort de son oncle, récit qu’il a enregistré au magnétophone.

Complètement ruiné, son père s’installe près d’Adana, à l’autre extrémité de la Turquie, où il est devenu l’ami et l’homme de confiance d’un bey -- et a refait fortune. “Après la mort de mon père, cette fortune a disparu en un an ou deux, et nous avons dû travailler sur la terre des autres”. La terre... C’est le principal personnage des romans de Yachar Kemal -- ou plutôt la lutte pour la terre, cette lutte féroce entre des paysans que chaque nouvelle spoliation condamne à la famine, et les aghas et beys, cette classe de propriétaires parvenus qui se développe à l’ombre du pouvoir de Mustafa Kemal.
La plaine de Tchoukourova
Et la terre, pour Yachar Kemal, c’est une terre bien particulière, c’est la terre de la région d’Adana, de la plaine de Tchoukourova, qui revit sans cesse dans l’épopée de Mémed.

D’origine kurde -- sa mère était une pure kurde, et son père, de sang mélangé, parlait le kurde et le turc -- Yachar Kemal est né dans un village de Turkmènes sédentarisés de la plaine d’Adana, et, affirme-t-il, “toute ma culture vient de là”. Mais il avoue avoir été très influencé par la “nostalgie” que sa famille gardait du Kurdistan, où sa mère allait une fois par an.

Dans un de ses livres, “Terre de fer, ciel de cuivre”, il parle d’un poète kurde aveugle, Abdalla Zeynili. Et curieusement, ses romans sont pleins de personnages kurdes. Mais ce sont toujours des personnages secondaires, accessoires. Si Yachar Kemal revendique volontiers ses ancêtres féodaux et brigands, il refuse de se considérer comme un Kurde,

Obligé de travailler très jeune sur “la terre des autres”, il a travaillé pendant 8 ans comme gardien de rizières, pendant les mois d’état, puis comme conducteur de tracteur, la nuit. C’est à cette époque qu’il a observé la terre, la nature, comme peu de gens l’ont jamais fait: “Je faisais attention à tous les détails; la rivière, je la voyais le jour, la nuit, pour tout le monde c’est une rivière comme les autres, banale. Mais je savais qu’à chaque instant, elle était différente. J’ai réalisé que ma rivière était unique. Tenez, j’ai d’ailleurs écrit un livre sur ce sujet... un livre que j’ai mûri 40 ans! J’observais toutes les manifestations de la nature; pour moi, les fleurs ne se ressemblent pas. Plus tard, cela m’a beaucoup aidé quand j’ai écrit mes romans”.


Malgré -- ou à cause de ce terrible handicap, ce bégaiement qui l’a frappé à la mort de son père, Yachar Kemal a été très vite “attiré par la culture”. A 8-9 ans, il était déjà connu comme le poète de son village. Plus tard, quand il devint gardien de rizière, il passait les mois d’hiver à errer de village en village, recueillant les contes et les légendes. A 17 ans, il devient un militant politique. Et comme il dit magnifiquement, de cette voix si belle, si grave, dont on a du mal à imaginer qu’elle ait jamais pu bredouiller, “à 18 ans, j’ai rencontré Cervantes pour la première fois”. Quatre ans plus tard, il faisait la connaissance de Stendhal. Cela grâce à des intellectuels, les frères Dino, exilés à Adana, qui l’ont aussi initié au marxisme. Yachar Kemal est assez discret sur cette période, se bornant à remarquer avec un sourire: “L’homme n’est pas tombé du ciel”... Par la suite, il a aussi été journaliste pendant 12 ans, puis pendant 8 ans, membre du comité central du Parti Ouvrier du Travail, le PC turc.

Pour lui, la culture, c’est d’abord la culture orale, la culture de ces poètes ambulants qui, pendant sa jeunesse, dans la plaine de Tchoukourova, étaient considérés comme des “personnes sacrées”: “Les villageois ne savaient ni lire ni écrire, mais ils connaissaient par coeur les grand poètes. Si un type ne savait pas les poèmes de tel ou tel poète, il était considéré comme un idiot. Quant aux femmes, elles devaient connaître les oraisons funèbres comme elles devaient savoir cuisiner”.

Aujourd’hui, dans sa plaine natale de la Tchoukourova, cette forme de culture orale a été balayée, il n’y a plus de poètes. Mais ce n’est pas le cas partout, il y en a encore mille ou quinze cents en Turquie, même dans les grandes villes comme Istambul:

il fait remarquer qu’il y a même des poètes ambulants dans les communautés turques d’Allemagne: déracinés, les ouvriers se raccrochent à la religion, aux traditions. Yachar Kemal raconte alors une histoire qu’il aime beaucoup raconter à ses visiteurs: un jour, un de ses amis l’amène dans un café d’Istamboul pour écouter un très bon poète: à sa stupéfaction, il a entendu le poète raconter... l’histoire de Mémed le Mince: partie du folklore des paysans turcs, écrite par Yachar Kemal, elle avait été reprise par les poètes ambulants, et, dit Yachar Kemal, “elle était encore plus belle dans la bouche de ce poète” . C’est que le conteur d’histoires recrée son oeuvre chaque fois qu’il la dit”.

(Latitude, N°3, Janvier 1982)



Présentation "Les Rives" triptyque" né d’une volonté de Titi Robin de "rendre" à ces pays et leurs habitants, qui l’ont nourri de leurs influences durant les 30 dernières années, leur générosité musicale et artistique en créant de nouveaux répertoires avec des musiciens locaux dans chaque pays, en enregistrant le fruit de ces créations et en faisant produire les disques par des partenaires locaux dans chacun de ces pays afin que les publics marocains, indiens et turcs puissent découvrir le fruit de ce travail.


Cette initiative est unique et nait de la constatation que si de nombreux musiciens indiens, marocains et turcs viennent en Europe (et aux Etats Unis) enregistrer des disques à destination du public occidental, il est extrêmement rare que le fruit de ces travaux ne parviennent aux publics indien, turc ou marocain...