lundi 19 avril 2010

Jean Giono, Le bonheur fou (1957)

Le Bonheur fou, c'est celui qu'éprouve Angélo Pardi, le héros du Hussard sur le toit, à faire la révolution italienne en 1948. Angélo se promène à travers la révolution comme il se promenait naguère à travers le choléra de Provence. La guerre lui procure les sentiments les plus délicieux (...) Des amours très brèves, de longues marches à pied ou à cheval, d'innombrables rencontres avec une foule de personnages d'une extraordinaire vérité, sont les évènements de ce roman aux dimensions tolstoïennes, écrit dans la langue la plus rapide au monde. "En 1820, des insurrections éclatent au Piémont. L’officier qu’est Bondino comprend très vite que, la tentative révolutionnaire étant vouée à l'échec, négocier contre de l'argent la reddition d'une ville est plus avantageux que se battre. Après cet exploit, il ne lui reste plus qu'à s'enfuir en France avec les autres chefs de la rébellion. Sa carrière commence. Grâce à Dieu, il n'est pas nécessaire, pour faire fortune, d'avoir des villes à sa disposition ; il y a d'autres choses qui ne coûtent rien et qui peuvent se vendre comme des petits pains. Par exemple l'espoir. En 1847, Bondino est à la tête d'une organisation relativement puissante qu'il a baptisée « Armée », et qui a pour but de libérer l'Italie. En 1848, il entre confortablement à Milan d'où le roi de Sardaigne, qui s'est lui aussi découvert une vocation de libérateur, vient à point nommé de chasser les Autrichiens. Peut-être après tout que ce profiteur a bien travaillé. Mais il est encore trop tôt pour en juger. Milan n'est qu'un hors-d'œuvre. La clé du pays, c'est Mantoue. Chassez-en les Autrichiens, ils n'ont plus qu'à se retirer derrière leurs montagnes." "Après le récit de l'ascension non pas foudroyante mais sûre de Bondino, le roman, sans changer de ton change radicalement de point de vue. Il s'agit de montrer comment Mantoue ne fut pas prise. Il s'agit de le montrer sur te terrain. Pour ce faire, on accompagner Angelo Pardi, le héros du ‘’Hussard sur le toit’’ sur lequel Bondino et ses partisans cherchent de toutes les manières à mettre le grappin. Ils tiennent déjà son frère de lait, celui qui ne réussit pas tout à fait à être son alter ego. Inutile de dire qu'Angelo déjoue presque sans y prendre garde les plus subtils calculs. Tant que durent la révolution et la guerre, il se promène au milieu des intrigues et des balles avec une souveraine aisance. Les seules concessions auxquelles il ne se refuse pas sont les chemins détournés et un minimum de méfiance. D'ailleurs, ce ne sont pas des condescendances, mais son plaisir. Il n'aime ni l'hypocrisie ni l'incompétence. Il n'accepte de collaborer qu'avec un petit bonhomme rond, Lecca, qui fut général sous Napoléon et qui, tout en faisant la part de la politique, sait se battre, étant apparemment le seul. À Milan, Angelo et lui trouvent une foule qui se défoule, pendant que les chefs se répartissent la peau de l'ours. Retranchés derrière les épaisses murailles du château, les Autrichiens n'auraient, si nos deux compères ne s'en mêlaient, qu'à laisser passer l'orage. Ils connaissent leur métier. Leurs généraux ont quatre-vingts ans, leur armée trois cents. Ils sont lents, mais solides. On ne les vaincra pas d'un coup de baguette magique. Donc on ne les vaincra pas. Dégoûtés, Lecca et Angelo ont réuni une petite escouade, avec laquelle ils voudraient s'amuser à porter à l'ennemi quelques rudes coups. Mais à eux seuls ils sont impuissants devant l'énorme organisation autrichienne. Quand Angelo arrive sur le champ de bataille, il a beau parcourir les rangs piémontais, il ne voit que des hommes sans chefs, décontenancés et sur le point d'être submergés. Bientôt tout est consommé. Angelo a alors un dernier geste : il rentre à Turin, provoque son frère de lait, Giuseppe, qui fait partie des « politiques » Ce roman, dernière composante du cycle d’Angelo, a des dimensions tolstoïennes. Habilement, à la fin, Giono laisse le lecteur dans l'incertitude. Ce duel final est la conclusion logique, rigoureuse du roman. En plus solennel, il exprime très précisément ce qu'une gifle exprimerait. Un profond mépris, lié à une fierté toujours sur le qui-vive. Le mépris se porte sur Bondino dont l’excellent portrait est riche d'une dureté qu'une malice souriante rend de bonne compagnie. Et sur Giuseppe qui est pour Giono une figure du militant communiste. Au contraire, Angelo est le type même du héros, dans toutes tes acceptions du terme : à la fois celui qui se distingue à la guerre et le grand homme, l'homme merveilleux qu'on est tenté de diviniser. C’est un aristocrate chez qui le souci de ne pas déroger est essentiel. Il reproche aux Bondino, et aux êtres humains en général, non pas le bien qu'ils ne font pas, mais la médiocrité de leurs désirs. À leur bien-être il oppose orgueilleusement son « bonheur fou », belle idée qu’il met en pratique avec une virtuosité superbe. Il l’éprouve à faire la révolution en 1848, à s’y promener comme il se promenait naguère à travers le choléra de Provence. Il goûte les sentiments les plus délicieux en faisant de longues marches à pied ou à cheval, d'innombrables rencontres avec une foule de personnages d'une extraordinaire vérité, en connaissant de très brèves amours. Dans un monde où la fin justifie n'importe quel moyen, il est le dernier chantre d'un idéal de pureté auquel, on le sent très nettement, Giono ne croyait plus." "La folie d’Angelo se réduit un peu trop à la volupté de marcher sur une corde raide. Ce jeu reste assez artificiel, et on a le droit de juger mal fondée l'insolence du funambule. Cependant, ses exploits ne sont jamais monotones. Êtres, paysages et situations défilent, caractérisés en quelques lignes à la fois fluides et richement nourries. Les pages s'accumulent, épaisses, et cependant toujours également alertes, si bien qu'à la cinq centième le lecteur n'a pas vu faiblir son plaisir. Ce livre est aussi un bonheur fou d'écriture."

1 commentaire:

JanuskieZ a dit…

Hi... Looking ways to market your blog? try this: http://bit.ly/instantvisitors