jeudi 10 décembre 2009

Jean Giono : Un roi sans divertissement (1947)

Même s’il situe une grande partie de son œuvre en Provence, Giono n’est pas un écrivain régionaliste. Il n’y a pas de verve à la César, Panisse et Escartefigue dans ses livres et même si Pagnol a « interprété » pour le cinéma certains de ses romans, ce qui a pu entretenir une certaine confusion, l’univers des Giono « première manière » ressemble par sa dramaturgie plutôt au thème de Jean de Florette qu’à la trilogie pagnolesque. La comparaison entre les deux hommes s’arrête d’ailleurs là.
Mais longtemps je l’ai cru. Et c’est sans doute pour cela que je l’ai ignoré, pensant lire du Pagnol plutôt que du Faulkner. Car la Provence de Giono n’est pas plus réelle que le comté de Yoknapatawpha de William Faulkner, auquel le comparait d’ailleurs l’écrivain Henri Miller par la complexité de sa prose et la dureté de son récit. Les hommes y sont les fils d’autres hommes avec des filiations encombrantes, des passions invivables où la vie ne leur épargne rien.
C’est à la lecture, tardive donc, de « Un roi sans divertissement » que j’ai découvert un Giono noir. A travers le puzzle de témoignages tardivement recueillis, sont reconstitués des événements étranges et meurtriers survenus entre 1843 à 1847, dans un village du Trièves, dans les Alpes françaises où, les hivers sont interminables, et le village, coupé de tout, est enfoui et immobilisé sous la neige et dans la brume. Le capitaine Langlois est chargé de l’enquête.
C’est une enquête progressant à partir de témoignages peu fiables ou contradictoires, regroupés par un narrateur désinvolte qui invente lorsqu’il manque des pièces. Ce n'est que par la reconstitution de ces fragments, cet emboîtement virtuose des voix, comme dans un puzzle, que le lecteur peut prétendre appréhender les ressorts fondamentaux de l'intrigue et des personnages.
Monsieur V. (l’assassin), l’homme qui n'a pas de divertissement, et Langlois (l’enquêteur) nous sont des mystères psychologiques. « Un roi sans divertissement », reste un des textes les plus difficiles que Giono ait écrits, et doit être interprété, presque décrypté, parce qu’il n'explique rien.

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