jeudi 3 décembre 2009

Le Hussard sur le toit

L’histoire est fort belle, même si elle n’est guère vraisemblable. C’est en se promenant un jour à Briançon, que Giono découvre tout à fait par hasard, chez un brocanteur rue dite de la Grande Gargouille, un sabre sur lequel, plus tard, il prétendra avoir vu, gravé sur la lame, le nom de son grand père, Jean-Baptiste Giono. Il faudra un peu plus de quinze ans pour le retrouver perdu aux fontes d’un hussard de 23 ans qui n’a pas hésité à le dégainé pour occire un indicateur autrichien le baron Schwartz. De son aveu même, le hussard Angelo Pardi est un croisement de son grand-père et de Fabrice Del Dongo. A ce dernier il emprunte la noblesse, la nationalité, la gravité, l’appétit pour le mystère, les gestes expressifs, la fougue. Il a l’admiration pour l’Arioste, qui lui présente des modèles de chevalerie. Il a la piété qui lui vient de sa mère. Au préalable, dans l’esprit de Giono, le cycle du hussard faisait à l’origine partie d’un vaste projet, d’une décalogie étalée sur un siècle avec des allers et retours historiques et générationnels. Des dix volumes projetés, il ne reste que quatre titres connus : Angelo, Mort d’un Personnage, le Hussard sur le toit, Le Bonheur fou. Dans le Hussard sur le Toit, après de longues déambulations au contact de la mort et de la maladie, Angelo, entré sans prudence dans la ville de Manosque, tombe sur un petit groupe qui l’accuse d’empoisonner les fontaines. On le poursuit, on le traque, même. Il se cache. Une porte s’ouvre dans son dos. Il s’enfonce dans une maison- un cimetière – et grimpe au sommet de celle-ci, où il découvre la nuit « chargée d’étoiles, des étoiles si ardemment embrasées qu’il peut voir les toitures agencées les unes aux autres comme les plaques d’une armure. » Quoi qu’il en soit, voici Angelo sur son toit d’où on ne peut passer son temps à observer la mort contre laquelle un sabre ne peut rien. Alors, Angelo descend dans les entrailles de la maison et commence avec l’apparition dans la lumière d’un candélabre, « d’un petit visage en fer de lance encadré de lourds cheveux bruns », prendra alors naissance d’une des plus belles histoires d’amour de notre littérature, celle que connaissent sans qu’apparemment rien ne se passe entre eux, le hussard démonté et Pauline de Théus. Ensembles façe à la mort et folie des hommes, ils vivront une vie aventurière où le sabre trouve enfin sa raison d’être, quand ce ne sont pas les pistolets d’arçon que manie Pauline avec une certaine aisance. Hélas dans un monde de mort, les pistolets et le sabre ne peuvent rien contre la maladie. Atteinte par le mal, Pauline est sur le point de succomber. Angelo lui applique le traitement qu’il a tant de fois employé pour d’autres mourants, même en s’attaquant aux jambes de la malade, faisant fi des « marques extérieures de respect ». Pauline mourra bel et bien, c’est le sort de tous les humains, choléra ou pas, mais beaucoup plus tard âgée de 88 ans dans « Mort d’un Personnage » sous l’œil de son petit fils, Angelo, ce qui tend à prouver que cet amour ne fut pas que platonique. Pauline, un peu dérangé, vit dans le souvenir perpétuel d’Angelo, et elle essaie de retrouver les traits du bien aimé dans ceux du petit garçon. Mais ceci est une autre histoire.

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